6 décembre 2021
En Une Interviews

Benoît Magimel : « Il y a des films qui vous choisissent »


"De son vivant" est le troisième film de Benoît Magimel sous la direction d’Emmanuelle Bercot. Il joue Benjamin, un acteur « raté » selon ses propres mots, qui trouve le rôle de sa vie le jour où il apprend qu’il s’apprête à mourir d’un cancer en phase terminale. Ben va soigner sa sortie de scène, au propre comme au figuré, et fournir à son interprète les clés d’une prestation stellaire, aussi frontale que pudique que la mise en scène de la réalisatrice. De passage à Arras, Benoît Magimel a accepté de répondre à nos
questions.

 

Vous retrouvez Emmanuelle Bercot pour la 3ème fois, mais c’est un rôle qui n’a rien à voir avec celui de vos précédents films…

Benoît Magimel : Oui, c’est un homme qui est condamné. Ça parle donc de ça, mais c’est surtout un film sur la vie, sur un souffle de vie incroyable. Qu’est-ce qu’on fait du temps qu’on a, du bilan qu’on peut faire de sa vie… Il y a tellement de questions qui sont soulevées. Mais à l’origine de ce film, il y a la rencontre avec le médecin Gabriel Sara, qui joue son propre rôle, et a une méthode bien à lui, extrêmement positive, fondée sur lempathie… C’est un univers surprenant. Ce n’est pas un film réaliste, qui traite de l’hôpital comme malheureusement la plupart des gens peuvent le connaître. C’est vraiment un film qui propose autre chose, qui parle de la vie.

C’est un film qui est à la fois extrêmement frontal et extrêmement pudique. En tant que spectateur, on est dans l’accompagnement du personnage, comme si on faisait nous-même partie du corps médical. C’est une méthode de cinéma assez proche de celle de ce médecin finalement… 

J’ai mis du temps à adhérer à la méthode de ce médecin. Et aujourd’hui encore je ne sais pas j’y adhère à 100 %. Mais j’ai changé, mon regard a évolué au cours du film. Cette manière qu’il a de vous rendre essentiel, important… On en a tellement besoin. J’ai presque osé dire que c’était un guide, parce que le jour où ça nous tombe dessus, car on sera tous confronté à ça, que faire ? On a besoin de solutions. Il a d’abord capitulé face à la maladie, accepté son sort. C’est un moment avec beaucoup de colère, de réaction. Mais quand vous avez une relation damitié avec la personne qui s’occupe de vous, c’est extraordinaire. À un moment Ben le dit : « C’est ma maison ». C’est pour ça que je tiens à le dire, ce n’est pas un film réaliste sur l’hôpital public, c’est sur une méthode et lui. C’était une manière pour lui, je pense, d’utiliser une tribune pour parler, et de décider d’enseigner quelque chose.

affiche-de-son-vivant
Copyright StudioCanal

Vous êtes à la recherche de ce type de rôle ?

Je pense que je n’y serais pas allé s’il ne s’agissait pas d’Emmanuelle Bercot. On est superstitieux dans le cinéma, on se rend compte qu’il y certains films parfois qui n’arrivent pas par hasard. Et c’est ce qui s’est passé. Parfois un metteur en scène vous propose un rôle qui résonne avec des choses personnelles que vous vivez. Ce n’est pas toujours le cas, c’est pour ça que je dis qu’il y a des films qui vous choisissent. Là elle l’a écrit pour moi, elle l’a écrit pour Catherine Deneuve.

Je l’ai accepté, mais ce sont des rôles qui font peur. On n’a pas forcément envie de plonger dans une histoire comme celle-ci. J’ai commencé le film avec beaucoup d’angoisse, puis on a dû s’arrêter plusieurs mois. Quand on a repris, j’étais dans une autre ressentie. J’étais plutôt heureux, dans une sorte d’énergie, de bonne humeur, d’amusement. On peut parler des sujets graves, mais il y a aussi de l’humour et de la dérision dans ce personnage. C’est important de le vivre de cette manière.

Votre personnage est professeur de comédie et se définit comme un acteur raté. J’ai eu l’impression qu’il abordait sa maladie au début du film comme s’il essayait de trouver le rôle, et répétait avec ses étudiants pour trouver la meilleure façon de le jouer.

C’est ça. Emmanuelle l’a trouvé un peu sur le tard, le fait d’en faire un acteur, qui enseigne, qui est aujourd’hui professeur et enseigne son métier aux jeunes générations. Ça parle de transmission ce film, cette manière de leur donner un souffle de vie en leur disant que chaque minute est importante. Quand on est jeune on ne réalise pas, on a l’impression d’être immortel, que le temps n’a pas d’incidences. Et il essaie de leur transmettre ça avant de partir.

Et c’est aussi pour avoir ce sentiment d’être utile, de savoir ce qu’on a laissé derrière soi. C’est une question essentielle, très angoissante. Beaucoup de gens ont de regrets sur leur lit de mort, et l’idée c’est de ne pas en avoir, de pouvoir dire aux gens qu’on aime qu’on les aime, d’être pardonner ou accepter le pardon… À travers ces élèves, il peut se guérir un peu, et transmettre quelque chose d’important, d’essentiel.

ça peut vous interesser

De son vivant : Mourir peut attendre

Rédaction

Amants : Où est l’amour ?

Rédaction

Arras Film Festival 2021 : Éloge d’une culture essentielle

Rédaction