Focus

Trevor Jones : Magie tellurique

Par Gabriel Carton


La musique est un vecteur d’émotion essentiel au cinéma. Un élément qui peut aisément se dissocier d’un film. Qui peut en prolonger le plaisir ou exister par lui-même. Lorsque le 4ème art se met au service du 7ème le nom de l’artiste tant à ne devenir qu’un nom parmi tant d’autres au générique. Notre humble projet est, à travers l’exploration de la carrière de quelques grands compositeurs, de replacer la musique en tête d’affiche.

C’est en 1980 que le nom de Trevor Jones (né en 1949) apparaît pour la première fois aux yeux du grand public. Bien qu’ayant sélectionné des compositions classiques pour son épopée arthurienne, « Excalibur », John Boorman sollicite un jeune compositeur presque alors inconnu. Il lui demande l’élaboration de musiques additionnelles. Soit quelques ponctuations dramatiques. Mais aussi, et surtout, des musiques « d’époque ». Elles seront destinées à renforcer l’immersion dans le paysage médiéval.

Ce travail d’enrichissement plaît aux oreilles de Jim Henson dont le grand projet, « Dark Crystal », bénéficiera grandement de l’implication de Trevor Jones. Ce dernier abandonnant le maniérisme qu’il avait mis au service d’Excalibur, pour illustrer l’imaginaire fantaisiste d’Henson et Frank Oz. S’ouvrant sur une suite orageuse, la partition de « Dark Crystal »(1982) semble vibrer de tous les éléments naturels en même temps que de démons et de merveilles, de secrets alchimiques. Un « love theme », nocturne et paisible, évoque une autre composition de Jones. C'était la même année, pour le film d’épouvante « The Sender » (Rêves Sanglants) de Roger Christian. Assurément une des plus belles réussites de l’artiste.

Trevor Jones repense son approche de la fantaisie lorsqu’il retrouve Henson à l’occasion de « Labyrinth » (1986). Il invite l’électronique à la fête. Sans doute pour mieux coller à la présence de David Bowie, roi des elfes et du playback. L’absence de génie du score n’occulte pas l’admirable faculté d’adaptation d’un compositeur. On le retrouvera plus à son aise, et plus brillant sur « Angel Heart » (1987). Tout comme sur « Mississipi Burning ». Deux films mis en scène par Alan Parker (1988). Le musicien opère un retour triomphal à l’orchestral complet avec « Arachnophobie » (1990). Il éclipse la pâle réalisation de Frank Marshall. Car il compose, contre toute attente, l’une de bandes-originales parmi les plus enthousiasmantes pour un film qui est loin de l’être autant.

« Le dernier des Mohicans » de Michael Mann figure à raison au rang des grandes heures de la carrière du compositeur. Bien qu’il ait dû partager l’affiche avec Randy Edelman, engagé pour quelques morceaux additionnels, privant Jones d’un potentiel Oscar mérité. Conçue dans la douleur et l’urgence, la bande originale du film de Michael Mann demeure pourtant l’une des plus populaire de Trevor Jones auprès du grand public qui n’est pas sourd à la passion qu’il insuffle à toutes ses créations.

Que ce soit chez Renny Harlin (« Cliffhanger ») ou chez Alex Proyas (« Dark City », « I, Robot ») Trevor Jones ne démérite pas, mais c’est peut-être bien de l’évocation du merveilleux et de la fantaisie qu’il continue de se montrer le plus prodigue. « Loch Ness » de John Henderson (1996) évoque l’atmosphère des Highlands autant que le mystère avec un sentimentalisme qui évite de peu l’écueil du sirupeux comme le caractère « familial » forcené du film aurait pu le laisser craindre.

C’est un téléfilm produit par Hallmark Entertainment qui va réunir Trevor Jones et l’épopée arthurienne de ses débuts. Voici « Merlin » de Steve Barron (1998) avec Sam Neil, Miranda Richardson, John Gielgud, Helena Bonham Carter, Rutger Hauer et Isabella Rosselini. Pour cette mini-série de luxe Trevor Jones renoue avec le « médiévisme » auquel il s’est exercé pour « Excalibur ». Tout comme avec le merveilleux développé sur « Dark Crystal ».

Le compositeur marque ainsi une génération de jeunes spectateurs figés devant leur petit écran. Tous accroché aux notes du générique. La chair de poule aux bras. Il renouvellera l’exploit avec « Dinotopia » de Marco Brambilla, en 2002, conférant à un scénario quelque peu puéril un potentiel d’émerveillement infini. Il donnera ainsi au spectateur qui n’a plus 10 ans l’excuse d’y revenir avec toujours quelques étoiles dans les yeux.


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