Focus

Le retour de la 7ème compagnie : J’ai glissé chef !

Par Jérémy Joly


Le 13 décembre 1973 sortent dans les salles obscures les extravagantes aventures du sergent-chef Chaudard et de ses soldats Pithivier et Tassin : "Mais où est donc passée la 7ème compagnie ?, un film distribué par la firme Gaumont. Ce vaudeville militaire, réalisé par Robert Lamoureux, connait un tel succès que deux suites verront le jour.

En 1949, Robert Lamoureux commence sa carrière au cabaret, où il interprète ses propres chansons et récite des monologues. Il invente les bases de ce que l'on appellera plus tard le stand-up. Son sketch le plus célèbre est « La chasse au canard » dans lequel on peut entendre la phrase « Et le canard était toujours vivant... » qui devient une expression de la vie courante signifiant qu'un problème est non résolu. Son talent multiple l'amène au music-hall, à la radio et au théâtre. Il sort même un disque, célèbre pour sa chanson « Papa, Maman, la Bonne et moi », qui deviendra quelques années plus tard le titre d'un film réalisé par Jean-Paul Le Chanois. Il écrit également des poèmes dont le plus connu est « L'Éloge de la fatigue », une réponse aux personnes qui lui reprochent sa mauvaise mine.

Une histoire en partie personnelle
En 1960, il passe pour la première fois derrière la caméra. Il écrit, réalise et joue dans les adaptations cinématographiques de deux de ses pièces de boulevard : « Ravissante » et « La Brune que voilà ». Le succès qui était présent sur les planches se renouvelle dans les cinémas, même si la critique n'est pas aussi enthousiaste que le public.

Il faut attendre treize ans avant de découvrir un nouveau film réalisé par Robert Lamoureux. Il écrit un scénario se basant sur une partie de son histoire personnelle durant la débâcle de juin 1940. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France ressent le besoin de rire de cette période si troublante. C'est ce qui a fait, en partie, l'énorme succès de « La Grande Vadrouille » de Gérard Oury, sorti quelques années plus tôt.
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Pour réaliser « Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? », Robert Lamoureux peine à trouver du matériel français et allemand datant de l'époque. Il va donc utiliser du matériel américain, plus facilement disponible, en les repeignant. Les avions de chasse, la dépanneuse de char et les panzers aux couleurs des armées françaises et allemandes visibles dans le film sont donc des véhicules... américains ! Les spécialistes de la Seconde Guerre mondiale se régalent à lister les erreurs mais, pour les spectateurs novices, la magie du cinéma opère.

Ce film réunit Pierre Mondy, Jean Lefebvre et Aldo Maccione qui interprètent des soldats de la 7ème compagnie rattachée au fictif 106ème régiment de transmissions. Ils sont accompagnés de seconds rôles de talent comme Pierre Tornade, Jacques Marin, Érik Colin, Paul Bisciglia, Alain Doutey ou encore Robert Dalban. Robert Lamoureux s'offre également un petit rôle, celui du généralissime colonel Blanchet. Le tournage se déroule dans la bonne humeur malgré les retards répétitifs de Jean Lefebvre. Accro au jeu, il passe ses nuits au casino et lorsqu'il arrive sur le tournage, il amuse l'équipe en inventant des histoires rocambolesques pour justifier son retard.

« Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? » est célèbre pour ses répliques savoureuses comme « J'ai glissé chef » ou « Qu'est-ce que vous nagez bien, chef ! », sa scène à l'épicerie et à sa musique composée par Henri Bourtayre.
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Pierre Mondy, Jean Lefebvre et Aldo Maccione
Au box-office de 1973, il prend la troisième place avec près de quatre millions d'entrées, derrière « Les Aventures de Rabbi Jacob » de Gérard Oury et « Mon nom est Personne » de Tonino Valerii.

La fin de « Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? » avec la scène du saut en parachute de ces anti-héros, lors du débarquement de Normandie en juin 1944, n'envisage aucune suite. Pourtant le succès est tel que deux ans plus tard sort sur les écrans « On a retrouvé la 7ème compagnie ». Il s'agit plus précisément d'un « midquel », puisque l'histoire du deuxième s'insère avant la dernière scène du premier.

