6 décembre 2021
Interviews

Clovis Cornillac : « Je vais à l’encontre du cynisme »



Acteur avant de passer derrière la caméra, le cinéma de Clovis Cornillac est pourtant celui d’un cinéaste. L’œil acéré ouvert sur les capacités de son médium à stimuler l’imaginaire populaire, Cornillac présente son troisième film, "C’est magnifique" (sortie prévue pour le 8 juin 2022), en ouverture de l’AFF 2021. Rencontre avec un réalisateur qui ressemble à l’idée de cinéma qu’il défend très bien des deux côtés de l’écran.

Vous étiez le dernier invité de l’AFF 2019, vous êtes le premier de l’édition 2021 où vous venez présenter "C’est magnifique", votre nouveau film. Qu’est-ce que ça vous fait de pouvoir enfin rencontrer à nouveau le public ?


Clovis Cornillac : On est tous pareils, je pense. On a vieilli, mais la marche du temps ne s’interrompt pas. Après on sait très bien… Moi le cinéma, le cinéma c’est ma passion, ma vie, mais il y a des choses plus importantes pour beaucoup de gens. Le monde ne s’est pas arrêté, il y a eu les plates-formes, etc. Les gens ont plus de mal à revenir au cinéma, peut-être avec ce qu’on leur propose aussi.

Je suis super content que les festivals reprennent, qu’il y ait un enthousiasme dans les villes les régions… Parce que ça fait partie d’un socle qui fait que l’on partage. Mais d’un autre côté on a vécu ça et on n’a pas tout à fait fini, mais c’est toute l’humanité qui l’a vécu. Il n’y a pas trop de frontières pour le coup, même si tout le monde n’en a pas bavé pareil. Et la question c’est qu’est-ce qu’on va en faire de ce truc-là. Si on fait comme avant, c’est une parenthèse qui n’a pas existé, comme un déni. Ou on en profite, et on prend la mesure du changement. Donc la question c’est ça. Tu as toujours peur quand on te pose cette question de répondre quelque chose qui a à voir avec de l’égocentrisme. « Ah qu’est-ce que je suis heureux ! ». Mais en fait ce n’est pas un problème personnel, c’est un problème personnel pour nous tous. Un problème personnellement commun.

Il y a un truc, c’est de mesurer le plaisir. Quand tu es gourmand devant un vin, devant une personne que tu as envie de l’entendre… Le monde est resté cynique, moi ce qui me gêne un peu c’est que ce film-là est totalement hors époque. À l’encontre du cynisme. J’espère qu’il y a des gens même cyniques, qui vont venir pour casser le film et vont en ressortir avec quelques trucs. Que c’est peu un chiant, le systématisme du ricanement permanent sur tout.

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Clovis Cornillac - Copyright Claire Nicol - UGC Distribution

Comment est né ce film justement ?

Clovis Cornillac : Je cherchais une idée après Un peu beaucoup aveuglément. Le film avait marché, les producteurs voulaient que l’on continue. Eux et Lilou Fogli, qui se trouve être mon épouse, mais qui écrit très bien, me sondaient tous pour savoir ce que je voulais faire. Et j’ai dit que je voulais qu’on travaille sur un personnage bienveillant, qui aurait un rapport au monde différent et serait comme un caméléon qui résoudrait les problèmes parce qu’il devient les gens. C’était un truc d’une empathie folle, mais aussi avec une quête d’identité parce qu’il est chez lui partout, mais ne sait pas qui il est au final. Il n’a pas de sous-entendu, pas de manipulation.
Je ne voulais pas taper avec un marteau sur le spectateur, en lui disant : ça, c’est drôle !

L’idée a évolué, et Leeloo et Tristan Shulman ont ensuite écrit le scénario et lui ont donné cette force. Ça parle d’identité, d’amour de nature… C’est bordélique comme le personnage, mais ça doit-être ludique. Dans la nature tu vas cueillir des plantes particulières qui vont plus t’attirer qu’une autre, qui vont te bouleverser toucher… Un peu comme le film, tu reçois ce que tu veux.

Il émane du film une croyance dans la bonté naturelle des gens qui se double d’une confiance dans la capacité du spectateur à accepter le merveilleux de cette fantaisie qui devient un conte, sans lui baliser le terrain. C’est une idée du cinéma qui vous tient à cœur ?

Clovis Cornillac : Je ne voulais pas taper avec un marteau sur le spectateur, en lui disant ça c’est drôle, il faut se comporter comme ça et pas autrement. C’est juste des situations dans la vie ou tu fais ton chemin.
Je crois profondément qu’on est une grande majorité éteinte. Le cynisme n’est pas que mauvais, le problème c’est que les gens qui le détiennent sont intelligents. Et j’aime les gens intelligents. Donc c’est relou ! Et tout ce qui est de nature à trouver quelque chose qui sort de ce cadre-là est suspect. Rien que de dire les mots bonté bienveillance, tu passes pour un charlot. Sauf si c’est le Dalaï-Lama qui le dit. Lui a le droit, et tout le monde trouve ça formidable.

Mon film n’est pas du tout donneur de leçons. C’est juste quelque chose auquel je crois dans la nature humaine et je l’exprime dans un conte, une fable où on pousse les curseurs. Je suis content que vous l’ayez vécu ainsi.

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