Focus

La Masque du Démon : Un film de Mario Bava

Par Axel Cadieux


Non, ce film ne fait plus peur 60 ans après sa sortie dans les salles obscures. La première (et souvent considérée comme la meilleure) réalisation de Bava, "Le Masque du Démon", est une oeuvre horrifique, totalement ancrée et imprégnée de l'univers fantastique traditionnel. Vampires, résurrections, sorcières, dédoublements, châteaux hantés, brumes sordides et inquiétantes...

Tout ce qui me fit jouissivement cauchemarder lorsque j'avais une dizaine d'années (première vision de ce film) se transforme aujourd'hui en une accumulation de scènes d'anthologie au charme désuet, ayant pour principal intérêt, à mes yeux, de me replonger dans une certaine atmosphère, assez inoubliable. Ajoutons à cela l'inénarrable VF (Marc Cassot, Louis Arbessier, Michel Gatineau et tant d'autres... n.d.l.r.), et tous les ingrédients étaient rassemblés pour assister à une séance teintée de nostalgie, nous prouvant tout de même que ce genre d'oeuvres persistent, tant bien que mal, à nous procurer des sensations (changeantes au fil des ans, mais toujours marquantes et jouissives).

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Néanmoins, "Le Masque du Démon" reste un film culte pour de nombreux amateurs de cinéma d'horreur italien, et permit à son géniteur de s'imposer comme l'un des plus grands de son temps, dans sa catégorie. En effet, Mario Bava (son fils Lamberto a tenté d'emprunter la même voie que lui, avec inévitablement beaucoup moins de réussite) est aujourd'hui reconnu comme un grand metteur en scène partout dans le monde, et marque un tournant dans l'histoire du cinéma fantastique italien, ouvrant ainsi la porte à d'autres réalisateurs du même acabit, comme Lucio Fulci (cependant auteur de quelques purges, comme "Aenigma", 1987 ou "Les Quatre de l'Apocalypse", un western datant de 1975), Dario Argento (qui signa lui aussi de nombreuses oeuvre dignes de figurer parmi les plus importantes du cinéma d'horreur telles "Suspiria" en 1977 et "Phenomena", avec Jennifer Connelly, en 1985) et même Tim Burton (la scène d'ouverture de "Sleepy Hollow", 1999, est un véritable hommage au "Masque du Démon").

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Barbara Steele

La scène la plus marquante reste, à mon sens, le prologue (qui a lieu 300 ans avant l'action du film), dans lequel la sorcière démoniaque Asa (Barbara Steele, géniale) est attachée à un bûcher, encerclée de nombreux pieux villageois et de quelques exorcistes. Un bourreau applique délicatement un masque sur son visage. L'inconvénient principal pour la sorcière Asa, c'est que ce masque est truffé d'énormes pointes tranchantes et douloureuses. Et lorsque le sadique bourreau, à l'aide d'un burin, enfonce ce fameux masque du démon dans le joli minois de Barbara Steele (après que celle-ci les ait avertis d'une résurrection vengeresse), c'est le sang qui jaillit des orbites de la sorcière, et se répand sur ce sol maudit.

Suite à cette intro toute en finesse, le film se dirigera plutôt vers l'horreur à demi-suggérée, beaucoup moins gore et plus créée par l'imagination sans limite du spectateur emballé, aspiré par cette oeuvre au charme suranné mais toujours présent, même 40 ans après sa réalisation.



(Le présent texte fut publié pour la première fois dans les colonnes du Quotidien du Cinéma, avec l'aimable autorisation de son auteur, en 2003. C'est donc une version réactualisée, notamment avec l'introduction de nouvelles images + la bande-annonce, qui vous est proposée ici - n.d.l.r.).

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