5 décembre 2021
Interviews

A Good Man : Interview de Marie-Castille Mention-Schaar

Par Jérémy Joly


Alors que le film "A Good Man" est proposé en salle au mois de novembre 2021, nous avons rencontré la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar pour évoquer ce film sur la transidentité. Un sujet abordé pour la première fois en France.


Quel est le point de départ de votre film ?

J'ai vu un documentaire sur le sujet et c'est une discussion au sein de celui-ci qui m'a touché. Sur ce conflit entre faire sa transition et devenir parent. Il y a 2000 hommes transgenre qui accouchent chaque année. Etre parent ne se définie par un organe ou un genre. Est ce que tout le monde à le droit d'avoir un enfant ? C'est tellement facile pour la plupart des gens mais un vrai combat pour les personnes transgenre.


La nécessité d'une incarnation
Comment vous êtes vous documenté sur le sujet du film ?

J'ai suivi pas mal de témoignages en Amérique du Nord où les personnes transgenre s'expriment plus facilement sur les réseaux sociaux. Je me suis aussi beaucoup inspiré de l'histoire de Thomas Beatie, le premier homme enceinte qui fut médiatisé. Il a beaucoup partagé sur son parcours avec sa femme.

La transidentité est souvent mal compris, avez vous cherché à être didactique  pour mieux mettre en lumière le sujet du film ?

Je n'aime pas le mot didactique mais lors d'une rencontre avec le public un spectateur m'a dit qu'il y avait beaucoup de pédagogie. Je crois que dans tous les sujets que j'aborde, je m'applique à ce que le sujet soit vraiment incarné. C'est essentiel pour moi car c'est plus facile à comprendre un ressenti, des émotions. C'est important pour moi que le spectateur puisse se projeter. Je me place en tant que spectatrice. Pour moi, un grand interprète peut tout interpréter. Je ne m'étais pas mis de barrière sur le rôle de Benjamin.

Au delà du sujet de fond, vous accordez aussi beaucoup d'importance à la forme. Ici avec un travail particulier sur la lumière. Comment avez vous travaillé sur la réalisation ?

Quand on va voir un film au cinéma, c'est quand même la moindre des choses de voir un film de cinéma. J'ai choisi des lieux à cet effet, des décors cinématographiques. L'île de Groix en particulier. Un lieu que je connais bien et dont je suis tombé amoureuse. Sur le tournage, je fais beaucoup de choses de manière spontanée et intuitive. Je bouscule un peu mon équipe, je réagis à ce qui se passe sur le tournage. Je suis très intuitive.


L'expérience, la technique et une complicité naturelle
Est ce que le choix de Noémie Merlant était évident pour vous ?

Pour moi, un grand interprète peut tout interpréter. Je ne m'étais pas mis de barrière sur le rôle de Benjamin. Je connaissais Noémie et je savais qu'elle pourrait le faire. Cela dit, j'ai quand même envisager d'autres options. Des acteurs transgenre auraient pu apporter autre chose que Noémie par exemple. J'ai fait passé des essais à quelques acteurs mais je n'ai pas trouvé, parmi ces acteurs, la personne avec la technique et l'expérience que je recherchais pour incarner Benjamin. C'était nécessaire pour avoir une grande performance. J'ai donc décidé de faire confiance à Noémie.

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Noémie Merlant et Jonas Ben Ahmed - Copyright Pyramide Distribution
Est ce que vous étiez sur que le couple allait fonctionner ? Comment avez vous travaillé pour cela ?

Le premier des deux rôle que j'ai choisi est celui de Noémie. Donc quand Soko a voulu lire le scénario, j'en ai parlé à Noémie. Là j'ai vu des étoiles dans les yeux de Noémie. Elle ne la connaissait pas mais elle adorait son travail. Cette petite fascination était parfaite pour le couple. J'ai voulu les laisser entre elles pour qu'elles construisent aussi leur couple sans moi. Au final, il n'y a une qu'une lecture avant le tournage. Le couple s'est construit naturellement entre les deux actrices. Je dois souligner que pour moi il était essentiel que ce couple ne suscite aucun doute chez le spectateur. Je voulais qu'il puisse entrer dans leur histoire d'amour, leur désir de parentalité.


Mettre en lumière un sujet difficile
Le film a amené la controverse avant même sa sortie. Quelle a été votre réaction face à cela ?

Vous évoquez le fait que ce ne soit pas un acteur transgenre qui joue le rôle de Benjamin. Je suis toujours un peu triste face à des critiques qui sont faites  pour le principe. Pas par rapport au film en lui-même. Pour moi, un acteur c'est un acteur, il ne faut pas le limiter, l'enfermer dans son identité. Son métier c'est d'incarner tous les univers. Evoquer le travail d'un acteur, c'est parler du film, c'est ce qu'il faut retenir. D'ailleurs plusieurs de ces personnes ont changé d'avis après avoir vu le long métrage. Ils ont vu l'intérêt de parler de ces sujets pour faire progresser les regards. Surtout dans une période politique comme celle que nous vivons. Surtout face à la colère, à la violence générée par l'incompréhension de la transidentité.

Scénariste, réalisatrice et productrice, vous avez plusieurs casquettes sur ce film. Pourquoi avoir fait ce choix ?
C'est une grande liberté. C'est beaucoup de travail et de stress aussi. Pour autant, je crois que la personne qui a la plus grande conviction, la plus grande énergie pour convaincre que le film doit exister. Surtout sur un sujet difficile comme celui de A Good Man. Ce n'était pas un film facile à monter d'ailleurs. Je savais que je ne pouvais pas compter sur un gros budget. Avoir plusieurs casquettes m''a facilité la tâche dans cette démarche et j'ai pu compter sur des partenaires qui m'ont fait confiance.

Interview réalisée en collaboration avec Grégory Marouzé de lillelanuit.com

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