Focus

Louis de Funès à la Cinémathèque française

Par Jérémy Joly

Après quelques mois de fermeture causée par la crise sanitaire, la Cinémathèque française rouvre ses portes le 15 juillet avec un événement très attendu, un hommage à l'un de nos plus grands acteurs comiques : Louis de Funès. Le public peut y découvrir une exposition qui se tiendra jusqu'au 31 mai 2021, une rétrospective avec des rencontres ou encore un livre consacré à l'acteur. Le Quotidien du Cinéma a interviewé Alain Kruger, commissaire de l'exposition, qui a bien voulu répondre à nos questions. Nous le remercions pour sa disponibilité.

Après cette période de confinement que nous venons de vivre, cet hommage consacrée à Louis de Funès à la Cinémathèque française est un peu comme une bouffée d'air frais...

Alain Kruger : Je l'espère, d'autant que l'exposition devait ouvrir le 1er avril ! Cette période de confinement a permis à toutes les chaînes de diffuser un certain nombre de films qui nous ont rappelé au bon souvenir de Louis de Funès.

A quand remonte l'idée de ce projet ?

C'est un projet ancien... qui a été longuement mûri. Lorsque Frédéric Bonnaud est arrivé à la tête de la Cinémathèque française, il a été favorable à cette idée. Après, c'est toujours un peu long à mettre en place. D'autant que le musée au château de Clermont avait fermé, cela a permis de « rallumer la flamme », en quelque sorte.

L'annonce de cet hommage n'avait pas enchanté un journal qui trouvait que Louis de Funès n'avait pas sa place à la Cinémathèque française, créant une petite polémique... Est-ce que vous vous attendiez à une telle réaction ?

Heu... oui ! Il y a eu un article dans un journal assez confidentiel. Mais les lecteurs ont trouvé que la réaction du journaliste était hors de propos. En fin de compte, il y a plutôt eu beaucoup d'enthousiasme autour de cet événement. Je pense que ce journal a créé une fausse polémique.

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L’Homme orchestre de Serge Korber © 1970 Gaumont

Quels sont les grands événements autour de cette rétrospective ?

Vendredi 17 juillet, il y aura une présentation de « L'Avare » en présence de Bernard Menez, qui jouait La Flèche dans le film. D'autres rencontres suivront durant l'été. À la rentrée, il y aura un grand moment de la rétrospective avec Gérard Oury, les cinq films qu'il a faits avec Louis de Funès seront projetés. Au mois de novembre, le réalisateur Serge Korber viendra accompagner la projection des films « L'Homme orchestre » et « Sur un arbre perché », mais aussi l'un des films préférés de Louis de Funès qui était « Un idiot à Paris ».

Quelles sont les pièces qu'il faut absolument venir voir à l'exposition ?

Il y en a beaucoup ! La pièce que je préfère, c'est la 2CV du « Corniaud ». Des lettres sont exposées, comme celle de François Truffaut à Gérard Oury et la réponse de ce dernier lors de la sortie du film « Le Corniaud » ou encore de Jean Anouilh (auteur de la pièce « La Valse des toréadors), mais aussi des scénarii de plusieurs films annotés par le réalisateur Gérard Oury ou par la scripte Colette Crochot. Le public peut découvrir des objets visibles dans les films comme la queue du paon de « L'Avare » et la fameuse cassette (qui avait été transformée en tirelire par les enfants de Jean-Guy Fechner), la malle du « Gendarme à New-York », la baguette du chef d'orchestre de « La Grande Vadrouille » avant qu'elle ne soit cassée et les casques allemands que portent Bourvil et de Funès, le costume de la reine dans « La Folie des grandeurs », la barbe de « Rabbi Jacob », le moulage du visage de Louis de Funès au moment du tournage de « La Zizanie » ainsi que le masque créé pour le film. Nous avons exposé la malette remplie de films 8mm de Chaplin, Laurel et Hardy, Harold Lloyd, Max Linder, provenant de la collection de Louis de Funès qu'il projetait à ses enfants. Nous avons aussi des magnifiques maquettes, des costumes dessinés par Jacques Fonteray pour « Le Crocodile », film qui n'a jamais été abouti, celles des décors de Max Douy pour « La Traversée de Paris » et du prototype de la DS volante dans « Fantômas se déchaîne ». Nous avons d'ailleurs reconstitué cette voiture ainsi que le costume de Jacques Villeret dans « La Soupe aux choux ». La statue du musée Grévin est aussi présente. Vous voyez, il y a beaucoup, beaucoup de choses !

Vous avez écrit un livre intitulé « Louis de Funès, à la folie », avec la collaboration de Thibaut Bruttin. Depuis la mort de Louis de Funès, des dizaines de livres ont été écrits autour de sa vie et de son œuvre. Mais quelle est la particularité de celui-ci ?

