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Terminator 2 : Apocalypse Now

Par Guillaume Méral

Le 16 octobre dernier, voilà 30 ans que "Terminator 2 - Le jugement dernier sortait" dans les salles de cinéma françaises. Un anniversaire fêté par la sortie d'une édition limitée 4K Steelbook du film de James Cameron. Un anniversaire. Une édition collector. Deux occasions pour prendre le temps d'évoquer "Terminator 2".

Pas si facile de cerner la notion d’héritage au cinéma. Surtout aujourd’hui, à une époque où la culture du souvenir se confond avec le culte du passé, et où les affects de l’enfance de chacun deviennent des critères d’admission vers le Panthéon universel.  Bref, on appelle ça la culture pop, et ça a presque remplacé le cinéma dans le lexique collectif. Heureusement, il y a des films qui permettent de réconcilier les deux. Et "Terminator 2- Le jugement dernier" en fait partie.

La corde raide

On ne va pas refaire l’inventaire. Vous le connaissez par le menu. Mais, pour aller vite, en 1991, James Cameron sort la suite du chef d’œuvre qui a introduit son style et son univers. La planète l’attend au tournant. Comme à son habitude, le canadien donne des raisons de douter à tout le monde. Plus gros budget (annoncé) de l’histoire du cinéma (102 millions hors inflation); pitch qui prend la popularité du premier "Terminator" à revers (Arnold Schwarzenegger devient gentil); fabrication INTEGRALEMENT réalisée en moins d’un an (de la première ligne de script à la dernière session de montage); effets spéciaux numériques jamais entrepris…

Dans ce cadre, James Cameron se lance dans le jamais-vu avec des délais trop serrés pour le tout-venant. Pourtant, à l’arrivée, le triomphe est total. Sa Bérézina annoncée devient l’événement en majuscule qui se voit sur grand-écran sinon rien. Le box-office s’affole. La mise de départ est multipliée par 5 fois. La critique est subjuguée. Les Oscars (techniques) conquis. Les répliques entrent dans le vocabulaire populaire et le cinéma n’en sort pas tout à fait pareil. Cameron joue tapis sans rien laisser au fonds de ses poches. Il repart avec la caisse. Parce qu'on ne devient pas « King of the world » en misant petit. Mais, pour le canadien, force est de constater que faire du cinéma revient à allumer un feu de camp à côté d’une station-service. Et le spectateur sent les flammes lui caresser le visage de l’autre côté de l’écran.

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Arnold Schwarzenegger et Edward Furlong - Copyright StudioCanal

Or, c’est bien ce qui reste intact dans "T2" : cette impression d’évoluer comme un funambule sur une corde qui menace de se rompre à tout instant. Chaque pas constitue un saut dans le vide. Chaque étape menace d’être la dernière. Chaque minute nous rapproche du gouffre. Concrètement, rien n’est anodin. Il n’y a pas une image ou un son qui ne grave pas la terreur de l’échec dans l’inconscient profond du spectateur.

C’est que pour ses personnages, comme pour son créateur, la défaite n’est pas une option et la tâche impossible. Entre sauver le monde d’un apocalypse nucléaire inéluctable parce que déjà survenu et tourner un film intournable déjà sorti avant le premier coup de manivelle, il y a un fossé que le réalisateur comble avec une vertu cardinale qui fait défaut d’un côté comme de l’autre : le temps.

Les cendres du temps

C’est bien contre le temps que se battent les personnages et le réalisateur, plus encore que Skynet ou son envoyé en métal liquide incarné par Robert Patrick. Ici le défi technologique n’est jamais que l’arbre qui cache la forêt, d’un côté comme de l’autre de la caméra. De fait, le véritable antagoniste de "Terminator 2" n’a pas d’enveloppe à l’image. Mais sa présence enveloppe l’écran. Comme s’il y avait toujours plusieurs mètres de trop ou quelques secondes en moins qui séparaient les héros de la sortie.

Séquence culte parmi toutes, l’évasion de Sarah Connor de l’asile psychiatrique cristallise parfaitement cette image d’un élastique qui se tend jusqu’à son point de rupture. L’espace s’allonge à mesure que le T-1000 se rapproche. La gravité augmente sous l’effet des ralentis et cloue les personnages au sol. Tous ceux qui ont joué à Max Payne connaissent le motif d’une fuite en avant dans un couloir qui tourne sur lui-même, où s’arrêter de courir pour attendre la faucheuse semble être la seule issue. Un cauchemar à l’écran qui sort de l’esprit de James Cameron. 30 ans nous séparent de sa sortie. Mais son angoisse de l’instant-présent reste aussi omniprésente que contagieuse.

Là réside le sublime paradoxe de "Terminator 2". Plus encore que pour le premier film, réalisé pourtant avec plus de 10 fois moins de moyens, il s’agit d’une œuvre qui évolue dans une urgence permanente. Pas d’autres choix que d’avancer pas à pas dans l’obscurité, un centimètre après l’autre, de regarder droit devant soit sans chercher à discerner le bout de la route dans les ténèbres. La métaphore magnifique et bien connue qui conclue le film de cette autoroute défilant un trait de signalisation après l’autre ressemble aux œillères de cheval que Cameron s’est posé pour terminer sa course. Mais ce sont aussi celles du spectateur, qui avance dans l’inconnu en permanence avec les personnages L’avenir a ceci d’écrasant qu’il n’est pas encore écrit justement. Cet avenir s’invente sous nos pas.

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Linda Hamilton - Copyright StudioCanal
Le cinquième élément

Comprenons-nous bien ici : la précarité dans "Terminator 2" est un sentiment éprouvé par le spectateur dans ses tripes, certainement pas une réalité de production-value qui se dévaluerait au fil des ans. Au contraire, l’effet de sidération fonctionne d’autant plus à plein parce que l’effet de nouveauté n’y est forcément plus. Ainsi, le temps joue en faveur de Cameron. Ce dernier fait du (très très) grand cinéma avant de faire des effets spéciaux. Aussi, les trois décennies d’existence du film constituent une masterclass en soit sur le caractère intemporel de la mise en scène. "Terminator 2" est un film mythologique au sens propre, où le chant de la survie résonne dans les quatre éléments que s’approprie son bad guy protéiforme.

Air, feu, eau et terre : le climax ne laisse aucuns angles morts au déploiement de son choc des titans, qui résonne dans tous les compartiments de la civilisation. Arnold joue de la grosse Bertha en contre-plongée comme Zeus balance ses éclairs du haut des locaux high-techs de Cyberdyne, une aciérie devient le théâtre industriel d’un monde entré en éruption, le dieu se sacrifie dans les flammes de la Montagne du destin. Le titre ne ment pas. "Terminator 2" déroule bien le Jugement Dernier, en violent et en direct.

Mortel au cœur en fusion plutôt que géant aux pieds d’argile, James Cameron emmène son équipe pour porter sa montagne à bout de bras avec lui. Il monte avec le spectateur au pas de course vers le sommet. Le cinéma, c’est s’assurer que tous les outils soient réunis au diapason pour aller chercher le spectateur au plus profond de lui-même. Anxiogène et viscéral donc exaltant à chaque instant, "Terminator 2" se pose tel l’antiblockbuster qui a réinventé le blockbuster. Un instant-prégnant de 137 minutes qui joue le destin de l’humanité à 24 images/secondes et qui ne laisse pas le spectateur partir sans les emporter avec lui. En définitive, un leg qui dure dans le temps. 

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Copyright StudioCanal

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Édition Limitée SteelBook - 30ème anniversaire

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