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Alexandra Lamy : « Je suis une grande timide »

Le public l'avait quitté en compagnie de José Garcia dans "Chamboultout", il la retrouvera en plein été aux cotés de Miou-Miou dans "Belle-Fille" (distribué par UGC Distribution). L'actrice revient sur son personnage et sur les raisons qui l'ont amené à jouer le premier rôle de cette comédie. Une composition sur mesure mais pas forcément évidente à jouer.

Alexandra Lamy, qu’est-ce qui vous avait emballée en lisant le scénario de "Belle-Fille" ?

J’ai lu "Belle-Fille" et deux heures plus tard, je sautais sur mon téléphone pour annoncer à Méliane Marcaggi, la réalisatrice, que j’étais partante pour le faire. Belle-Fille est une comédie comme je les aime, avec un vrai sujet et une base dramatique. Elle est à la fois drôle, originale et émouvante. L’histoire de ces deux femmes, blessées l’une et l’autre, qui finissent par se choisir et s’inventer un lien familial, me touche beaucoup. Je la trouve formidablement bien construite, avec des dialogues cousus aux petits points. Elle est assez loufoque et en même temps, crédible d’un bout à l’autre parce que portée par des personnages sincères et des actions qui s’emboitent parfaitement les unes dans les autres. Rien n’a été laissé au hasard. Tous les rôles, même les plus courts, existent vraiment et sont justifiés. Il y a aussi le lieu où se passe cette histoire, la Corse, qui est, ici, un vrai protagoniste. Et puis, bien sûr, mon personnage, Louise, pour laquelle je tombe tout de suite « en amour » et dont je sens que je vais avoir un plaisir fou à l’interpréter !

Pourquoi ?

Je la trouve drôle, sympathique, dynamique, tendre et aussi, intrépide, puisqu’elle plaque mari et enfant pour s’occuper enfin un peu d’elle. J’aime bien que, pendant qu’on la cherche partout à Paris, elle apparaisse pour la première fois dans le film sur le tarmac d’un aéroport Corse, éclaboussée de soleil, resplendissante et libérée, et qu’en mettant ses lunettes de soleil, elle ait l’air de dire « A nous deux la vie ! ». J’aime qu’elle assume cette liberté nouvelle en se laissant séduire sans chichi par un homme d’un charme fou. J’aime son désarroi et son incrédulité face à la terrible tuile qui lui arrive après sa nuit de folie. J’aime aussi qu’ensuite, embringuée dans un imbroglio invraisemblable, elle ne se transforme pas en furie, mais se laisse au contraire toucher par le chagrin d’une mère qui, en pleurant son fils, découvre à quel point elle aurait rêvé avoir une fille. Pour une actrice, Louise est un personnage irrésistible, à la fois complexe, simple, exceptionnel et plein de failles. C’est une héroïne à laquelle on peut facilement s’identifier.

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Alexandra Lamy sur le tournage - Copyright Angela Rossi

Comment l’avez-vous « investie » ?

J’ai bossé ! (Rire) Si l’on veut que sur le plateau, les gestes paraissent naturels et le texte fluide, il faut énormément préparer les choses en amont. Pour ne pas m’enfermer trop vite dans mon personnage, je ne prends généralement pas de coach, sauf en cas de rôle très physique ou technique. Je m’enferme seule dans mon bureau et je m’amuse à dire mon texte de toutes les manières possibles, en riant, en pleurant, en gesticulant, sans bouger, d’une manière apeurée… Cette façon de travailler dans toutes les directions me permet de trouver des intonations qui plus tard, sur le tournage, resurgiront comme s’il s’agissait d’improvisations. Etant par nature insoumise, j’aime, sur un plateau, me donner l’illusion de la spontanéité, alors qu’en réalité, mon jeu n’est que le résultat d’un travail préparatoire. (Rire)

Mis à part le coup de cœur que vous avez eu pour elle, Louise était-elle, à la lecture, près ou loin de vous ? Avez-vous dû l’inventer entièrement ?

Même s’ils sont à mille lieues de moi, je ne compose jamais complètement mes personnages. Si je veux arriver les défendre, il faut que j’y mette au moins une petite partie de ce que je suis. Pour Louise, c’était un peu particulier. Comme elle avait été écrite pour moi, par quelqu’un qui me connait bien, elle m’a semblé immédiatement « familière ». Si je n’ai pas du tout ce côté « mère-au-foyer-plan-plan » qu’elle a avant sa tentative d’émancipation, je pense avoir sa droiture, sa gentillesse et son empathie pour les gens. Dans la vie, je suis comme elle, du style de fille qui s’arrête pour proposer son aide à quelqu’un qui pleure et qui prend tout ce qu’on lui dit au premier degré. Ma sœur se moque souvent de mon côté « éponge ». Méliane l’a exploité.

L’ambiance d’un tournage compte-t-elle beaucoup pour vous ?

Elle m’est capitale. Il m’est impossible de travailler dans une atmosphère de tension ou de dispute. Je suis même capable de quitter le plateau pour une simple engueulade. Si un réalisateur choisit la manière forte pour me mettre dans un certain état de jeu, ça me bloque et me fait l’effet inverse. En fait, mon exubérance est un exutoire à mon trac. Je suis une grande timide. Ayant tendance à la paranoïa, j’ai besoin de sentir qu’on m’aime et qu’on me fait confiance. Avant les problèmes de Covid19, quand je débarquais sur un plateau, je faisais la bise à tout le monde. Pour moi, le mot « équipe » a un sens.

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Alexandra Lamy - Copyright Angela Rossi

Qu’est-ce qui vous épate le plus dans Belle-Fille ?

Son originalité. Méliane a réussi quelque chose d’incroyable : elle a inventé une histoire drôle à partir d’un drame, elle l’a développée selon la mécanique de ce génie théâtral qu’était Feydeau et elle l’a racontée en se servant de tous les artifices et moyens du cinéma. C’est très fort ! D’autant plus qu’à l’arrivée, sa comédie est tous publics. Avec Belle-Fille on est à la fois au cinéma et dans la vraie vie. On n’a aucun problème pour s’identifier aux personnages.

Alexandra Lamy, que vous apporte votre métier d’actrice ?

Je serai bien incapable de vous le dire exactement. Une chose est sure, c’est qu’il satisfait la curieuse que je suis. J’adore les tournées d’avant-premières par exemple. Elles me permettent de rencontrer, d’écouter et d’observer des milliers de personnes. Comment croyez-vous que les acteurs nourrissent leurs rôles ? (Rire)
A votre avis, à quoi devez-vous d’être devenue une des actrices françaises les plus populaires ?

Peut-être à ma franchise et à ma sincérité. Je suis une actrice de comédie, mais je n’ai jamais « trafiqué » mes rôles. Je les ai toujours joués dans leur vérité, sans aucune pose et sans aucun souci d’effet, même s’ils n’étaient pas « glorieux ». Le public aime les personnages de cinéma, pas leurs faux-semblants. Je pense que s’il était encore vivant, Louis de Funès ne m’aurait pas démentie.

Propos recueillis dans le dossier de presse du film.

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