C'est un livre qui tourne autour de l'exposition. Comme celle-ci, nous avons voulu avoir une approche plus thématique que chronologique. Vous retrouverez beaucoup de photos qui étaient souvent présentées dans une petite taille, et dans ce livre, elles ont un format plus grand. Nous avons recueilli plusieurs témoignages : Danièle Thompson, Serge Korber, Olivier de Funès, Michel Drucker, Maurice Risch et Bernard Menez. Il y a aussi des analyses pointues, par exemple de Patrick Dandrey sur « L'Avare », où l'on remarque que la critique reproche à Louis de Funès les mêmes choses qu'à Molière il y a 300 ans. Bertrand Dicale, un grand « defunésien », a analysé la critique au moment de la sortie des films avec Louis de Funès. Jean-Baptiste Thoret a écrit sur la relation entre le cinéma de Jacques Tati et celui de de Funès. Il y a aussi un papier passionnant de Stéphane Lerouge sur la musique dans ses films. J'ai écrit sur le rapport entre la gastronomie et ses différents personnages. Thibaut Bruttin a fait un bon papier sur la dimension politique. Gilles Botineau a analysé les années 70, au moment où Louis de Funès a eu peur de se sentir vieillir et qu'il a plongé dans un autre cinéma avec Serge Korber et Claude Zidi.

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La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara © 1956, Gaumont

J'ai beaucoup apprécié un passage dans votre livre, où vous revenez en détails sur le début de sa carrière avec la troupe des Branquignols, une période souvent peu mise en lumière...

Ah mais moi, je suis un fanatique des Branquignols ! Louis de Funès a eu une reconnaissance visible en 1956 avec « La Traversée de Paris », le film qui le consacre comme un acteur de haut niveau aux côtés de Bourvil et de Jean Gabin. Mais il y a aussi un autre détonateur dans sa carrière, c'est sa rencontre avec Colette Brosset, Robert Dhéry, Gérard Calvi et toute la bande des Branquignols. Je pense vraiment que c'est une rencontre déterminante, parce qu'il en rêvait. Il met des années à les approcher et à entrer dans la bande. Pour moi, sa plus grande erreur a été de ne plus tourner avec Robert Dhéry après « Le Petit Baigneur ».

Quels sont vos films préférés avec Louis de Funès ?

Dans les tout débuts, j'aime beaucoup « La Vie d'un honnête homme » de Sacha Guitry. Même si l'apparition est assez fugace, elle est goûteuse. J'adore « La Traversée de Paris ». J'apprécie aussi les premiers films qu'il a faits en vedette, c'est-à-dire « Comme un cheveu sur la soupe », « Ni vu, ni connu » (une adaptation réussie de René Fallet) et « Taxi, Roulotte et Corrida » (qui est pour moi le brouillon du « Corniaud »). Puis, j'ai une grande tendresse pour un film à sketches, qui est moins connu, « Un grand seigneur » aussi intitulé « Les Bons Vivants ». J'adore le sketch avec Louis de Funès, je le trouve extrêmement réussi. C'était d'ailleurs le film préféré de Georges Lautner. On y retrouve les derniers dialogues de Michel Audiard pour de Funès. Bien sûr, j'aime beaucoup tous les films de Gérard Oury. La collaboration avec Serge Korber a donné naissance à deux films singuliers et originaux : « L'Homme-orchestre » et « Sur un arbre perché ». Enfin, « Le Gendarme se marie » et « Le Gendarme en balade » sont, pour moi, les meilleurs de la série.

Si vous deviez citer une réplique que vous adorez ?

J'aime beaucoup le dialogue entre Dominique Davray et Louis de Funès dans le film « Le Tatoué », lorsqu'ils sont dans leur chambre conjugale et qu'il dit « Désormais, on ne doit plus se tutoyer ! ». J'ai une grande tendresse pour Dominique Davray qui est une actrice que je trouve absolument géniale et malheureusement injustement oubliée. La meilleure réplique reste « Je suis ministre, je ne sais rien faire ! », qui est toujours d'actualité ! Une autre qui est formidable aussi, c'est « Viens ici, Fous-le-Camp ! », quand il appelle son chien dans « Ni vu, ni connu ». Mais ce qui me frappe chez de Funès, c'est que les mots que l'on retient de lui, ce ne sont pas forcément les répliques. Ce sont surtout des attitudes, des mimiques, des expressions aussi bien faciales que du langage courant mais qu’il ne dit comme personne d'autre. Quand il dit « Ah ! Le saligaud » ou « Arf ! », cela prend un relief extraordinairement incroyable. Et pour cela, il est inimitable !

Exposition Louis de Funès à la folie
Du 15 Juillet 2020 au 31 Mai 2021
A la Cinémathèque Française

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