21 janvier 2022
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Jean-Jacques Beineix : Cinéaste culte

Par Yann Vichery


Décédé à l’âge de 75 ans, Jean-Jacques Beineix, cinéaste ayant vécu à Paris toute sa vie, laisse derrière lui 6 films en 20 ans. C’est peu me direz vous. Mais chacun de ses projets fût murement réfléchi et créé avec passion.

Après une fac de médecine abandonnée (et un concours à l’IDHEC ou il échoue), il débute sous les ordres de Jean Becker, dès 1969, dans la série "Les Saintes Chéries". Puis, Jean-Jacques Beinex est l'assistant de Claude Berry et de Claude Zidi. La carrière de Beineix connaitra des hauts mais aussi beaucoup de bas. Sa relation avec le monde du cinéma et de la critique aura été conflictuelle sur quasiment toute sa longueur. Cinéaste trop exigent ? Trop perfectionniste ? Colérique ? En Avance sur son temps ? Un peu tout cela à la fois. Parce que cinéaste talentueux, passionné et rare.

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Nastassja Kinski dans La lune dans le caniveau / Copyright : Gaumont Distribution
Des débuts prometteurs et les premières difficultés

Il éclate, en 1980, avec "Diva". Son premier film qui, déjà, divisera la critique, désarçonnée par le visuel du film, des plans atypiques, des décors à l’accroche pop art et un coté parfois irréel. Si, aujourd’hui, le film peut sembler très « années 80 », et un peu passé, il reste un esthétisme qui, à l’époque avait détonné dans le cinéma français (un peu comme Luc Besson avec "Subway"). Cela lui permettra de rafler 4 César dont celui de la première oeuvre. Le bouche à oreille fonctionne. Le succès est bien là.

Ce succès lui donne des ailes pour enchainer sur l’adaptation d’un roman de David Goodis (« La lune dans le caniveau »). Il passe un cap dans sa carrière avec ce film. Le cinéaste exige de la grandeur en allant tourner dans les studios de Cinecitta (célèbres pour les tournages de Fellini). Le tournage est chaotique malgré un grand casting. Beinex renvoie une actrice (et la remplace par Victoria Abril) qui refuse de se déshabiller pour lui. Gérard Depardieu est rejeté par Nastassja Kinski qui refuse de l’embrasser à cause de son haleine alcoolisé.

Beineix exige toujours plus ! Des décors immenses. Des cadrages atypiques. Le studio Gaumont, inquiet par la tournure que prend le film, le contrôle sans cesse. A sa sortie, le film est de nouveau éreinté par la critique. Cette dernière trouvant la poésie de Beineix « trop artificielle ». Sur ce coup, le public ne suit pas. Le film est un échec commercial immense qui décidera Beineix à créer sa propre société de production afin de garder une totale indépendance artistique.

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Béatrice Dalle et Jean-Hugues Anglade / Copyright : Cargo Films
37°2 le matin : la consécration

Pour l’adaptation du roman de Philippe Dijan, On lui propose Isabelle Adjani pour le rôle de Betty, mais il s’entête à caster une inconnue, Béatrice Dalle. Film de toute une génération, culte pour beaucoup, c’est son coup de maître ! Un film inoubliable, la vie, l’amour, la folie, un condensé d’émotions intenses, mais tellement belles.

Tout y est maitrisé. L’histoire, les acteurs investis dans leur nudité et l’intensité des scènes, la musique de Gabriel Yared. Beineix, dans ce film, met de côté ses cadrages expérimentaux pour quelque chose de plus réaliste, de plus simple qui lui amènera son plus grand succès public. Il y acquiert aussi un statut de réalisateur exigeant (trop pour certains), renfermé et bloqué contre les critiques après les échecs aux César 1987.

Les difficultés encore

En 1989, il tourne "Roselyne et les lions", passionnant film sur l’univers du domptage de fauves dans un cirque allemand (l’idée lui ayant été donnée par une pub Valentine qu’il avait tournée avec une panthère noire domptée par Thierry Le Portier). Film fleuve dans sa version longue, Beineix filme les lions comme personne lors de numéros intenses dans lesquelles le but était de mettre le public au plus proche de ce que pouvait ressentir Isabelle Pasco lors des scènes de représentations. C’est aussi un échec public pour Beineix dont la critique évoque une histoire trop déséquilibrée entre des acteurs fades et des lions plus convaincants.

En 1992, Beinex met en scène "IP5", titre énigmatique (l’île aux pachydermes… 5, 5ème film de Beineix...) dont le tournage finira en drame avec la mort de Yves Montand. Beineix sortira très affecté de ce tournage, accusé par certains de négligences, filmant Montand se baigner en plein hiver dans un lac.

Pourtant, le film est pourtant bouleversant de sincérité et de choc de générations entre un vieil illuminé amoureux des forets et deux jeunes de banlieues désoeuvrés. L’un voulant découvrir la neige et l’autre, graffeur amoureux fou d’une infirmière.  Sur ses propres fonds, il tourne ensuite en 2001 son dernier film, "Mortel Transfert" qui le ruinera de par l’échec public vécu.

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Yves Montand dans IP 5 / Copyright : Gaumont Distribution
Le virage

Après cet ultime échec, il se tournera, après avoir découvert "Loft Story", vers le documentaire, pour tenter de comprendre le succès de ce nouveau concept. Il explorera ensuite diverses facettes du monde et des gens (La Chine des collectionneurs, Le cinéma en rénovation, La maladie), explorera la mise en scène au théâtre (Kiki de Montparnasse), écrira un roman (Toboggan), collaborera à la Bande Dessinée (L’affaire du siècle).

Bref, Jean-Jacques Beineix aura été un touche-à-tout, intéressé par ce qui l’entourait, voulant laisser des traces de ce qui l’étonnait. Il laissera au cinéma quelques images fortes et une filmographie imparfaite, mais réellement passionnée, touchante et sincère. Adoré par certains, détesté par d’autres, mais toujours à part dans le 7ème art.

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