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Michael Giacchino : Le grand héritier

Par Gabriel Carton


La musique est un vecteur d’émotion essentiel au cinéma, un élément qui peut aisément se dissocier d’un film et en prolonger le plaisir ou exister par lui-même. Lorsque le 4ème art se met au service du 7ème le nom de l’artiste tant à ne devenir qu’un nom parmi tant d’autres au générique ; notre humble projet est, à travers l’exploration de la carrière de quelques grands compositeurs, de replacer la musique en tête d’affiche.

Né en 1967, Michael Giacchino s’est imposé depuis le début des années 2000 comme un nouvel incontournable pour les amateurs de bandes originales de films. Mettant ses pas dans ceux de John Williams et Jerry Goldsmith, il a depuis une vingtaine d’années associé son nom à des franchises dont certaines, synonymes de nostalgie autant que de divertissement grand public, peuvent être qualifiées d’historiques.

Un compositeur multi-écrans

En 1997 déjà, il s’installe dans le voisinage direct de John Williams en composant le score du jeu vidéo « Le Monde Perdu ; Jurassic Park » développé par Dreamworks interactive pour la première Playstation. Œuvrant dans les limites alors inhérentes au support vidéo-ludique, l’artiste envisage d’abord de livrer une composition entièrement synthétique. Mais à l’écoute d’un premier morceau qu’il prend pour une démo, Steven Spielberg se dit impatient d’entendre la version orchestrale.

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Le souci avec lequel le réalisateur suit le développement des produits dérivés d’une de ses franchises phares vaudra au « Monde Perdu » de devenir le premier jeu vidéo à bénéficier d’une bande son entièrement orchestrale et fera du jeune Michael Giacchino un pionnier dans le genre. Aujourd’hui encore, l’album reprenant les 19 thèmes composés pour le jeu demeure un superbe exemple du talent de Giacchino : « Into the trees » impose d’entrée une fanfare digne d’une aventure d’Indiana Jones et le reste est à l’avenant, riche en cuivres et en percussions dans un déferlement ininterrompu d’action saurienne.

En parallèle d’une carrière dans la musique de jeu vidéo (les nombreux opus de Medal of Honor et Call of Duty figurent aussi à son CV), Michael Giacchino fait la connaissance de J.J. Abrams qui est sur le point de lancer la série « Alias » via sa société de production Bad Robot. Nous sommes en 2001 et la série mettant en scène Jennifer Garner permet au compositeur de se construire une solide réputation sur le petit écran. C’est donc tout naturellement qu’il accepte de rempiler avec Abrams sur « Lost » dont la musique lui vaudra un « Primetime Emmy Award » pour « outstanding music composition for a series » soit « composition musicale exceptionnelle pour une série » en 2005.

La même année, c’est un « Annie award » et une nomination au Grammy qui l’honorent pour la bande originale du grand succès d’animation de Pixar « Les Indestructibles ». Le film de Brad Bird offre à Giacchino une percée mondiale remarquée sur le grand écran. Le réalisateur envisageait au départ de confier la musique à John Barry dont il espérait obtenir un score dans l’esprit des James Bond des années 60. Peu désireux de se recycler, Barry décline la proposition, et c’est une chance inattendue pour Giacchino, qui se fend d’un hommage Jazzy au cinéma d’action old school. Fidèle à Pixar, on le retrouvera à la baguette sur « Ratatouille », « Là-Haut », « Vice versa » et « Coco », gravant ses mélodies dans l’esprit du jeune public.

Une fidélité qui le lie aussi à J.J. Abrams, qu’il s’agisse de perpétuer la tradition « Amblin » avec « Super 8 » (2011) formidable voyage nostalgique vers le blockbuster des années 80, d’apporter un peu de fraicheur aux péripéties d’Ethan Hunt (« Mission : Impossible III » et « Protocole Fantôme ») ou de relancer la version cinéma de « Star Trek » (2009). Avec « Star Trek Into Darkness » (2013) et surtout « Star Trek Beyond » (2016) Giacchino inscrit son nom de la plus belle des manières à la suite de ceux de Jerry Goldsmith (« Star Trek, le film », 1979, « Star Trek V, L’ultime frontière »,1989), James Horner (« Star Trek II, La Colère de Khan », 1982, « Star Trek III, A la Recherche de Spock », 1984), Leonnard Rosenman (« Star Trek IV, Retour sur Terre », 1986) et Cliff Eidelman (« Star Trek VI, Terre inconnue », 1991).

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Michael Giacchino (à gauche) et J.J Abrams
Une signature musicale qui s'impose

« Star Trek » n’est pas la seule saga historique à laquelle on associe dorénavant le nom de Michael Giacchino. Il succède à Patrick Doyle sur le reboot de la série inspirée du roman de Pierre Boulle, « La Planète des Singes », avec « L’Affrontement » en 2014 et « Suprématie » en 2017, tous deux de Matt Reeves, intégrant une fois encore une lignée de compositeurs de renom dominée par Jerry Goldsmith (« La Planète des Singes », 1968). Il devient en 2016 le premier compositeur autre que John Williams à œuvrer sur un épisode cinématographique de « Star Wars », fut-il un spin-off, avec « Rogue One, a Star Wars story ».

Pour ce chaînon manquant entre deux trilogies, il ne bénéficie que de quelques semaines de travail, un état d’urgence causé par l’indisponibilité d’Alexandre Desplat avec lequel Gareth Edwards pensait renouer après leur collaboration sur « Godzilla » (2014). En quatre semaines et demie, Giacchino hisse la partition de « Rogue One » à la hauteur des plus grandes heures de la saga tout en conservant un style propre qui dément à chaque instant le caractère de simple émule de John Williams qu’on lui attribue souvent. Même constat avec « Jurassic World » (2015) et « Jurassic World : Fallen Kingdom » (2018), où loin d’être un simple substitut, il se pose en héritier véritable et développe sa propre palette émotionnelle à partir du thème familier de « Jurassic Park ». Quel chemin parcouru depuis ses premières armes avec les dinosaures pixélisés de la ps1.

Il aurait été étonnant que le Marvel Cinematic Universe se passe d’un tel spécimen. On retrouve Giacchino au générique du « Doctor Strange » de Scott Derrickson, mais c’est surtout avec la partition enlevée de « Spider-Man : Homecoming » (2017) de Jon Watts, qu’il développe et enrichi sur « Spider-Man : Far From Home » (2019) qu’il semble avoir trouvé sa place dans l’univers des super-héros. On est impatient de découvrir ce que « Spider-Man : No way home » (Jon Watts, 2021), « The Batman » (Matt Reeves, 2022) et « Jurassic World : Dominion » (Colin Trevorrow, 2022) nous réservent côté musique, autant dire qu’on n’a pas fini de s’émerveiller à l’écoute de Michael Giacchino.


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