5 décembre 2021
Interviews

Pingouin & Goéland et leurs 500 petits : Interview de Michel Leclerc

Par Jérémy Joly


Yvonne et Roger Hagnauer, dits Goéland et Pingouin. C'est l'histoire de ces deux personnes que Michel Leclerc a voulu raconter. Un documentaire pour un projet de longue date sur lequel il a accepté de revenir plus en détails...

"Pingouin & Goéland et leurs 500 petits" retrace le parcours d’un couple de militants né au début du XXème siècle. Après avoir épousé de multiples causes, dont le pacifisme, dans les années 1930, Yvonne et Roger Hagnauer sont radiés de l’Éducation nationale en septembre 1939 pour antipatriotisme. Ils ouvrent en 1941 la Maison d’enfants de Sèvres sous le haut patronage du régime de Vichy et profitent de cette couverture idéale pour protéger des proscrits, et accueillir clandestinement des enfants juifs qu’ils cachent au nez et à la barbe du régime.

Au printemps 1943, Roger, dénoncé comme juif, doit se cacher jusqu’à la fin de la guerre tandis qu’Yvonne continue ses activités clandestines. Elle sauvera ainsi une cinquantaine de personnes. À la Libération, leur couverture idéale se retourne, et ils sont accusés par les Staliniens d’être des collabos. Pendant 5 ans, ils devront endurer les pires accusations pour être finalement lavés de tout soupçon.

Avant la mise en route du projet, qu'est ce qui a suscité en vous le besoin de faire un film ?

J'étais un peu obligé dans la mesure où je suis le mieux placé. D'ailleurs, au moment où j'ai eu cette idée sur la maison de sève, il y avait déjà un projet en cours de la part d'une journaliste. Je l'ai rencontré et je l'ai convaincu de me laisser le projet. Il faut rappeler que c'est un projet de longue date. En 2005 déjà je filmais ma mère avec cette idée de faire un film.

Avez vous hésité entre le choix du documentaire ou de la fiction pour raconté cette histoire romanesque ?

J'ai envisagé la fiction oui. Pour autant, j'avais peur de ne pas avoir la distance nécessaire pour faire d'Yvonne et Roger des héros de fiction. Il faut dire que mes films de fiction sont plus sur des anti-héros. Surtout, il y avait beaucoup de documents, beaucoup d'informations. Je me suis alors convaincu de raconter une histoire à la première personne pour trouver ma manière de raconter cette histoire. Celle d'un film vivant, romanesque avec des documents mis en avant. Je voulais aussi que le film soit à l'image de ses héros, de la maison de Sèvres.

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Copyright Sophie Dulac Distribution

On retrouve les thèmes comme l'identité ou la mémoire, est ce une volonté d'inscrire ce documentaire dans une certaine continuité ?

Ce documentaire est pour moi la matrice de mes autres films. Cette histoire je la porte depuis mon enfance. Je me devais de la raconter. Je l'ai fait partiellement dans mes autres films. C'est la source de beaucoup de choses.

Vous avez découpé "Pingouin & Goéland et leurs 500 petits" en chapitres, est ce une idée de départ ?

Je ne voulais pas que l'histoire de Yvonne et Roger se limite à la période la guerre et à cette histoire d'enfant caché. Je voulais faire un film plus vaste, montrer un itinéraire politique, philosophique, idéologique cohérent qui va du lendemain de la guerre de 14 jusqu'au années 70. Je pense que le parcours de ces deux personnes épouse tous les courants de l'époque. Je savais où je voulais démarrer et où je voulais terminer.

En évoquant leur trajectoire pendant la guerre, est ce que vous vouliez rétablir la vérité sur le parcours de Pingouin & Goéland ?

Ils ont été traités de collabo. J'ai un petit esprit vengeur ou redresseur de tort donc oui je voulais rétablir la vérité. Je voulais aussi mettre la lumière sur leur parcours qui était au final peu connu. Depuis très longtemps, je voulais faire un film pour raconter de façon correcte, précise, documentée cet itinéraire.

Ce documentaire, c'est une exposition de votre identité, est ce que vous vous êtes senti à l'aise dans ce procédé ?

C'est vrai que cela évoque aussi une partie de mon histoire. Celui de ma mère en particulier. Il faut savoir que le sujet le plus profond, le plus contemporain du film ce sont ces enfants très gravement traumatisés. Des enfants comme ma mère. Ces enfants qui ont réussi malgré tout à se construire grâce à l'accompagnement de Yvonne et Roger. Une nouvelle famille, une nouvelle identité pour eux mais sur le silence de leurs origines. C'est le cas de ma mère.

C'est aussi pour briser ce silence que j'ai raconté cette histoire. C'est une manière de continuer à aller de l'avant. Personnellement je me sens dans le temps d'après. Je suis heureux d'avoir enfin pu raconter cette histoire et de le proposer dans les salles obscures. Cela m'a donné une liberté que je n'aurai pas eu à la télévision ou sur les plateformes.


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