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Interview de Fabienne Godet pour Nos Vies Formidables

Interview de Fabienne Godet, réalisatrice, et d'Abbes Zahmani, comédien, pour Nos Vies Formidables.

Propos recueillis à Lille par Auxence Magerand le 21 janvier 2019.


Vous aviez réalisé un documentaire sur le braqueur Michel Vaujour en 2008, "Ne Me Libérez Pas Je M'En Charge". Ce nouveau film, "Nos Vies Formidables", a aussi un aspect documentaire. On a l'impression que votre ancien métier de psycho-sociologue vous a aidé dans la conception du film, est-ce le cas ?

Fabienne Godet : Oui. Ma formation de psycho-sociologue m'a appris à observer et à écouter. Chose assez rare puisqu'on se rend compte que, dans la vie quotidienne, la plupart du temps, on ne s'écoute pas. On observe aussi que les gens ont une capacité d'observation assez mince. J'ai pu développer ces qualités qui sont un peu devenus une seconde nature.


Comment avez-vous eu l'idée du sujet de "Nos Vies Formidables" et comment vous êtes-vous immiscée dans cet univers particulier ?

Fabienne Godet : J'ai eu l'idée de ce film en rencontrant à l'avant-première de « Ne Me Libérez Pas Je M'En Charge » le frère d'une amie, qui était toxicomane. Il a adoré le film et a voulu absolument que je fasse un film sur lui. Il s'est suicidé quinze jours après. Ça a été bizarre pour moi, parce que je ne le connaissais pas, mais j'ai réalisé que notre rencontre était importante.

Je me suis intéressée à la toxicomanie, j'ai commencé à lire beaucoup de témoignages. Un ami m'a plus tard emmenée aux Narcotiques Anonymes, et j'ai découvert un lieu extraordinaire, un lieu d'écoute, où la parole est pleine.

J'étais face à des gens honnêtes affectivement et intellectuellement. Ce que j'ai trouvé superbe. J'y suis retourné longtemps, puis je suis aussi allé à Barbès dans des réunions réservées aux femmes, dont beaucoup avaient été victimes d'abus sexuels.

Progressivement, j'ai rencontré des gens auxquels je me suis liée, et à qui j'ai proposé de faire des entretiens chez moi. C'est comme ça que j'ai rencontré Régis Ribes, thérapeute à la vie comme à l'écran. Il m'a beaucoup accompagné dans cette préparation. Il m'a proposé de venir en immersion dans la communauté d'Aubervilliers, qu'il a fondée, et dont le suivi dure 2 ans. J'observais. Je demandais si je pouvais enregistrer. J'ai acquis ainsi énormément de matière que j'ai transmise plus tard aux comédiens.


Pourquoi ne pas avoir choisi la forme documentaire ?

Fabienne Godet : Je ne pouvais plus faire un documentaire. Si le frère de mon amie ne s'était pas suicidé, j'aurais sans doute fait un portrait de lui. Mais, là, quelque chose était cassé. Je ne pouvais plus revenir à cette idée.

De plus en exposant des anciens toxicomanes, j'aurais eu le sentiment d'être un peu voyeuriste. Là, partir sur une matière vraie, en créant une fiction proche de la réalité, permettait de raconter ce que je voulais sans exposer qui que ce soit.


Certaines scènes du film, notamment les scènes de thérapie, semblent laisser une grande part à l'improvisation des acteurs.

Fabienne Godet : Les comédiens avaient tous une fiche-personnage très précise, avec des détails sur la famille, leurs origines. Ces personnages ont été créés à partir de vrais gens, mais en mêlant les éléments.

Je savais quelle vérité psychologique et émotionnelle je cherchais, mais je n'avais pas d'idée exacte de César (ndlr : le personnage d'Abbes Zahmani dans le film) par exemple. Les comédiens étaient totalement libres, au-delà des mots, d'investir les personnages et de me faire des propositions.

Abbes Zahmani : Dans les films que j'ai tournés auparavant, tout était toujours très écrit. "Nos Vies Formidables" est particulier dans ma carrière. Effectivement on avait beaucoup de liberté dans le jeu. Toutefois, en ayant toujours pour repère l'œil et l'oreille de Fabienne.

Ce processus a démarré pendant un casting un peu particulier. Une résidence organisée par Fabienne et Julie Moulier qui est l'actrice principale. Le casting a duré 3 jours. C'était une colonie de travail ! On travaillait par groupes, et on improvisait constamment à partir de la proposition que pouvait faire un acteur.

C'était mon plus beau film je pense. La beauté de ce film intègre la façon de Fabienne de travailler avec les acteurs. L'immersion des acteurs pour le film a créé une entente que je n'ai jamais vue ailleurs. D'ailleurs on s'appelle toujours. On a même un groupe Facebook ensemble ! (rires)

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