22 septembre 2020
En Une Focus

La révolution féministe dans les séries

Par Clara Lefèvre-Manond

Depuis l’affaire Weinstein et #MeToo, le mouvement féministe est en pleine effervescence. On a assisté à une libération de la parole des femmes, qui a été salvatrice pour le milieu des productions audiovisuelles.

Les séries sont devenues incontournables et révolutionnent le petit écran. Le féminisme n’est pas toujours le sujet majeur de l’œuvre, mais la représentation de la femme est plus récurrente. On y aborde sexisme, sexualités féminines, stéréotypes de genre… Bref tout y passe. C’est un changement qui s’est opéré sur plusieurs années, mais les séries ont réussi à révolutionner les stéréotypes et leur genre en passant du sexisme au féminisme.

Une longue (r)évolution

C’est un travail de longue haleine et une totale transformation que l’on a pu constater dans le monde des séries. Jouant un rôle majeur dans la représentation de la femme, elles se chargent de mettre en lumière la violence dont les femmes sont encore bien trop souvent les victimes. Pourtant, on retrouve encore trop de stéréotypes dans les séries, qu’il s’agisse de violences sexistes et sexuelles ou d’une réalité diamétralement opposée. Cela est dû aux nombreux clichés sur le sujet, encore bien ancré dans la conscience collective.

Mais, à l’heure actuelle, les séries ont opéré un changement drastique dans le traitement à l’écran de la femme. Et tant mieux ! Mais pourquoi et comment cette révolution ? Iris Brey, journaliste, explique cela par le fait qu’elles "inondent nos écrans, sont accessibles à toutes et à tous, et ont un impact mondial. Les séries anticipent les grands moments sociétaux tant elles connaissent une augmentation des créatrices de séries qui sont des femmes politisées qui se battent dans l'univers du cinéma et de la télévision contre toute forme de sexisme. Comme Shonda Rhimes ("Grey's Anatomy", "Scandal") ou encore l'actrice et productrice Reese Witherspoon de "Big Little Lies".

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Reese Witherspoon - Copyright HBO

Il y a 20 ans, le monde des séries ne ressemblait pas à ça. Pour preuve, les séries "Alerte à Malibu", et "Melrose Place" (pour ne citer qu’elles), étaient des purs produits sexistes. À l’écran, les représentations sexistes étaient systématiques et ça ne choquait personne. Aujourd’hui ça ne tiendrait pas cinq minutes à l’antenne.

"Alerte à Malibu" en est le parfait exemple. Le sauveteur masculin est musclé, beau et viril. Sa partenaire, sauveteuse également, à un corps « de rêve », pulpeux, blonde aux yeux bleus, et est presque tout le temps en bikini (certes, elle est sauveteuse mais quand même). On n’en demandait pas plus à Pamela Anderson. Elle n’est qu’un personnage secondaire, relégué au rôle de femme objet.

Les exemples comme celui-ci sont multiples. "Melrose Place", a aussi joué de ces stéréotypes de genre. Notamment lorsqu’un des personnages demande à sa secrétaire de coucher avec quelqu’un d’autre pour obtenir ce dont il a besoin. Un fait somme toute banal, à l’époque. Pourtant, "Melrose Place" était une série où l’on laissait les femmes s’exprimer plus librement… mais les écarts sexistes étaient encore trop nombreux.

Sex and The City, le début d’un tournant

Quand on pense à Carrie Bradshaw, on pense avant tout à la liberté. Il y a une image qui perdure avec cette série : on représente la liberté sexuelle, tout en brisant les tabous, une première à la télévision. On parle d’enfants, d’hommes, de travail et de sexe, mais il n’y a pas de revendications ou d’injonctions quant à leur statut de femme. Pour preuve, Carrie ne sera jamais maman. Ces femmes s’interrogent, se questionnent et cherchent avant tout à s’épanouir. Elles s’affranchissent des stéréotypes traditionnels que l’on voudrait leur imposer.

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D’ailleurs, "Sex and The City" est la première série à avoir eu recours à un sex-toy à l’écran. Exit l’image de seul l’homme le fait par nature. "Sex and The City" bouleverse les codes du plaisir féminin. Les messages véhiculés ont permis à beaucoup de femmes de parler de ce genre de sujet et de libérer leurs consciences.

