17 octobre 2019
Interviews

Pio Marmaï et Léa Drucker s’amusent à être sages

Pio Marmaï et Léa Drucker sont à l'affiche de la comédie "Je promets d'être sage" (sortie prévue le 14 août) de Ronan Le Page. Pour l'occasion, les deux complices se sont confiés dans un entretien croisé forcément amusant.

"Je promets d'être sage". Un film de Ronan Le Page avec Pio Marmai, Léa Drucker, Mélodie Richard - Sortie le 14 Août 2019 - Distribué par Apollo Films


Qu’est-ce qui vous a séduit dans la proposition du réalisateur Ronan Le Page ?

Léa Drucker : J’ai adoré l’histoire de ce metteur en scène qui s’effondre, qui trouve un refuge dans ce musée pour s’éloigner de la passion qui l’a dévoré et qui, au fil de la rencontre avec Sibylle, cette femme que j’interprète, se met malgré lui à remettre en scène. C’est la thématique qui m’attirait le plus dans le scénario. Et, bien sûr, le côté revêche de Sibylle me ravissait. C’est excitant de jouer des femmes qu’on adore détester et j’étais heureuse que Ronan ait décelé cette envie en moi.

Pio Marmaï : Je n’avais pas le sentiment d’avoir jamais croisé des types qui ressemblaient à Franck et j’ai d’abord été attiré par l’étrangeté et la poésie qui se dégageaient de ce garçon qui se fait engager comme gardien de musée ; l’atmosphère du récit, électrique et douce à la fois, m’a immédiatement touché. Je sentais que c’était la possibilité d’explorer de multiples pistes de jeu ; aller vers toutes sortes d’excès. À jouer, ça allait forcément être truculent.

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Au delà de la comédie pure, le film mélange plusieurs autres genres – la comédie romantique, le film d’arnaque…

P.M : C’était un pari - un pari osé - qui aurait pu ne pas fonctionner, mais un pari de metteur en scène. Une raison supplémentaire pour y aller.

L.D : Ronan ne se place jamais au-dessus des genres qu’il utilise, il est avant tout sincère. Sous ses airs de comédie, son film va loin ; il parle des difficultés que nous rencontrons tous pour trouver l’identité qui nous correspond, le masque sous lequel nous pouvons peut-être être heureux.

Comment définiriez-vous chacun vos personnages ?

L.D : Sibylle est empêtrée dans un handicap qu’elle refuse de montrer. C’est une femme borderline, très sombre et sûrement toxique, avec un regard aigu sur les autres. Elle perçoit tout de suite la blessure et la fragilité de Franck et ne fait aucun effort pour se faire aimer, au contraire. Elle fiche la trouille et j’adore ça. Et puis tout à coup, une fois le masque tombé, elle s’autorise des choses – l’amour, la liberté...

P.M : C’est la contradiction qui m’intéresse chez Franck : il est dans l’explosion permanente et il décide d’aller dans l’endroit le plus calme du monde. Il m’évoque un peu Henri, mon personnage dans Maestro de Lea Fazer qui rêve de films d’action et se retrouve à jouer L’Astrée. Mais ce qui me touche le plus, c’est que, quoi que fasse Franck, le désir d’art resurgit naturellement, comme s’il lui était impossible d’échapper à son envie de création et de liberté. Comme si cela dépassait sa simple volonté. Cela s’impose malgré lui. Ce qu’il propose n’est pas forcément brillant, mais cela le rattrape et le sauve. Je trouve ça magnifique. C’était très inspirant.

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Comment l’un et l’autre avez-vous préparé vos personnages ?

