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Reservoir Dogs : La jouissance de l’interdit

Alors que Quentin Tarantino est à nouveau dans l'actualité cinématographique avec "Once Upon A Time In... Hollywood", notre rédaction vous propose de revenir sur l'un des films cultes de la filmographie du cinéaste américain : "Réservoir Dogs". Retour sur ce long métrage à travers la musique et une séquence-phare que l'on pourrait intitulée "la jouissance de l'interdit".

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Michael Madsen

Le cinéma gore est, par définition, le passage à l’écran dans nos salles obscures de tout ce que les gens en général ne veulent pas voir ou tout ce qui ne se montre pas : le sexe, la violence, le sang et bien d’autres aspects répugnants.

Toutes ces horribles choses pour lesquelles nos mains se jettent sur nos yeux pour éviter le cauchemar et la panique la nuit tombée. Et si je vous disais que ce réflexe est lié à nos codes et notre société, mais, que le soir venu, vous aimeriez quand même vous métamorphosez en tueur digne d’un slasher ou encore un psychopathe tortionnaire ?

N’avez-vous donc jamais eu l’envie d’une petite vengeance, en voyant la pile de dossiers que votre collègue dépose sur votre bureau, pour retourner à sa conversation Messenger ? Une envie de découper le chien de votre voisin faisant chaque matin ses besoins sur votre pelouse n’est jamais montée dans votre fond intérieur ?

Si je vous avouais que cette envie de petits meurtres monte sans vous en rendre compte, dès les premières notes d’une entraînante musique, comme celle de la célèbre séquence de découpage d’oreille excétutée dans les règles de l'art par Michael Madsen dans "Reservoir Dogs" de Quentin Tarantino.

Revisionnez juste cette séquence. Ensuite, osez me dire droit dans les yeux que vous n’avez pas tapoter du pied ou fredonnez, tout en écartant vos doigts qui soi-disant vous empêchez de visionner cette horrible cette scène.



Désolé de cette horrible nouvelle, mais vous êtes un sociopathe. Ce monde est fou. Non ! Je plaisante bien sûr, vous êtes parfaitement normal et même si cette magie noire du cinéma ne concerne pas tout le monde, les réalisateurs ont fait en sorte de nous manipuler.

Prenons la séquence de "Reservoir Dogs" que je vous ai exposée précédemment. Comme je viens de vous le dire, vous n’êtes pas sociopathe, mais l’interdit attire et la musique principalement a joué un grand rôle dans cette séquence. Sans la musique entrainante de cette séquence, vous n’auriez pas réagi de la même façon.

Regardez-la à nouveau en coupant le son. Je peux vous assurer que vous n’allez pas danser, mais peut-être pleurer, en tout cas grimacer. Le fait que le tortionnaire allume sa radio pour mettre une musique des plus rythmées pendant cet effroyable acte et se mette à danser avant de découper l’oreille de sa victime, ne peut que nous donner aussi envie de danser.

C’est alors que notre rapport à l’autre change et l’empathie tarde à se manifester, voire nous fait défaut, en voyant cette pauvre victime se faire découper.

Tarantino a voulu se jouer de nous sans notre consentement et tout cela avec juste quelques notes qui vont prendre possession de notre corps. De plus, si vous n’y aviez pas fait attention lors de cet ensorcèlement, je peux vous assurer que Tarantino n’a pas choisi une musique bénigne et dénuer de tout sens.

Si vous prenez les paroles de cette douce chanson (inscrite sous le titre Stuck In The Middle With You du groupe Stealers Wheel), vous vous rendrez compte de la supercherie de la musique. Nous ne sommes pas sur un titre que l’on peut mettre lors d’une soirée entre amis, mais c’est ici bien un titre synonyme de la panique générée par la présence d’un psychopathe.

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Au secours ! Qui suis-je ? Je danse sur des SOS.

La musique contient déjà dans son titre « Coincé au milieu avec toi », un appel de détresse qui peut être bien sûr lors de la scène de torture, celui de ce pauvre homme ensanglanté sur sa chaise, coincé face à ce meurtrier. Je ne m’arrête pas là. Les paroles nous traduisent la crainte, la peur, l’angoisse… C’est déjà beaucoup.

Le premier couplet décrit presque mot pour mot la scène de torture :

Well, I don't know why I came here tonight
Je ne sais pas pourquoi je suis venu ici ce soir
I got the feeling that something ain't right
J'ai l'impression que quelque chose ne va pas
I'm so scared in case I fall off my chair
J'ai si peur de tomber de ma chaise
And I'm wondering how I'll get down the stairs
Et je me demande comment je vais descendre les escaliers

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Puis viennent les atrocités qui nous font trembler et qui traduisent le sentiment de cet homme sur sa chaise face à ce fou :

Clowns to the left of me,
Des clowns à ma gauche,
Jokers to the right,
Des jokers à droite,
Here I am
Et moi au milieu
Stuck in the middle with you
Coincé au milieu avec toi

Je pense que je n’ai pas besoin d’aller plus loin pour vous dire que nous avons à faire à des manipulateurs complétement dérangés, que ce soit ce gentil monsieur trop bien habillé pour découper des personnes que Monsieur Tarantino, le maître de la folie transparaissant à l’écran. Mettons donc du plomb dans nos semelles pour retenir tous pas de danse sur cette musique qui accompagne la tuerie.

Auteure : Elisa Drieux-Vadunthun

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