23 octobre 2019
Focus

Vendredi 13 de Marcus Nispel : Pièges de Crystal

IL Y A 10 ANS...

VENDREDI 13

Réalisé par Marcus Nispel

(2009)

Par Pierre Tognetti alias Peter Hooper

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« …Vous voyez, je veux que chaque meurtre soit poétique et d’une certaine manière beau…Je suis moins intéressé par les films qui se soucient des aspects plus dégoûtants…C’est un point de vue que j’aborde aussi mais ce n’était pas ce que je voulais ici (à propos de son "Texas Chainsaw Massacre"– NDR). C’est le seul grand regret que j’ai dans mon expérience pour "Vendredi 13", car ils ne voulaient pas de cela. Ils avaient probablement raison mais je ne pense pas que j’ai trouvé un concept qui fonctionne, le faisant moins unique … autant qu’un remake puisse l’être. » C’est ce que nous confia Marcus Nispel lors d’un entretien exclusif (Rétroviseur Fanzine) à propos de sa relecture de "Texas Chainsaw Massacre" (2003).

Il est donc assez étonnant lorsque l’on connait le "Vendredi 13" original, sorti sous la forme d’un pur produit d’exploitation au début des eighties, avec ce que cela suppose de scories techniques, de facilités scénaristiques et de bricolages visuels, d’apprendre que Nispel ait pu être bridé artistiquement pour le film de Sean S. Cuningham, alors qu’il avait carte blanche pour revisiter le monument texan de Tobe Hooper sorti en 1974. D’autant lorsque l’on sait qu’il occasionnera un énorme retour sur investissement pour la (alors) toute jeune société de production (Platinum Dunes de Michael Bay) devenant au passage un des remake les plus rentables du cinéma horrifique.

Le poids de ces entraves ne va pas pourtant pas inhiber son talent, sa nouvelle relecture s’avérant nettement supérieure à l’original, et ce à bien des niveaux.

Tout d’abord avec un scénario habile et frais, dénotant de celui poussif et daté de l’original, avec une nouvelle histoire qui démarre dans un sublime noir et blanc lors d’une séquence pré-générique qui constituait, avec l’apparition de la mère justicière, l’épilogue du film de 1980. Une première déconstruction narrative ingénieuse, car cela fait près de trente ans que le public du monde entier connait le visage de la meurtrière. Alors autant prendre les choses par la fin et couper court au « non suspense » en nous évitant 90 minutes de Who Dun It. Sa (belle) décapitation fait immédiatement place nette pour son démoniaque fiston revanchard, lui qui ne revêtait alors qu’un statut de simple silhouette dans sa peau de garçon attardé, victime de la négligence des moniteurs.

D’autant que ce "Vendredi 13" nouvelle version joue à la poupée russe avec un singulier trois en un. On démarre par la conclusion, puis le boogeyman frappe vingt ans ans plus tard avec, comme dans le second opus, un sac sur la tronche avant de revenir quelques semaines plus tard avec le masque de hockeyeur du troisième épisode. Et comme dans une sorte de mouvement perpétuel, le film de Nispel s’achève sur un twist-ending star 80… Vous avez suivi j’espère ? Bon, peu importe, le fait est que cette version s’avère parfaitement remaniée pour conquérir le cœur de cible qui n’était pas né lors de la sortie de l’original, pas plus que de la dernière pluie, donc pas du genre à se faire attraper avec des moniteurs de colo qui passent une partie de leur temps à batifoler et le reste à se faire trucider par une maman en colère. Cette émancipation des codes éculés passe du coup par une plus forte caractérisation des personnages, avec une bande de d’jeuns un peu moins cons que leurs ancêtres.

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N’allez pas penser pour autant qu’ils aient des préoccupations plus « intelligentes », qu’ils tripotent (entre autre…) un humour plus léger ou qu’ils soient plus futés ! L’ado des 2000’s fornique toujours autant, fume encore des oinjes, s’amuse d’un humour (encore plus) graveleux, et continue a s’éloigner la nuit au cœur de la foret noirâtre... L’évolution est essentiellement physique, autant pour les filles que pour les garçons, et c’est plus donc agréable à l’œil, c’est plus robuste et ça résiste mieux. Et ça tombe plutôt bien parce qu’en face, avec le nouveau Jason, ils vont trouver un sacré mastard, incarné par Derek Mears (un cascadeur au physique massif et testostéroné) devenant assurément le plus impressionnant et le plus puissant serial killer de la franchise. Un Boogeyman toujours aussi taiseux mais qui se déplace très vite, manie aussi adroitement la machette, que la hache ou l’arc, et qui va se laisser aller à des actes trés hardcore, mais toujours dans cet esprit savoureusement « vintage », comprendre bien craspec et sans renfort numérique.

Si Nispel sait pertinemment que le succès de l’original reposait principalement sur la multiplication des meurtres, sur leurs caractéristiques et sur leurs étalages, il n’ignore pas que le public du XXIème siècle a bien changé et qu’il a déjà (presque) tout vu sur un écran. S’il ne peut donc pas radicalement innover, il va donc préférer respecter la old school touche (du latex et de la gélatine pour les effets spéciaux, des cascades pour les affrontements) tout en se concentrant sur la photographie, autant en pleine pénombre, qu’à la lueur d’une lampe ou sous une pluie torrentielle. Un point faible de la version originale, plus proche de l’illumination à la bougie.

Graphiquement, à la manière de son traitement pour son "Texas Chainsaw Massacre", ce sont de véritables tableaux qui défilent à l’écran, avec un souci chirurgical du détail dans les recoins de chaque décor, de chaque pièce. Un amoncellement d’objets ici astucieusement dispersés, qui ne sont pas sans rappeler l’esthétique des plans de son précédant remake. Et ça reste toujours très beau. Ce roi du clip et du film publicitaire (au total plus de 1000 réalisations !) très influencé par l’art pictural, étale sa vision artistique avec son œil d’esthète et son talent de metteur en scène, fort d’un montage très dynamique avec une multiplication de plans variés, caméra a la main, posée sur rail ou perchée sur un mat.

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"Vendredi 13" version 2009 marque pour l’occasion l’authentique retour du slasher, aussi violent, âpre et sec que ces coups de machette qui perforent un crâne de haut en bas, déchire une poitrine, taillade les corps… et font couler abondamment des seaux d’hémoglobine.

Dans ce camp de Crystal Lake revisité, on ne s’ennuie pas une seconde. D’autant que le métrage joue avec la multiplication de décors, là ou Cunningham cloisonnait tout son petit monde dans le seul camp, avec en point d’orgue des sous-sols moites et poisseux, et un atelier rustique propice a de bestiales agressions. Pour une confrontation finale qui ponctue en apothéose le plus efficace slasher/ survival vu depuis belles lurettes, témoignant à la fois d’un certain respect de l’esprit du film de Cunningham et de la volonté de livrer un métrage sur vitaminé new génération.

"Vendredi 13" version 2009 nous invite dans les couloirs labyrinthiques d’une galerie d’art ou Marcus Nispel prend un malin plaisir à exposer ses plus belles toiles, pour une pellicule glamour et fun qui surpasse, donc, haut la main son paresseux modèle. Hélas le teuton exilé, malgré une nouvelle réussite au box-office avec des recettes de 92 millions de dollars pour un budget de 19 millions, ne souhaitera plus se lancer dans une nouvelle relecture d’un film d’horreur, prenant même ses distances avec le Genre. Pas chanceux, nous sommes…

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