17 septembre 2019
Interviews

Cédric Kahn : « J’étais impressionné par Catherine Deneuve »

Alors que son prochain film "Fête de famille" sort en salle le 04 Septembre. Son réalisateur, Cédric Kahn, s'est livré à une interview dans le cadre de la promotion de son film. Extraits.

Votre onzième long métrage s’inscrit dans ce qui est presque un genre en soi : le film de famille. Quelle a été l’origine de ce projet ?

Cédric Kahn : L’origine, je ne sais pas exactement, mais ce que je peux dire, c’est que je portais cette histoire en moi depuis longtemps, peut-être même depuis toujours et qu’il m’a fallu tout ce temps et tous ces films pour m’autoriser à la raconter. Mais à partir du moment où ça s’est imposé, tout est allé très vite. À l’automne 2017, alors que je venais de terminer "La Prière", j’ai écrit un premier traitement d’une vingtaine de pages que j’ai fait lire à Sylvie Pialat, la productrice, qui a immédiatement eu l’intuition que ce projet devait voir le jour vite, comme si elle avait senti à la fois une urgence et un risque de recul. Et à partir de là, tout s’est enchaîné très rapidement : l’écriture du scénario, la recherche des acteurs et des financements, jusqu’au tournage qui a commencé peu de temps après. Pour moi qui suis d’une nature lente, ça a été un peu vertigineux mais je l’ai pris tel un défi.

affiche-fete-de-famille

Le film a une dimension de « Cluedo familial ». L’arrivée du personnage de Claire semble dynamiter le groupe mais au fil du récit, les révélations, les manipulations, les renversements d’alliances viennent constamment bousculer les certitudes du spectateur.

L’arrivée de Claire, la sœur aînée, pose d’emblée beaucoup de questions. Elle a disparu depuis plusieurs années, arrive avec toutes ses affaires, n’a pas été invitée à l’anniversaire de sa mère, sa fille vit ici avec ses grands-parents… Rien n’est vraiment normal et pourtant tout le monde fait comme si tout l’était, et c’est peut-être ça le plus étrange. Les questions s’amoncellent et le film devient une sorte d’enquête sur ce personnage. Et au fur et à mesure de réponses, le mystère s’épaissit, on ne sait plus vraiment qui dit vrai et qui dit faux, qui est le bourreau, qui est la victime. Il y a un jeu de miroirs constant, si bien qu’à la fin tout le monde semble contaminé par le mal de Claire.

Comme la plupart des héros de vos films précédents, Claire est un personnage « à la limite ». Mais pour la première fois, ce personnage est féminin.

Oui c’est vrai et, plus globalement, je dirais c’est un film dans lequel les femmes se trouvent au centre. Des femmes puissantes, comiques, tragiques. Et en ce qui me concerne, je dirais : enfin ! Il était temps... Et j’ai adoré ce travail avec toutes ces actrices.

Avec ses personnages hauts en couleurs et ses dialogues ciselés, Fête de famille est un grand film d’acteurs. Comment avez-vous composé cette famille ?

Très méthodiquement. En commençant par la mère, la pierre angulaire de l’édifice familial Catherine Deneuve était une évidence. Son statut, son aura, sa fantaisie, son humanité : tout entrait en résonance avec le personnage. Et comme elle nous a rapidement donné son accord, on a construit la famille autour d’elle. Dans une sorte de semi-plaisanterie, j’ai dit à Sylvie Pialat que le rôle du frère ainé casse-pieds, redresseur de torts, m’irait comme un gant et elle a immédiatement été convaincue par l’idée. J’ai décidé de lui faire confiance, même si mes réticences à mener de front jeu et mise en scène étaient très grandes.

Puis nous avons entamé avec Antoine Carrard (mon complice de casting depuis mes débuts) de longues séances de lectures du scénario avec différents acteurs. J’avais besoin de voir cette famille, de la « humer », je ne pouvais pas me contenter d’une construction théorique. Ça a été un exercice d’assemblage jusqu’à ce que le tableau soit le plus parfait possible, avec un jeu de ressemblances et de dissemblances par duos (Andréa et Claire, Vincent et Romain, Claire et sa fille, la femme du frère aîné et la fiancée du petit frère, et ainsi de suite…).

Le jour où nous avons réuni tous les comédiens autour d’une table pour lire le scénario, j’ai eu le sentiment que chaque instrument était à sa place et ce sentiment ne m’a jamais quitté durant le tournage.

interview-cedric-kahn1

C’est la première fois que vous dirigez Catherine Deneuve...


Oui. Avant de démarrer, j’étais assez impressionné, mais dès l’instant du travail, tout m’a paru très simple, plus simple qu’avec pas mal d’acteurs. Elle a une faculté à vivre l’instant présent, le tournage, son personnage et les situations du film qui rend les choses très légères. Elle a aussi une grande curiosité pour la mise en scène, si bien que je pouvais m’ouvrir de tout avec elle.

Qui dit « fête de famille » dit scènes de groupe, c’est assez nouveau dans votre cinéma. Comment avez-vous abordé cet aspect sur le tournage ?

Je les avais déjà expérimentées sur "Trop de bonheur" et "La Prière". J’adore ça, l’énergie se démultiplie ! J’aime bien créer dans le désordre et, à l’inverse, l’ordre m’angoisse. Quand il y a du monde à l’image, il se passe tout le temps quelque chose d’imprévu, l’écriture est bousculée, les répliques fusent, on se coupe la parole... Dans les scènes de repas, c’est comme si la caméra devenait un des convives. Mais, au final, le film est assez fidèle au scénario.

Propos recueillis à Paris pour la promotion du film

ça peut vous interesser

La Vérité avec Catherine Deneuve et Juliette Binoche

Rédaction

The Operative : La critique du film

Rédaction

Gagnez vos DVD du film Deux Fils

Rédaction