28 septembre 2021
Focus

OSS 117 : Les prémices d’un échec ?

Par François Bour


Plus de dix ans après le second volet, la saga OSS 117 est revenue dans les salles. Un retour évènement comme en témoigne la projection du film à Cannes pour la soirée de clôture. Le retour de Hubert Bonisseur de La Bath n'est pourtant pas le momentum attendu. Notamment lorsqu'il s'agit de jeter un œil sur les articles de presse.

Lorsqu'un film est projeté en avant première à Cannes, les retours presse ne tardent pas à tomber. A l'aube de l'exploitation du film dans les cinémas de France, le paysage médiatique qui entoure le film est déjà bien dévoilé. D'autant plus ici qu'il ne s'agit pas de n'importe quel film. La réputation est peut être aussi la cause de cet accueil critique plus que mitigé.

Une notoriété certaine

Il suffit de se rendre sur la fiche du film OSS 117 : Rio ne répond plus pour estimer l'attente suscitée par le retour de l'anti-espion français. La revue de presse fut dithyrambique. Huit critiques 5 étoiles dont celle des Cahiers du Cinéma. Dix-sept critiques 4 étoiles parmi les références de la presse cinéma Télérama, Première, Studio Ciné. Même Les Inrockuptibles avaient, à l'époque, plébiscité le film de Michel Hazanavicius.

Il faut ajouter à ce très bon accueil critique, un public qui avait répondu présent avec plus de 2,5 millions d'entrées au box-office. C'est donc peu dire que OSS 117 Alerte rouge en Afrique noire est la promesse d'un succès estival. Celui que les exploitants de salles attendent pour marquer le retour aux affaires. Seulement voilà, les choses ont changé depuis 2009.

Pour être juste dans une éventuelle comparaison, il faut évacuer le contexte "Covid-19". La fréquentation des salles, en cet été 2019, étant en forte baisse, le troisième volet de OSS 117 part avec un handicap au box office. Eric Altmayer de Mandarin Films, l'instigateur de la saga des OSS 117 depuis le premier volet s'est confié à ce sujet.

A nos confrères de Libération, le coproducteur assume le choix de la sortie estival, après trois report, en s'appuyant sur "la qualité du film et sa notoriété importante". Une qualité qui n'aura pas souffert des conditions particulières lors du tournage. La situation sanitaire ne peut donc être un argument au moment de juger en bien ou en mal les qualités du long métrage. En revanche, si les qualités du film sont mises en avant par les producteurs, il est temps de se projeter sur ce qu'en dit la presse sur ce sujet.

Un four total

Douze ans ont passé depuis l'incontestable succès du film de Michel Hazanavicius.  Les choses ont changé, en particulier les retours de la presse. Un agent secret qui rate sa cible titre Le Monde qui déplore des chemins trop balisés dans une tentative de se moquer du politiquement correct de l'ère #metoo. Petit exemple : En janvier 1981, quand un collègue lui souhaite une bonne année, Hubert répond « me too », tout en mettant une main aux fesses ici et là. 

Les dénonciations s'enchainent, accompagnées de rires gras, mais le résultat est "assez tiède" selon Les Inrocks. Au lendemain de la projection cannoise Ecran Large évoque même "un échec gênant". D'après le témoignage d'Eric Altmayer, l'avant-première du premier volet a été très silencieuse. Sans rires, et ce n'est pas une blague. "On a fait un four total", avouant la maladresse de l'équipe du film : "On a fait l'erreur de rester dans la salle pendant toute la projection, en attendant désespérément les rires", confia le coproducteur au Nouvel Obs.

Jean Dujardin a vieilli mais il a confié que cela le rapprochait davantage d'Hubert. La carrière de l'un des acteurs français les plus bankable est un gage de son talent. Son retour dans le costume d'espion, c'est comme une assurance tout risque. Si ce personnage ne lui est pas autant personnel que celui de Brice de Nice, Hubert Bonisseur de La Bath fait tout de même un peu parti de l'ADN de l'acteur. Ce dernier n'est pas vraiment la cible des critiques. Celles ci se focalisent plus sur le scénario et surtout l'humour du film. Pour ne pas dire la patte d'un certain Nicolas Bedos.

Une touche personnelle qui ne passe pas

Nicolas Bedos est un réalisateur à la jeune carrière. Celle ci fut saluée en 2016 pour le film Monsieur & Madame Adelman. Son implication dans la saga OSS 117 fut d'ailleurs plutôt bien perçue au départ. D'ailleurs même à l'arrivée, ses qualités de réalisateurs sont, là encore, reconnue.  Première souligne une mise en scène jamais prise en défaut. Tout en titrant "Quelque chose cloche dans OSS 117 3" pour pointer du doigt un scénario cherchant à excuser les vannes un peu "borderline". Même son de cloche du coté de Cinéséries. Là encore, il est souligné un manque certain dans la qualité des dialogues et de l'histoire dans un film qui ne tient pas sur la durée.

Il y a un manque d'entrain à en croire La Croix. C'est une immense déception du coté de GQ. L'humour ne répond plus dans une surenchère du politiquement incorrect du coté du Journal du Geek. Le rire ne répond plus titre Libération, autre organe de presse qui fustige l'humour apporté par Nicolas Bedos. Car, si le réalisateur ne fait pas débat, sa plume continue à le faire. Il ne faut pas oublier qu'avant d'être derrière la caméra, Nicolas Bedos faisait davantage parler de lui pour ses chroniques audacieuses.

Une audace qui a ses admirateurs et ses détracteurs dans l'exercice qui était le sien. Celui qui lui a donner sa renommée et permis de construire sa patte personnelle. C'est justement cette dernière qui est décriée aujourd'hui. Difficile déjà de s'insérer dans moule existant, qui plus est construit, en partie, par Michel Hazanavicius.


Pour être juste, il faut d'ailleurs indiquer que toutes les critiques ne sont pas négatives. Le Parisien, Les Echos, et d'autres médias français ont fait un retour positif de cet OSS 117 Alerte rouge en Afrique noire dont Le Quotidien du Cinéma. Il ne s'agit pas, ici, de taper sur le film. Seulement, le constat est d'ores et déjà indéniable. Le long métrage de Nicolas Bedos ne va pas avoir la même aura que les précédent OSS 117. Celle ci sera-t-elle, néanmoins, suffisante pour convaincre le public ? Réponse dans quelques semaines.

ça peut vous interesser

A quel prix ? : Le coût de la dignité

Rédaction

SAS Rise of the Black Swan : Mauvais signe

Rédaction

Chaos Walking : Sans faire de bruit

Rédaction