Une suite qui aurait pu tourner au drame
Tous les acteurs du premier film sont partants pour reprendre du service, sauf Aldo Maccione. Considérant que son cachet n'est pas assez élevé, il est remplacé par Henri Guybet dans le rôle de Tassin. « On a retrouvé la 7ème compagnie » démarre par un bref résumé du premier volet, commenté par Robert Lamoureux. Ce dernier a dû retourner certaines prises du premier film avec Henri Guybet à la place d'Aldo Maccione. Dans plusieurs interviews, Henri Guybet raconte qu'il garde un souvenir amer de son premier jour de tournage. Robert Lamoureux lui fait recommencer une trentaine de fois la même prise. Henri Guybet veut présenter alors à Robert Lamoureux sa démission, mais ce dernier voulait simplement tester son comédien pour mieux le diriger par la suite.
on-a-retrouve-la-7e-compagnieLe tournage de la fameuse scène, où Chaudard, Pithivier et Tassin se retrouvent dans la roue du moulin de la mère Crouzy, a failli virer au drame. Dans ses mémoires « Pourquoi ça n'arrive qu'à moi », Jean Lefebvre raconte qu'avec Pierre Mondy et Henri Guybet, ils étaient attachés à une véritable roue qui tournait. Les acteurs plongent dans l'eau avant de remonter. Mais alors que Jean Lefebvre est dans l'eau, la roue se bloque. Il voit sa dernière heure arriver. Heureusement, un plongeur sous-marin est venu le détacher. Plus de peur que de mal... Ce deuxième volet finit en troisième place du box-office de l'année 1975, avec un peu moins de quatre millions d'entrées, derrière « La Tour infernale » de John Guillermin » et « Peur sur la ville » d'Henri Verneuil.

En 1977, le troisième et dernier opus sort sur les écrans avec pour titre « La 7ème Compagnie au clair de lune ». Après les avoir vus au combat lors de la débâcle de 1940, les spectateurs retrouvent Chaudard et ses deux fidèles compagnons, rendus à la vie civile, en 1942 en zone occupée. La distribution connaît un grand changement : Érik Colin, Robert Dalban et Pierre Tornade disparaissent. De nouveaux acteurs font leur apparition comme Gérard Hérold en commandant de la Résistance, André Pousse en chef de la milice, Jean Carmet en passeur et Gérard Jugnot qui joue le beau-frère de Chaudard. Quant à l'acteur Konrad Von Bork, il passe de commandant dans le premier volet à colonel SS.

Un clair de Lune pas si lumineux
Lors du tournage d'une scène, André Pousse a perdu son sang froid. Robert Lamoureux avait cette fâcheuse manie à faire de nombreuses prises, ce qui a énervé plus d'un acteur. Cette scène est celle où le chef de la milice donne une gifle à l'un de ses hommes. André Pousse doit donc gifler Jean-François Dérec. Au bout d'une dizaine de prises, André Pousse perd patience et gifle réellement Jean-François Dérec dont la surprise se lit sur le visage. Cette ultime prise, pleine de vérité, est retenue pour le montage final.
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Le film comporte quelques incohérences amusantes à remarquer notamment sur les prénoms de Chaudard et de sa femme qui changent entre les deux premiers volets et ce troisième. La quincaillerie n'est pas situé à Vesoul contrairement à ce que Chaudard prétend dans le premier film.

« La 7ème Compagnie au clair de lune » ne séduit qu'un peu plus d'un million et demi de spectateurs. Le film se retrouve en douzième position au box-office de l'année 1977. Les succès de l'année sont le Disney « Les Aventures de Bernard et Bianca », « La Guerre des étoiles » de Georges Lucas ou encore « L'Espion qui m'aimait » de Lewis Gilbert. Le résultat est loin du succès des deux premiers films.

Henri Guybet émet l'idée d'un quatrième film, mais aucun projet ne naîtra. Quant au producteur Charles Dassault, il propose « La 7ème Compagnie contre Frankenstein » à Robert Lamoureux. Heureusement, cette idée farfelue d'insérer un peu de fantastique dans les aventures de ces trois soldats ne naîtra pas et la série s'arrête avant de tomber dans la comédie nanardesque.

Robert Lamoureux a réalisé deux autres films. « Impossible... pas français » (1974) avec Pierre Mondy, Jean Lefebvre et Pierre Tornade raconte l'histoire de trois hommes qui se mettent à la recherche d'un matériau précieux, la malachite, pour toucher une grosse récompense. « Opération Lady Marlène » (1975) avec Michel Serrault, Bernard Menez et Pierre Tornade se déroule sous l'Occupation en 1941. Robert Lamoureux ne veut plus faire de cinéma et retrouve le théâtre auquel il va consacrer le reste de sa carrière. On lui doit entre autres des pièces comme « La Soupière », « Le Charlatan » et « L'amour foot ».

La trilogie bat des records d'audience lors des rediffusions télévisuelles, même si les spectateurs connaissent les répliques sur le bout des doigts. Ces trois films indémodables continuent de faire rire, même les nouvelles générations.

Bravo, Monsieur Lamoureux !

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