6 décembre 2019
Interviews

Les Misérables : Interview d’Alexis Manenti et Djebril Zonga

Prochainement à l'affiche de « Les Misérables » de Ladj Ly, qui décrit les abus policiers en banlieue et leurs conséquences, Alexis Manenti et Djebril Zonga ont accepté de se confier sur le film pour Le Quotidien du Cinéma.


Le film est le prolongement d'un court-métrage du même nom réalisé en 2017. Vous y teniez déjà vos rôles. Comment s'est faite votre rencontre avec le réalisateur ?

Alexis Manenti : Je suis membre du collectif Kourtrajmé, donc je connais Ladj depuis 20 ans. On a souvent tourné des court-métrages ensemble. Quand il s'est mis à la fiction et qu'il a voulu réaliser ce premier court-métrage, il est spontanément venu vers moi pour l'écriture et l'interprétation.

Djebril Zonga : Je connais Ladj depuis des années parce que j'ai grandi à Clichy-sous-Bois. Chacun a ensuite suivi sa voie professionnelle, moi dans le foot et le mannequinat. Et puis on s'est retrouvé quand il préparait ce court-métrage, je l'ai appelé en lui demandant de me laisser une chance de passer des essais. Il a accepté, et depuis tout s'est suivi naturellement. Comme c'est quelqu'un qui est très fidèle, il a tenu à continuer avec ses acteurs, et c'est une très bonne chose pour tout le monde.


Alexis, vous avez écrit les deux films avec Ladj Ly. Comment s'est passé l'adaptation du court au long-métrage ?

Alexis Manenti : On a écrit pendant six à huit mois. Ça n'était pas évident de raconter des choses plus denses, de faire mieux que le court tout en gardant la même trame narrative. On a voulu développer l'univers des gamins, donner de l'épaisseur à chaque personnage. Et puis on s'est inspiré de faits réels pour étoffer le tout : l'histoire du lionceau est vraiment arrivée aux Bosquets.


Djebril, le film est tourné à l'endroit où vous avez grandi avec Ladj Ly, à Montfermeil. Est-ce qu'on peut dire qu'il s'inspire de votre enfance ?

Djebril Zonga : Oui, c'est un peu mon enfance. Mais je dirais que ça s'est dégradé aujourd'hui, et c'est pas normal. Ce qui m'a sauvé et m'a permis de tracer ma route, c'était ma passion pour le sport, donc j'ai pas beaucoup trainé.


Et est-ce que vous pensez que la dernière scène des « Misérables », qui fait clairement écho aux émeutes de 2005, pourrait se produire aujourd'hui ?

Djebril Zonga : Bien sûr ! On en est d'ailleurs pas très loin. Le film est un cri d'alerte. Je pense qu'il faut faire très attention.


Alexis, vous n'êtes pas originaire de Montfermeil. Quel rapport entreteniez-vous avec cette ville et le quartier des Bosquets ?

Alexis Manenti : Moi j'ai grandi à Paris dans les beaux quartiers, mais ma mère travaillait comme infirmière à Montfermeil. J'y suis venu pour la première fois au début des années 2000 pour jouer dans un court-métrage de Kourtrajmé, c'est comme ça que j'ai découvert Montfermeil. Kourtrajmé regroupe des gens de Paris et de banlieue, donc tout s'est fait par amitiés communes, surtout par Romain Gavras avec qui j'avais tourné son tout premier film, « Easy Pizza Riderz ».


Vous avez seulement découvert hier soir au Grand Théâtre Lumière le montage fini du film. Quel a été votre sentiment ?

Alexis Manenti : J'étais super content qu'on le découvre tous ensemble, et que personne de l'équipe ne l'ait vu avant. L'idée de Ladj et des producteurs était de nous surprendre en même temps que le public de Cannes. Ça crée un moment unique. En tant que comédien on se regarde toujours un peu.

Djebril Zonga : ...Trop. [rires]

Alexis Manenti : Oui je n'ai fait que me regarder, le reste ça ne m'intéressait pas. [rires]

Djebril Zonga : Non, mais ça reste vrai. On regarde ce qu'on a mal joué, on voit chaque détail. Mais en même temps hier soir on s'est pris la vague d'émotion et de bonheur du public en pleine face à la fin, et ça n'a pas de prix.


Pour conclure, quels sont vos projets futurs ?

Djebril Zonga : Je vais bientôt un co-réaliser un film, l'histoire d'une mère qui se bat pour sauver son fils d'une leucémie. Puisque son enfant est issu d'un don d'embryon, elle va devoir retrouver les donneurs potentiels.

Alexis Manenti :
Et moi je vais tourner dans une série Netflix réalisée par Damien Chazelle, « The Eddy », avec Tahar Rahim, Leïla Behkti, et le rappeur Sopico. J'y jouerai le rôle d'un voyou serbe.

Interview réalisée par Auxence Magerand

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