"Desperate Housewives", c’est LA deuxième série féministe. Là encore, il y a une sororité à l’écran, et on bouscule les codes. Les hommes deviennent des pères au foyer, les femmes sont libres de tout, elles peuvent même commettre des crimes (et oui il n’y a pas que les hommes qui tue). Le générique aussi reprend l’image de la femme comme tentatrice responsable de la chute de l’homme… sauf que là, Adam se fait écraser par une grosse pomme. On brise à nouveau un mythe.

Mark Cherry, le producteur de la série, a permis aux femmes de sentir plus libre. À l’image de "Sex and The City", "Desperate Housewives", vient parler de sujets encore tabous pour le début des années 2000. Le plaisir féminin a alors trouvé sa place sur le petit écran.

Des séries pour mieux comprendre les violences

Aujourd’hui, les séries ne se cantonnent plus à une petite histoire sympa, un bout de fesse et le tour est joué. Non, on va bien plus loin, comme s’il y avait une volonté d’éducation.

"Mrs America", sortie en avril 2020, nous conduit tout droit dans le féminisme des années 70, où l’on retrouve Gloria Steinem, Betty Friedan, Angela Davis, et bien d’autre… Ces militantes ont marqué l’Histoire des États-Unis et bien au-delà. La série vous emporte dans un univers ultra patriarcal et vous apprend l’histoire de la lutte féministe et de l’Equal Rights Amendment.

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Unbelievable disponible sur Netflix

La représentation de la femme et le féminisme dans les séries, c’est aussi parler de ce qui fait mal, ce qui dérange, les violences sexuelles et la culture du viol. Pour ça, Netflix a produit une formidable série, "Unbelievable", qui retrace l’histoire vraie des victimes d’un violeur en série du Colorado. Avec cette mini-série on se rend compte à quel point la parole des femmes est minimisée, remise en question par tout l’entourage proche ou éloigné.

Proche du même thème on retrouve, "The Morning Show" d’Apple TV+. Le sujet est très actuel puisque nous sommes dans l’ère post Weinstein et Me Too. Ici on nous parle du cheminement des femmes quand un de leur proche est accusé d’agression sexuelle et quels effets cela peut produire sur elles. Que ce soit dans le domaine professionnel ou personnel.

Le féminisme dans les séries c’est aussi une sororité forte. Par exemple, la série "The Bold Type", est 100% féministe. Jeunes femmes, ou femmes d’âge mûr, elles se soutiennent, s’entraident et s’élèvent les unes et les autres. On va bien au-delà du copinage, on y aborde des sujets sensibles, tels que les disparités salariales entre les hommes et les femmes ou le choix de la conception (ou non) d’un enfant. Il en est de-même avec "Big Little Lies", où l’on voit des femmes se soutenir envers et contre tous.

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Pour autant le féminisme ce n’est pas inné pour tout le monde, et même lorsque l’on se revendique comme tel, on commet parfois des impairs, les séries nous montrent également ce que c’est d’être une « mauvaise » féministe, et qu’il n’y a pas mort d’homme à se rendre compte de nos erreurs.

Toutes ces récentes séries nous montre à quel point les temps ont changé. Visionnées par le plus grand nombre, les séries sont un réel vecteur de messages et d’apprentissage. Le petit écran très sexiste voire misogyne avant, est aujourd’hui l’un des meilleurs élèves sur le sujet du féminisme. Les séries ont permis d’aborder des sujets tabous à l’époque, de dédramatiser le plaisir féminin, de mieux retranscrire les violences sexuelles et sexistes, et de changer les rapports femmes/hommes.

Pour autant, il reste du travail, car même si un changement radical a été opéré, on voit encore trop de stéréotypes, comme la femme « fragile » parce que trop émotive, ou la femme mariée et fidèle à son époux, alors qu’eux vont toujours voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Iris Brey explique aussi que si la place des femmes à la télévision est plus importante (44%), 80% des showrunners sont des hommes… Il ne reste plus qu’à espérer que les séries n’ont pas pris ce sujet comme une tendance et que les choses continueront à avancer sur cette voie-là.

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