28 septembre 2021
Interviews

C’est quoi ce Papy ?! : Les confidences de Gabriel Julien-Laferrière

Par Jérémy Joly

A l'occasion de la sortie du film « C'est quoi ce Papy ?! », Le Quotidien du Cinéma a rencontré le réalisateur Gabriel Julien-Laferrière ainsi que l'actrice Luna Aglat qui joue le rôle de Léopoldine dans le long-métrage...

Après « C'est quoi cette famille ?! » et « C'est quoi cette mamie ?! », vous réalisez « C'est quoi ce Papy ?! ». Est-ce que mettre en scène un troisième volet était une évidence pour vous ou alors avez-vous quand même pris un temps de réflexion ?

Gabriel Julien-Laferrière : C'est allé assez vite parce que lors des avant-premières de « C'est quoi cette mamie ?! », à la fin, il y avait toujours une ou deux personnes du public qui me demandaient « Alors, le prochain, ça s’appellerait « C'est quoi ce Papy ?! » ». Avant même que le film ne sorte, nous avions déjà le titre ! Le précédent film est sorti en août et dès septembre, j'ai commencé à écrire le scénario. Il y avait une énergie folle et beaucoup de bonheur car « C'est quoi cette mamie ?! » avait rencontré son public. Cela me paraissait évident de continuer. Puis il se passe six ans entre le premier tournage et la sortie de celui-là, avec les acteurs, c'est un grand bout de vie que nous avons passé ensemble. Donc il y avait aussi une énorme envie de se retrouver, comme une troupe de théâtre, il y a une cohésion exceptionnelle.

Luna Aglat : C'est toujours un plaisir de se retrouver à chaque fois. Il y a quelque chose de magique qui fonctionne sur le plateau. Dès que l'on joue, on sait où est notre place, les automatismes reviennent facilement. Nous avons un moteur et tout se remet en place naturellement.

Justement, vous avez réussi l'exploit de réunir le même casting que les deux films précédents, cela n'a pas dû être simple ?

G.J-L : C'est le moins que l'on puisse dire ! (rires) D'autant plus que les acteurs sont nombreux. Pour le premier film, nous avions casté des enfants et des adolescents. Ils étaient tous libres et très contents parce qu'ils n'avaient pas tant de propositions de rôles. Nous avions aussi cherché les adultes qui étaient disponibles pendant nos dates de tournage. Dès le deuxième film, les problèmes ont commencé puisque tout le monde avait du travail. Par exemple, Luna faisait des études difficiles, il y avait donc des problèmes scolaires. Le troisième, c'était encore pire puisqu'il y avait des soucis de planning avec les adultes mais aussi avec les jeunes. Donc oui, c'était assez compliqué. Après il faut être créatif. Il y a par exemple des scènes où tous les acteurs ne sont pas ensemble et nous les avons filmés à part car il était impossible de les réunir.

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Le réalisateur Gabriel Julien-Laferrière sur le tournage du film "C'est quoi cette mamie ?!" - Copyright Jean-Claude Lother

Vous utilisez des petites astuces comme la présence d'un acteur par Skype...


G.J-L : Tout à fait ! Je me dis toujours que j'ai inventé Zoom avant le confinement parce que c'était déjà présent dans « C'est quoi cette mamie ?! » ! (rires) A l'époque, ça n'existait pas. Il m'arrive parfois d'inventer des applications téléphoniques dans mes scénarios, pour les besoins du film. Et finalement, j'apprends que ça existe. Par exemple, dans « C'est quoi cette mamie ?! », il y avait une sorte de bouton d'alarme pour tous les enfants. J'ai donc écrit cela dans le scénario et par la suite, on me dit que cela existe vraiment mais je ne le savais pas au moment de l'écriture. Après, concernant les acteurs, il y a aussi des scènes dans le film où vous avez l'impression que physiquement ils sont tous présents alors que ce n'est pas du tout le cas.

Luna Aglat, entre les deux films, vous avez eu d'autres projets au cinéma ?

L.A. : Depuis le premier film, j'ai fait pas mal d'études. J'ai dû refuser des propositions parce que j'étais en examen et à l'étranger. Je n'ai donc pas eu l'occasion de jouer dans d'autres films. J'ai juste fait une petite apparition dans la série télévisée « Sam », mais je pense que j'ai été coupée au montage. Je n'ai donc pas eu beaucoup de temps à consacrer à d'autres projets. Mais ce qui est bien, c'est que j'ai mon rendez-vous tous les deux ans avec Gabriel à qui je consacre du temps pour tourner.

Je trouve que votre film est un reflet de notre époque actuelle, vous insérez subtilement des débats de société. Quel est votre regard sur cette époque et sur la jeunesse ?

