22 septembre 2020
Interviews

L’Appel des 70 : Le cri du cœur de Lionheart Editions

Par Jérémy Joly

En juin 2020, alors que la France sort progressivement du confinement et que la culture se remet tout doucement en activité, une cinquantaine d'éditeurs vidéo se sont réunis et ont lancé L'Appel des 50, visant à mettre en lumière l'état alarmant de leur secteur. Depuis, le mouvement, soutenu notamment par le cinéaste Bertrand Tavernier, a pris de l'ampleur. Médiatisé, il réunit maintenant 70 éditeurs et la pétition a été signée par 5 500 personnes. L'objectif est de sensibiliser les pouvoirs publics à la sauvegarde pour la culture, avec la création d'un budget spécifique.

Le Quotidien du Cinéma a rencontré Colin Arteaga, gérant de la société Lionheart Editions, afin de nous éclairer sur son métier, la crise qui touche son secteur et sa vision de l'Appel des 70.

Créé il y a un an, Lionheart Editions souhaite mettre en avant des films des années 90 avec des éditions qui sortent de l'ordinaire avec un beau boîtier en métal, devenant un objet de collection. Pour leur premier titre, Lionheart Editions a décidé d'éditer « Les Blancs ne savent pas sauter » de Ron Shelton (1992), qui était jusque là difficilement trouvable en France.

Un métier dans l'ombre du Cinéma

Votre métier, éditeur vidéo, n'est pas toujours connu du grand public et pourtant d'une grande importance dans l'Industrie du Cinéma. Pouvez-vous m'expliquer votre profession ?

Colin Arteaga : C'est une manière de créer notamment dans la conception des bonus, il y a une partie créatrice. On décide de mettre tel ou tel intervenant, parfois c'est le réalisateur, un comédien ou un journaliste qui parlent du film. C'est toujours intéressant de montrer une partie du film que certains ne connaissaient pas. On met en avant des anecdotes, on restitue le film par rapport au contexte social, économique, etc. Pour moi, c'est vraiment une forme de création artistique, le métier d'éditeur !

Une crise sans précédents

Depuis la fin du confinement, l'industrie du cinéma s'est remis en activité : les tournages ont repris et les cinémas ont rouvert leurs portes. Mais l'édition vidéo connaît une crise, pourquoi selon vous ?

Peut-être que l'on devrait apporter des offres un peu plus abordables. Mais la fabrication représente des coûts. On m'a reproché que l'édition du film « Les Blancs ne savent pas sauter » était chère, mais j'ai travaillé avec d'autres personnes. Tout se paye et se chiffre rapidement. On atteint vite des factures importantes et je trouvais intéressant d'avoir un beau produit. On ne peut pas brader une édition.
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Pourquoi avoir décidé de rejoindre l'Appel des 70 ?

J'ai tout de suite accepté de rejoindre l'Appel des 70. Je trouve important de mettre en avant le support physique. Tout comme un livre, on peut le transmettre. Il est donc important de le mettre en valeur.

L’intérêt des plateformes vidéo

D'après vous, est-ce que les différentes plateformes vidéo qui existent représentent un danger pour l'édition vidéo ?

Non, je pense que nous devons être complémentaires. Il y a des films dont les droits sont bloqués en France, c'est toujours intéressant de trouver un film mais la VOD ne doit pas être privilégié. C'est aussi important qu'il soit aussi présent dans un support physique. Ceux qui consomment de la VOD et ceux qui préfèrent le support physique ne sont pas le même public. Ceux qui achètent des DVD et des Blu-Ray aiment collectionner, et les mettre en valeur dans une bibliothèque avec 200 titres voire plus. C'est une passion qui déborde, qui est dans l'excès mais je trouve ça beau. En tant que spectateur, je privilégie toujours le support physique, mais lorsqu'il arrive qu'un film n'est pas disponible, je me tourne vers la VOD. Je préfère que tous les supports existent, que tous les corps de métiers soient maintenus.

La disparition du support physique ?

Pensez-vous que le support physique finira par disparaître ?

Si le marché continue de s'effondrer, si les vente ne redécollent pas plus, nous serons obligés de réduire, d'en faire de moins en moins. J'espère qu'il ne disparaîtra pas et continuera à perdurer. Le marché évolue : VHS, Laserdics, DVD et maintenant le Blu-Ray. Il y a encore un combat à faire !

Retrouvez le manifeste « Pour un avenir de l’édition vidéo physique » : https://cdn.shopify.com/s/files/1/0042/6459/1430/files/AppelDes60.pdf?v=1591888255

Pour signer la pétition : https://www.change.org/p/minist%C3%A8re-de-la-culture-pour-un-avenir-de-l-%C3%A9dition-vid%C3%A9o-physique/u/27014903

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