6 décembre 2021
Interviews

My Son : Interview de Christian Carion

Par Jérémy Joly


"My Son" est proposé en salle depuis le 3 novembre. Nous avons rencontré le réalisateur Christian Carion pour évoquer cette adaptation américaine de son propre film "Mon Garçon".


Alors que votre film sort en salles en France, il a intégré le catalogue de la plateforme SVOD Peacock aux Etats Unis depuis le 15 septembre...

Christian Carion : C'est la première fois que ça m'arrive. "My Son" a été tourné pour la salle. Je reste profondément attaché à la salle de cinéma. Je pense qu'il y a des histoires pour les salles et pour les plateformes. Si ça permet à tous les cinéma d'exister, je ne suis pas contre.

Ce n'est donc pas de votre initiative ?

Le film est financé à 80 % par les Etats Unis. Il y a donc un partenaire américain, producteur et distributeur (celui de James Gray). Un producteur enthousiaste avant la Covid mais après, la donne a changé. La distribution américaine a perdu 30% des écrans dont des salles qui favorisent le cinéma d'auteur. Le producteur a eu une offre d'une plateforme soutenue par le Studio Universal et Steven Spielberg. Peacock donc pour la nommer. Ils ont fait un beau coup en ayant les droits des JO et ils ont donc contacté mon partenaire américain pour ajouter "My Son" à leur catalogue. La proposition ne pouvait pas se refuser en ce qui concerne le territoire où le film est donc disponible depuis le 15 septembre. Il marche bien de ce que l'on sait, mais c'est difficile d'avoir des informations.

Comment est née l'idée du remake de votre propre film ?

C'est une idée que j'ai depuis longtemps. Même en faisant "Mon Garçon", je me disais qu''il y a tout dans le scénario pour en faire un polar à l'américaine. Alors j'avais envie de remettre le couvert, tout remettre en jeu et faire face aussi à une culture du jeu différente chez les anglo-saxons. J'ai changé quelques éléments dans le scénario notamment le rôle féminin.

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James McAvoy - Copyright Metropolitan FilmExport
Alors il y a une particularité dans ce film et vous le précisez vous même aux spectateurs avant la projection du film, c'est que votre acteur principal James McAvoy n'a pas eu accès au scénario ou au dialogue...

C'est le moteur du film. L'acteur ne sait pas où il met les pieds et de ce fait l'équipe du film non plus, moi compris. Je ne savais pas comment allait réagir l'acteur puisque je ne le connaissais pas. Claire Foy le connais bien et elle m'a confié lors des répétions pour son rôle que James était un acteur impulsif. Cela renforçait mon credo sur le film. Encore plus que sur "Mon Garçon". C'est parce qu'il y a une tension, une angoisse chez l'acteur en premier lieu qui ne sait pas ce qui lui arrive en permanence que le film fonctionne. Car les acteurs autour de lui ne savent pas comment il va réagir. L'équipe du tournage est aussi à cran. Tout ça ne peut qu'amener une tension particulière à l'image. Je pense qu'en le faisant comme ça, c'est plus fort

Comment l'acteur a t'il réagi lorsque vous lui avez annoncé ?

En gros il me dit "Vous êtes complètement fou vous les français, je ne vois pas comment jouer un rôle sur 8 jours de tournages sans avoir accès au scénario". Cela dit, il savait très bien qu'il n'aurait jamais ce genre de proposition par des américains car pour eux l'inconnu c'est un cauchemar. Or là l'inconnu c'est le moteur même de la mise en scène. C'est ce défi inédit qu'il l'a convaincu finalement. Il connaissait mes films, je n'étais pas un inconnu pour lui. Mais c'est surtout l'excitation de l'acteur, ce défi un peu fou qui l'intéressait. James McAvoy est un cinglé dans le bon sens du terme. Il faut souligner que tourner en huit jours un film à l'aveugle, c'est particulier pour un acteur. Il ne peut pas jouer, il ne peut pas composer ni préparer et donc il est là à l'instinct. Il oublie même l'équipe de tournage.

Il y a une grosse différence dans le traitement du film. On vous sent moins dans l'inconfort...

C'est vrai que c'était un avantage. J'ai déjà fait le film, j'ai la même équipe de techniciens. On s'est revu le film ensemble d'ailleurs. Pour voir ce qu'on pouvait améliorer. Par exemple, le film est tourné dans de grands espaces en extérieur, on s'en est mis plein les mirettes parce qu'on avait envie de faire un film pour les grands écrans. On a aussi beaucoup travaillé la bande son. L'Ecosse en novembre pour la pluie c'est une façon de faire un film détrempé dans vos oreilles. C'est un film de pluie. Mais on a tellement tout remis en jeu que ma confiance était limité. Notamment avec les acteurs. Surtout que je ne connaissais pas James McAvoy et que lui comme moi nous étions dans l'inconnu. Claire Foy le connaissait bien et elle m'a prévenu lors de ses répétitions. Dans les scènes que nous avions envisagés avec James, elle savait que certaines n'allait pas se dérouler comme je l'imaginais.

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Claire Foy - Copyright Metropolitan FilmExport
On sent bien que vous avez eu le contrôle de votre film alors qu'il s'agit d'une production américaine où les producteurs ont l'habitude d'être très présents. Quelles étaient vos relations avec les producteurs pendant le tournage ?

J'avais le final-cut. Il faut souligner que les partenaires américains, avaient vu et aimé "Mon Garçon". Ils étaient conscient de la difficulté du procédé au cœur du film. Ils étaient attachés à une certaine vision du cinéma. Pendant le tournage, j'avais des échanges le plus souvent par mail et de façon très américaine. Sur le montage principalement. A savoir des remarques, des suggestions. Trois pages pour être précis. Il faut être honnête ! Certaines remarques allaient dans le bon sens. Et aujourd'hui je suis content de dire que le film diffusé sur Peacock est le même que celui diffusé en France. Pour un film borderline comme le mien, ce n'est pas rien.

Interview réalisée en collaboration avec Christophe Caron de La Voix du Nord.

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