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Michel Piccoli : Ses meilleurs rôles

Par Jérémy Joly

L'acteur Michel Piccoli vient de nous quitter (même si on l'a appris tardivement) ce 12 mai à l'âge de 94 ans. Il laisse derrière lui une immense carrière qui s'étale sur soixante-dix ans, avec pas moins de 200 films. Michel Piccoli s'est essayé à des genres variés, alternant entre cinéma populaire et films d'auteur. Il a côtoyé durant son parcours les plus grands cinéastes et partenaires de son époque. Nommé quatre fois pour le César du meilleur acteur, il ne remportera jamais la statuette.

Après des débuts au théâtre et des petits rôles marquants au cinéma (comme « French Cancan » de Jean Renoir), en 1962, il obtient un rôle plus conséquent dans « Le Doulos » de Jean-Pierre Melville. Il interprète un truand et se retrouve face à Jean-Paul Belmondo. L'année suivante, il tourne pour Luis Buñuel dans « Le Journal d'une femme de chambre », où il joue un bourgeois oisif et obsédé sexuel qui tentera de séduire maladroitement Jeanne Moreau.

Mais l'année 1963 est marqué par « Le Mépris » de Jean-Luc Godard, un film qui le propulse au rang de vedette. Nous le retrouvons avec un chapeau « pour faire comme Dean Martin » et tourne dans une des scènes les plus cultes du cinéma français, avec Brigitte Bardot : « Tu les trouves jolies mes fesses ? » sur une sublime musique de Georges Delerue.

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Le Mépris, le film de Jean Luc Godard avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Jack Palance, Fritz Lang, Georgia Moll, Raoul Coutard.
Après avoir tourné dans le premier film de Costa-Gavras intitulé « Compartiments tueurs », il retrouve Luis Buñuel et joue dans « Belle de jour », un portrait du monde bourgeois. Dans ce film, il entretient une relation particulière avec Catherine Deneuve, réalisant ses fantasmes sadomasochistes. En 1966, Jacques Demy lui offre le rôle de Simon Dame, un gérant de magasins d'instruments de musique, dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort. Il pousse la chansonnette, enfin presque puisqu'il est doublé par Georges Blaness.

A la fin des années 70, il tourne pour Marco Ferrerri « Dillinger est mort », où il campe un mystérieux personnage, sombrant dans la folie, qui trouve par hasard un revolver dans du papier journal. Ce revolver ne le quittera plus, il va s'amuser à le remettre en marche et à le peindre en rouge. Michel Piccoli fait aussi partie des rares acteurs français à avoir tourné pour le grand Alfred Hitchcock. Avec également Philippe Noiret, Dany Robin et Claude Jade, il joue dans « L'étau », un des derniers films du cinéaste.

Au début des années 70, il devient un des acteurs fétiches de Claude Sautet. Aux côtés de Romy Schneider, il joue dans « Les Choses de la vie », le rôle d'un architecte victime d'un accident de voiture. Puis l'année suivante, dans « Max et les ferrailleurs », il interprète un policier aux méthodes peu ordinaires qui tend un piège à une petite bande de malfrats afin de les surprendre en flagrant délit de hold-up.

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Les choses de la vie de Claude Sautet avec Michel Piccoli, Romy Schneider, Jean Bouise, Léa Massari, Hervé Sand, Boby Lapointe.
En 1972, il tourne dans un film plutôt moyen de Claude Chabrol intitulé « La Décade prodigieuse », où il se retrouve face à Orson Welles, célèbre réalisateur de « Citizen Kane » et Anthony Perkins, immortalisé par le rôle de Norman Bates dans « Psychose ». Cependant, il tourne pour Chabrol un film bien meilleur : « Les Noces rouges », où avec la complicité de Stéphane Audran, jouant sa maîtresse, il va assassiner le mari de cette dernière.

L'année suivante, il est à l'affiche de « La Grande Bouffe » de Marco Ferreri, aux côtés de Marcello Mastroianni, Philippe Noiret et Ugo Tognazzi. Ce film audacieux, une critique de la société de consommation, fait un scandale retentissant au festival de Cannes. Aujourd'hui devenu culte, il raconte l'histoire de quatre amis qui décident de manger jusqu'à la mort. Michel Piccoli continue sa carrière avec un autre film typique de la contestation des années 70 : « Themroc » de Claude Faraldo, qui traite du rejet de la société de consommation et de la négation de l'autorité. Il joue un ouvrier qui ne s'exprime que par des cris.

En 1974, il retrouve Claude Sautet qui le dirige dans « Vincent, François, Paul... et les autres ». Le sujet traite de l'amitié et il joue aux côtés d'Yves Montand, Serge Reggiani et Gérard Depardieu. La scène du repas où Michel Piccoli découpe un gigot et se met en colère, s'inspirant beaucoup de Claude Sautet, vaut le coup d’œil.

Au milieu des années 70, il est un docteur victime de rumeurs et pressions qui le poussent au suicide, dans « Sept morts sur ordonnance » de Jacques Rouffio. Puis, au début des années 80, il est un homme d'affaires important et respecté mais aussi mystérieux face à Gérard Lanvin dans « Une étrange affaire » de Pierre Granier-Deferre. Dans « Le Prix du danger » d'Yves Boisset, il est un présentateur méprisable d’un jeu télévisé et un grand joueur d'échecs dans « La Diagolane du fou » de Richard Dembo.

Dans les années 80, il est dans la comédie satirique du monde de l'entreprise dans « Que les gros salaires lèvent le doigt ! » de Denys Granier-Deferre. Nous pouvons le voir dans « Mauvais sang » de Léos Carax, aux côtés de Juliette Binoche et Denis Lavant. Puis, à la fin des années 80, Louis Malle le dirige dans « Milou en mai », un film sur fond de mai 68 où une famille bourgeoise se dispute un héritage.

Dans les années 90, il est un peintre face à son modèle joué par Emmanuelle Béart dans « La Belle Noiseuse » de Jacques Rivette. Il s'échappe d'un asile accompagné de Dominique Pinon et avec la complicité de Pierre Richard dans « La cavale des fous » de Marco Pico. Agnès Varda réalise le film « Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma », à l'occasion du centenaire du 7ème art, où Michel Piccoli joue un homme croyant être le cinéma à lui tout seul et aimant raconter des histoires sur les films. Il rencontre Raoul Ruiz qui le dirige dans « Généalogies d'un crime ». Bertrand Blier réalise « Les Acteurs » avec un casting impressionnant où Michel Piccoli joue son propre rôle, victime de nombreuses rumeurs.

Dans les années 2000, il participe à plusieurs films de Manoel de Oliveira : « Je rentre à la maison » ou encore « Belle toujours » qui se veut être une suite, sous forme d'hommage, de « Belle de jour ». Son dernier grand rôle remonte à 2011. Il jouait alors un pape qui fraîchement élu, était atteint d'une crise de panique avant de devoir se montrer au balcon dans « Habemus Papam » de Nanni Moretti.

Michel Piccoli a également réalisé trois longs-métrages : « Alors voilà » (1997), « La Plage noire » (2001) et « C'est pas tout à fait la vie dont j'avais rêvé » (2005). Sa brillante carrière méritait bien évidemment d'être saluée.

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