13 novembre 2019
Interviews

Déborah François : « On m’a confié un rôle magnifique »

Après avoir été capté par la caméra de Claude Lelouch pour "Chacun sa vie", Déborah François revient dans "Never Grow Old" (sortie prévue le 07 août) où elle partage l'affiche avec Emile Hirsch, John Cusack.


Quel est le sujet du film ?

C’est un film qui parle de cupidité. Le film s’interroge aussi sur ce qu’on est en mesure de faire – ou pas – pour sa famille et des choix que l’on fait. Prend-on des décisions qui n’engagent que soi mais qui auront un impact sur ses proches ou tient-on compte de sa famille avant de faire ses choix ? De quels choix dispose-t-on en réalité ? Souhaite-t-on faire passer son rêve avant le reste ou privilégier le mode de vie qui convient le mieux à tout le monde ?

Parlez nous de votre personnage...

Audrey Tate, est une femme au foyer atypique. Elle est peu conventionnelle parce qu’elle ne laisse personne lui manquer de respect. Elle en est très fière et elle a une certaine estime d’elle même, de la femme qu’elle est. Elle est simple mais elle veut être respectée. Du coup, elle est assez progressiste. C’est ce qui m’a séduite chez elle parce que je me suis dit : ‘le réalisateur doit avoir beaucoup de respect pour les femmes’. Il m’a confié un rôle magnifique : je ne m’attendais pas à un tel rôle dans un western et j’ai donc été stupéfaite. On comprend qu’elle a un rôle crucial au sein de la famille. C’est un personnage qui fait avancer l’intrigue alors qu’en général dans les westerns, les hommes sont les seuls personnages moteurs. Des types bien affrontent des sales types – et les personnages positifs peuvent avoir une part d’ombre, mais les femmes n’ont jamais de grand rôle. C’était donc une très belle surprise. Elle a une conception très progressiste des femmes qui, selon elle, sont aussi fortes que les hommes. Elle sait, bien entendu, qu’elles n’ont pas le même rôle que les hommes mais dans le même temps, on ne peut pas minimiser son rôle. Elle est consciente d’avoir une place essentielle dans la famille.

Notre famille se compose, bien évidemment, de Patrick Tate, mon mari, et de deux enfants : une petite fille de 5 ou 6 ans et un petit garçon de 9 ans. Ce sont à la fois de merveilleux enfants et des personnages adorables. Ils passent leur temps à courir partout et ils sont très futés. Le petit garçon est le genre d’enfant qui voudrait grandir très vite. Du coup, mon mari, Patrick, s’en inquiète mais je crois qu’au contraire, cela amuse Audrey. C’est le genre d’homme qu’elle aime : un type foncièrement honnête, qui travaille dur, et elle aimerait que son fils devienne comme lui. Quant à sa fille, tout le monde l’aime parce qu’elle est tout simplement craquante.

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Quelle est l'ambiance du film ?

Pour moi, l’atmosphère du film est de plus en plus sombre et tendue. C’est bien évidemment palpable dans la ville de Garlow mais aussi chez les Tate parce qu’ils s’éloignent l’un de l’autre et commencent à se disputer. Et comme ce couple ne se disputait jamais auparavant, c’est un vrai séisme pour eux. La petite ville vous change réellement petit à petit, et je suis la seule à le remarquer, parce que [Patrick] pense qu’il ne change pas. Mais en réalité la ville et ses habitants le font changer, si bien que lorsqu’il revient chez lui, il n’est plus le même homme et qu’Audrey ne le comprend pas.

Comment s'est passée votre collaboration avec Ivan Kavanagh ?

C’est bien entendu très agréable de travailler avec un réalisateur qui est aussi l’auteur du scénario parce qu’il le connaît sur le bout des doigts. Il y travaille depuis très longtemps. Il dispose d’innombrables documents sur le sujet. Il m’en a envoyé quelques-uns tout en me conseillant de ne pas m’attacher qu’à ces documents car il avait des milliers d’articles et de photos. Il connaît son sujet dans ses moindres détails. Par exemple, si on demande à Ivan «Est-ce que mon personnage était censé faire ceci ou cela au XIXème siècle ? Car je ne suis pas tout à fait sûre d’avoir le bon geste ou de m’exprimer comme on s’exprimait à l’époque», il vous répond «Oui, c’est le bon geste» ou encore «non, ce n’est pas juste». Il est très précis et il est extrêmement bienveillant avec les acteurs et il est très attentif à notre jeu. Il tente de vous pousser dans vos retranchements tout en vous aidant et en restant très accessible.

Et votre préparation pour le rôle ?

Bien évidemment, j’ai écouté beaucoup de cantiques. Je ne sais pas si c’est très logique, mais comme mon personnage prie beaucoup, j’avais besoin de me renseigner sur les Ligues de tempérance. C’est un sujet que je ne connaissais pas et, en me documentant, j’ai été très surprise de constater que les femmes allaient à l’église et tentaient d’empêcher les hommes de boire. C’étaient des progressistes parce qu’elles se battaient pour les droits des femmes : elles ne voulaient pas que les hommes consomment de l’alcool parce que les femmes – et les hommes – étaient victimes des violences commises par des alcooliques. Du coup, elles considéraient que l’alcool était synonyme de violence. Et comme elles refusaient la violence, elles refusaient tout autant l’alcool. Et elles se battaient pour les droits des femmes, et pour le droit de vote des femmes, et c’est ce qui m’a fascinée.

Comment imaginez-vous la réaction du public ?

Je pense que le spectateur s’attachera aux personnages parce qu’ils sont bien écrits et que le film suscite davantage de questions que de réponses – et c’est ce qui le rend aussi intéressant. On peut se faire sa propre opinion et votre voisin, dans la salle de projection, aura peut-être un avis radicalement différent du vôtre. Et c’est ce qui me plaît. Il n’y a rien de manichéen chez les deux protagonistes [Patrick et Audrey] : ils ont chacun leurs raisons d’agir comme ils le font.

Source : Dossier de presse
Crédits : Rezo Films

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