24 octobre 2020
Interviews

Josep : Rencontre avec Aurel

Par Jérémy Joly


Le dessinateur Aurel a fait le choix de rendre hommage à un artiste espagnol avec le film "Josep". Pour sa première fois en tant que réalisateur, c'est le réfugié républicain Josep Bartoli, dessinateur lui aussi, qui est au cœur de son long métrage d'animation. Le réalisateur est revenu sur le sujet de son film et sur les choix visuels.

Pourquoi avoir choisi de faire un film sur la vie de Josep Bartoli ?

Josep Bartoli un dessinateur et c'est son dessin qui m'a impacté. Dans une période de l'histoire qui m'intéresse particulièrement, celle de la guerre d'Espagne. Un épisode historique et c'est tout ça qui se rassemble sur ce dessin très très fort et puis à l'époque je suis en train de réaliser un court-métrage d'animation donc c'est un nouveau sujet avec un nouveau média à explorer. Les deux se cumulent et ensuite est née cette idée de faire un film d'animation autour du travail de Joseph Bartoli et de sa vie.

Le projet a été réalisé en combien d’années ?

A partir du moment où j'ai croisé le trait de Josep jusqu'à la sortie en salle il y a 10 ans. il y a eu beaucoup d’aléas qui ont retardé le projet. La mort du premier producteur par exemple. Le second a commencé à travailler sur le montage financier il y a 5 ans. Nous avons commencé la production il y a deux ans. D’abord en mettant le film en image, faire un premier storyboard pour savoir exactement où on allait. La fabrication pure et dure du film c'est une grosse année de travail, de fin 2018 jusqu'à fin 2019.

Alors que vous ne racontez pas n’importe quelle histoire d’un dessinateur, comment trouvez vous le look visuel et le graphisme pour que la forme soit au service d’une l’histoire assez dur ?

"Josep" est un film qui a été réalisé dans l’urgence. On n'avait pas beaucoup de temps pour fabriquer, pas forcément des grands moyens et même des moyens très serré donc cela impliquait de ne pas perdre de temps. En fin de tournage, je disais aux équipes que c’était comme faire des dessins de presse au cul du camion juste avant le départ en livraison. Cela les faisait moyennement rire à vrai dire mais ça allait dans le sens de l’hommage rendu. Pour toute la partie venant de la mémoire du narrateur, j'avais pris le parti d'être le plus vif possible, de porter à l'écran des dessins exécutés comme dans un carnet de croquis, comme Josep aurait pu le faire dans les camps. Je voulais être dans la même dynamique, le même état d’esprit, la même âme de dessin. Quant aux différentes époques, je me suis inspiré du travail de Josep, de son évolution pour donner des ambiances graphiques différentes.

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Le réalisateur et dessinateur Aurel - Copyright Céline Escolano

Vous dites que votre "Josep" n’est pas un film d’animation mais un film dessiné. Quelle différence faites vous ?

L'animation c'est un savoir-faire que je ne maîtrise pas. Celui de donner du mouvement à des dessins. Moi mon métier, mon savoir-faire, qui était celui de Josep aussi, c'est de rendre compte d'un événement, d'une action par un dessin. C'est ça que j'ai voulu porter à l'écran dans la partie de la mémoire du narrateur. Tout le reste du film est animé de façon classique mais la partie dans la mémoire est basée sur cette proposition graphique qu’on retrouve dans la BD ou le dessin de presse. Résumer une action, un mouvement en un seul dessin. Et toute une partie du film est mis en scène de cette manière là, avec très peu d’animation.

Certaines situations vécues en 1939 évoquent des moments assez violents qui rappellent l’actualité. Est-ce que vous aviez conscience qu'on pourrait faire ces parallèles en faisant le film ? Souhaitiez vous parler de notre époque avec "Josep" ?

Ce parallèle là existait au moment où j'ai découvert le travail de Josep et où on a commencé à réfléchir au film mais le choix de vraiment ancrer le film dans les camps de concentration est arrivé plus tardivement. En 2013, j’avais déjà conscience de l’écho que ce film pouvait avoir. Ce n’était pas le but mais cela ne nous a pas freiné. Cette question des exilés fuyant des guerres ou la misère s’est amplifiée et j’ai été rattrapé par l’actualité. Ce n’est pas le sujet du film mais j’assume totalement le fait que ça permet de porter un regard sur ce qui se passe aujourd’hui.
 
Quelle était votre ambition au moment de vous lancer dans le projet de "Josep" ?

Réussir le mariage entre l'image et le son. Pour moi le passage au cinéma, c’est de pouvoir rassembler mes deux passions que sont l’image et le son. Et je voulais d’ailleurs absolument à éviter que cela ne fonctionne pas. J’avais peur que le choix un peu osé et radical de mise en scène, en enlevant beaucoup d’éléments d’animation, ne marche pas. Faire un film d’animation, c’est assembler différentes couches visuelles donc le défi c’est que le travail réalisé sur les aspects visuels et le travail sonore arrive à donner un résultat de qualité. Et au final, cela dépasse mes attentes et les premiers retours du public sont là aussi positifs.

Interview réalisée en collaboration avec Grégory Marouzé du site lillelanuit.com

Découvrez la critique du film

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