G.J-L : Vous parlez à un vieillard à qui vous demandez son regard sur la jeunesse ! (rires) Elle est magnifique ! Regardez mes acteurs et mes actrices, ils sont sublimes ! Je trouve que cette jeunesse a un goût pour le militantisme et les utopies. Personnellement, je trouve cela formidable. Je fais partie d'une génération que l'on appelait dans les journaux la « Bof génération », c'est-à-dire ceux qui s'en foutent de tout. J'avais vingt ans dans les années 80, il n'y avait pas du tout d'idéologies. Donc je trouve cela formidable même s'il y a aussi des formes d'intolérance dans la façon dont tout cela est pris en main. Cela me passionne et toutes les conversations que j'ai eues avec Luna ou les autres jeunes acteurs du film ont nourri mon scénario. Aujourd'hui, je suis grand-père et je trouve cela passionnant de les écouter. J'ai cette ambition de réaliser des comédies qui sont ancrées dans mon pays et mon époque mais avec mon point de vue nourri par mes acteurs sans pour autant tomber dans le réalisme.

L.A. : Tu nous donnes aussi énormément de place. Tu nous laisses aussi la possibilité de créer et d'adapter des choses qui nous correspondent mieux. Il arrive que tu écrives des situations de jeunes mais de ton point de vue, donc forcément nous avons des petites corrections à apporter, sur le langage par exemple ! (rires) Une fois que le scénario est écrit, il y a toujours la possibilité d'échanger lors des lectures et d'ajouter des blagues dans les répliques. Même sur le tournage, tu nous laisses parfois improviser. Il y a une grande liberté et c'est génial.

Dans ce troisième volet, un nouveau personnage fait son apparition, Papy. A quel moment avez-vous pensé à Patrick Chesnais pour le rôle, dès l'écriture du scénario ?

G.J-L : Non, j'ai d'abord écrit le personnage. Le cinéma est très mécanique, vous devez premièrement écrire un scénario. Ensuite, vous trouvez des dates de tournage et enfin vous cherchez les acteurs. Ce qui me plaisait avec Patrick Chesnais, c'est qu'il avait à peu près le même âge que Chantal Ladesou. Après, ils ne s'étaient jamais rencontrés et je trouve que cela correspond aux personnages. Dans les années 70, Mamie Aurore est partie dans le côté jet set, Saint-Tropez et la société de consommation. Tandis que Gégé est plutôt du côté retour vers la terre. J'étais enfant dans ces années-là. J'ai une vision très claire avec mes parents quand on allait à Saint-Tropez, je voyais les belles voitures et Brigitte Bardot. Mais quand on allait à la campagne, je voyais des jeunes femmes habillées en indienne en train de vendre du fromage. On parlait du retour à la terre, des personnes qui partaient dans les Cévennes. Ceci dit, j'y habite maintenant, donc j'ai choisi le côté Gégé ! (rires)

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Sadio Diallo, Chantal Ladesou, Chann Aglat et Luna Aglat sur le tournage du film "C'est quoi ce Papy ?!" - Copyright UGC

Un tournage avec
Chantal Ladesou, comment ça se passe ?


L.A. : C'est génial de tourner avec elle ! Elle est drôle et hyper authentique. C'est un plaisir, elle est très généreuse. Dans les scènes, elle joue vraiment avec nous. Parfois, elle rajoute des phrases par ci par là qui fonctionnent parfaitement. Elle ne se prend pas la tête, je me souviens d'une après-midi où nous sommes allés faire les Antiquités avec Chantal, elle est tellement simple.

G.J-L : Moi, c'est un peu un apprentissage. Lorsque j'ai tourné le premier film, je ne savais pas qui elle était. C'est mon producteur, Yves Darondeau, qui me l'a proposée. Il y a d'ailleurs une anecdote amusante ! Comme je ne la connaissais pas, je suis allé au théâtre voir une pièce avec elle. Je suis effaré, je ne ris pas un seul instant. Ce n'est pas mon truc le boulevard. C'est une catastrophe, mais pour le film, je vais la voir dans sa loge. Je lui mens en lui disant « Formidable ! Quelle merveille ! Qu'est-ce que je me suis marré ! » afin de l'avoir dans mon film. Elle me répond avec un grand sourire : « C'est super ! Le scénario est formidable, on va bien travailler ensemble ! ». On se quitte, les agents et les producteurs parlent d'argent et tout va bien. Le premier jour de tournage, je vais voir Chantal et je lui avoue avoir menti, que je n'avais pas ri à son spectacle. Il faut que je crois ce que je vois, je n'aime pas le côté clins d’œil au public. Elle me répond qu'elle n'avait pas lu mon scénario. (rires) Mais elle a ajouté qu'elle avait voulu voir ma tête, elle m'avait apprécié donc elle acceptait de tourner le film. A la base, nous n'étions pas du même monde. Parfois, elle y va beaucoup trop fort mais je ne voulais pas que le public la voit comme un clown. Ce n'était pas évident de générer de l'émotion avec elle. Elle est vraiment impliquée dans son personnage.

Est-ce que nous aurons la chance de découvrir un quatrième film ?

G.J-L : Alors, il ne faut jamais dire jamais. Ensuite, l'idée que ce soit fini est quelque chose de bizarre car c'est une grande aventure humaine. Cela représente six ans de vie, je n'ai jamais quitté mes personnages. J'ai écrit, tourné et monté les films. Si j'ai une idée géniale, je ne vais pas me gêner, je fonce, croyez-moi ! Pour le moment, je ne sais pas encore ce que je vais tourner prochainement.

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