23 septembre 2019
Focus

Plaire aimer et courir vite : Attrape moi si tu peux !

"Plaire, aimer et courir vite", actuellement sur Canal +...

La saison des amours est ouverte depuis quelques jours maintenant. La nature s’ouvre à nouveau à nous et le soleil rayonne sur nos peaux et réchauffe nos cœurs.

Qui dit la saison des amours, dit aussi un amour ou des amours (selon vos désirs) qui ne durent parfois qu’une saison et que nous n’oublierons jamais. Profitons de la vie telle qu’elle se présente à nous en ce moment même, sur le sable chaud au son des clapotis des vagues ou sur la pelouse du parc où le vent souffle lentement entre les feuilles.

On aurait envie de se replonger dans nos poèmes, dans la grande littérature que certains trouvaient plus qu’à mourir d’ennui et que d’autres dévoraient vers après vers : Rimbaud, Verlaine, etc. Vous vous souvenez maintenant ? « Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.

La sève est du champagne et vous monte à la tête... On divague ; on se sent aux lèvres un baiser. Qui palpite là, comme une petite bête... » - Arthur Rimbaud, Extrait de "On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans" (1870)

C’est exactement cette rythmée que prend le film "Plaire, aimer et courir vite". Je ne saurais le définir autrement. C’est pour cela, qu’étonnement "Plaire, aimer et courir vite" (2018) de Christophe Honoré, m’a finalement accrochée jusqu’à la fin, m’a embarquée dans cette violente histoire d’amour entre deux hommes un peu frivoles, qui profitent de la vie tant que cela leur est encore permis.

Ils n’osent pas vraiment s’avouer leurs sentiments par peur de s’engager, par peur de ne plus pouvoir profiter comme avant, des premiers instants de séductions. Deux solitaires, face à la vie, se tournant autour, n’est pas l’unique histoire. C’est bien plus que cela.

Nous avons au programme trois principaux grands acteurs, ce qui donne déjà, par ce seul aspect, très envie de s’attaquer au visionnage de ce film. Concentrons-nous sur eux je vous prie :

Dans le rôle principal, nous avons Pierre Deladonchamps incarnant Jacques. Il a incarné récemment Gilbert Miguié dans "Les Chatouilles" (2018) de Andréa Bescond et Éric Métayer, qui a été récompensé d’un César de « la meilleure adaptation ».

Nous avons ensuite Vincent Lacoste jouant Arthur. Il a été nommé plusieurs fois au César et nous le retrouvons dans "Hippocrate" (2014) , le film de Thomas Lilti.

Pour finir, Denis Podalydès interprétant Mathieu, un personnage qui se veut assez discret et « j’en foutiste » de ce qui se produit autour de lui (enfin c’est ce qu’il veut faire croire), mais très touchant en fin de compte. On le retient, pour son interprétation, certes un peu brève par rapport aux autres acteurs ; le personnage qu’il incarne à l’écran a son importance, surtout à la fin de l’histoire.

Ce film ne nous parle pas seulement d’une histoire d’amour qui sera durable ou non… absolument pas. "Plaire, aimer et courir vite", c’est la recherche de soi, la découverte de l’autre, mais aussi l’histoire d’une époque qui a touchée, bouleversée toute une génération.

Une génération qui n’a pas forcément assez développé les moyens de contraception et surtout la prévention. C’est alors qu’une terreur s’installe et que les gens essaient de changer leur mode de vie.

On a pu retrouver ce thème dans "120 battements par minute" (2017) de Robin Campillo qui nous emmène au-delà d’une simple émotion et qui montre davantage le combat de cette génération, à travers des militants d’Act Up-PARIS qui luttent contre les maladies sexuellement transmissibles et qui espèrent trouver des solutions à ce fléau qui les atteint. Cette approche du sujet l’inscrit davantage sur le tableau dramatique voire presque morbide de la maladie.

"Plaire, aimer et courir vite" contient se penche moins sur ce côté militant, et le registre dramatique. Il nous montre un homme, Jacques, certes atteint du VIH, mais qui continue à vivre pleinement tant qu’il le peut, même si beaucoup d’obstacles se mettent sur son chemin et les catacombes se font de moins en moins discrètes autour de lui.

Malgré son éternelle solitude, il est plongé depuis des années dans ses romans et l’écriture. Pourtant, les livres ne sont pas ses seuls compagnons. Mathieu, son voisin, son bon ami de palier, est toujours un peu à ses côtés. C’est alors qu’un jour, il croise le chemin d’Arthur, jeune breton, originaire de Rennes, ne sachant pas trop quoi faire de son existence, à part courir après quelques hommes le soir.

Un coup foudre, une rencontre improbable ? Tous les deux ne savent pas trop où tout cela va les mener… surtout Jacques. Se revoir fait partie pour eux des possibilités, même si l’envie ne leur manque pas, mais aller plus loin, ils en sont moins sûrs.

Vous aurez affaire à des petits écorchés vifs, se posant mille et une questions, mais qui finalement savent ce qu’ils veulent. Tout cela mélangé à une maîtrise de somptueux plans, transitions originales et une mise en scène qui nous emporte. Nous n’entrons pas dans le cliché éternel de l’homosexuel, de l’histoire banale d’une victime du sida. Nous sommes sur quelque chose de plus profond et de recherché.

Merci la littérature française et ses magnifiques lettres. En revanche, gare à ceux qui sont horrifiés par le français, les romans et la philosophie, car vous allez être servis ! Pour les amoureux de littérature, c’est un plaisir presque jouissif…

Elisa Drieux-Vadunthun


Vous avez aimé cet article, profitez de notre émission radio, Les Aventuriers des Salles Obscures, et l'évocation de "Plaire, aimer et courir vite" au moment de sa sortie :

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