18 octobre 2021
Focus

Leonard Rosenman : La nostalgie heureuse

Par Gabriel Carton


La musique est un vecteur d’émotion essentiel au cinéma, un élément qui peut aisément se dissocier d’un film et en prolonger le plaisir ou exister par lui-même. Lorsque le 4ème art se met au service du 7ème le nom de l’artiste tant à ne devenir qu’un nom parmi tant d’autres au générique ; notre humble projet est, à travers l’exploration de la carrière de quelques grands compositeurs, de replacer la musique en tête d’affiche.

Le moins que l’on puisse dire de la carrière de Leonard Rosenman (1924 – 2008), c’est qu’elle a commencé très fort. Après avoir servi dans les forces aériennes américaines, le jeune homme homme étudie la musique et sort diplômé de l’université de Berkeley en Californie. C’est son ami James Dean qui le présente au réalisateur Elia Kazan, qui l’embauche comme compositeur sur « À L’est d’Eden » en 1955 et Rosenman se retrouvera au même poste la même année sur « La Fureur de vivre » de Nicolas Ray toujours avec James Dean.

Les années 50 le verront aligner les scores pour des succès majeurs tels « La Toile d’araignée » de Vincente Minelli, « L’Homme qui tua la peur » de Martin Ritt avec John Casavetes et Sidney Poitier ou « Mon père, cet étranger » de John Frankenheimer. Son style avant-gardiste, presqu’expérimental se prête à l’idée que se fait l’époque du film noir, sa générosité émotionnelle contraste avec sa brutalité ce qui n’échappe sans doute pas à Don Siegel pour qui il compose le score de « L’Enfer est pour les héros » en 1962.

En 1966, « Le Voyage Fantastique » de Richard Fleischer lui offre l’opportunité d’allier son goût pour l’expérimentation à un propos ouvertement science-fictionnel et le mélange s’avèrera payant. La partition entièrement atonale se base avant tout sur l’environnement qu’explore les protagonistes « un corps humain) et refuse toute illustration dramatique. C’est peut-être ce choix qui conduira Rosenman à succéder à Jerry Goldmsith sur « Le Secret de la planète des singes » en 1970 qui multiplie les plages sonores entre rythmes martiaux et percussions tribales.

L’autre aspect marquant du style de Rosenman est sa propension à illustrer la nostalgie, surtout lorsque les films évoquent des aventures lointaines au retour incertains. Qu’il s’agisse des hobbits de Tolkien dans l’adaptation animée du « Seigneur des anneaux » de Ralph Bakshi (1978) ou de l’équipage de l’Enterprise dans « Star Trek IV Retour sur terre » (1986), le compositeur déploie autant d’enthousiasme pour l’aventure à venir que de mélancolie, une aspiration à retrouver le foyer rassurant dès l’instant où on le quitte, « The Voyage Home » titre original de Star Trek IV semble dès lors des plus pertinents.

Il convoque ce même état d’esprit lorsqu’il compose pour « Robocop 2 » d’Irvin Kirshner (1990) une fanfare très éloignée du travail de Basil Poledouris pour le film original de Paul Verhoeven. Le thème principal évoque autant l’héroïsme du personnage principal, glorifié par des chœurs scandant son nom dans un sommet de kitsch ironique, que son humanité regrettée. Les thèmes d’ouverture des trois films convoquent les mêmes cordes bienveillantes qui font de Leonard Rosenman un maître de la nostalgie heureuse.

 

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