L.D : Ronan m’avait beaucoup parlé des héroïnes de Jean-Paul Rappeneau – et particulièrement de Catherine Deneuve dans La Vie de château ou dans Le Sauvage. Il m’avait également conseillé de visionner Olive Kitteridge, la série de Lisa Chodolenko, avec Frances McDormand. Il voulait que Sibylle soit à la fois élégante et très physique. Nous avons beaucoup discuté ensuite de l’allure du personnage. Il ne tenait pas à ce que je sois très différente de ce que je suis dans la vie. J’avais, au contraire, très envie de que Sibylle soit coiffée d’une certaine manière, avec une frange et des cheveux longs pour accentuer son côté rigide et lui donner l’air de se cacher derrière une armure. On ne s’autorise pas suffisamment ces changements en France. Nous avons fait des essais et sommes tombés d’accord sur sa métamorphose. La coiffure de Sibylle, ses vêtements, m’ont amenée sur des comportements et des attitudes que je n’aurais peut-être pas trouvés sans.

P.M : Ce que j’aime par-dessus tout dans ce métier, c’est explorer, proposer. Je crois profondément à la masse de propositions sur un plateau. Je fais en sorte d’être le plus détendu possible avant une prise pour être le plus concentré et le plus précis possible pendant. Sur Je promets d’être sage, c’était d’autant plus indispensable que je devais être à la fois très précis sur le texte et dans des énergies qui ne correspondent pas du tout à celle que j’ai dans la vie. Il fallait faire surgir tout cela.

L.D : Pio est sensible, impulsif, très pudique aussi, très stimulant, avec une extraordinaire intelligence des personnages. Il a vraiment un univers singulier. Avec lui, on ne parle pas, on n’intellectualise pas, on ne psychologise pas : on fait, et c’est formidable parce que le jeu devient très organique, très physique et très fou. Je me suis autorisée des choses avec Pio que je ne m’autorise généralement qu’au théâtre. Moi, c’est vrai, je réfléchis davantage. Parfois, c’est bien aussi.

Comment vous accordiez-vous sur le plateau ?

P.M : Même si nous avions une approche différente des personnages que nous incarnions, ce n’était pas du tout contradictoire. C’était même au contraire très cohérent. On se poussait vers le haut, avec une sorte d’émulation presque enfantine. On voulait tout le temps se surprendre, s’amuser… J’en garde un souvenir de bouillonnement, d’échanges presque électriques.

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Ronan vous a parfois demandé d’improviser…

P.M : Une fois tournées les séquences prévues dans l’écriture, nous nous sommes parfois autorisés de petites choses, de petits rajouts, mais toujours en restant dans l’énergie et le fil des scènes. C’était lié à la complicité que nous avions Léa et moi : nous nous approprions certaines choses de l’ordre de la drôlerie et de la causticité qui nous rapprochait et nous permettait de nous accorder encore davantage à certains endroits.

L.D : Pour la scène chez l’antiquaire, Ronan m’a dit : « Vas-y raconte ce que tu veux. » Pour moi, qui suis très respectueuse du texte et plutôt besogneuse, c’était assez effrayant. Mais je me sentais très en sécurité avec Pio et Ronan et j’y suis allée. Ronan a semblé aimer ce que j’avais fait et c’est comme ça que j’ai entièrement improvisé le récit du faux cauchemar de Sibylle.

Vous partagez tous les deux une passion pour le théâtre.

L.D : Cela fait toujours du bien de retourner au théâtre, cela nous ramène aux bases de notre métier et nous éloigne de certaines zones de confort. Mais cinéma et théâtre sont liés et la pratique de l’un nourrit celle de l’autre.

P.M : J’y suis revenu en 2015 avec Roberto Zucco à un moment où je ne me satisfaisais plus de ce que je faisais au cinéma. J’avais besoin de me sensibiliser à nouveau à l’écriture, à la langue et à une poésie qui n’est pas toujours présente au cinéma, plus naturaliste. Ce retour m’a transformé en me plaçant à un endroit que je ne veux plus quitter. Un lieu d’exigence. Jusque là, j’essayais avant tout de coller à certaines attentes - le respect des codes et d’un certain milieu - qui m’étaient au fond étrangères. Depuis que je m’en suis affranchi, je me sens beaucoup mieux, beaucoup plus créatif.

Source : Dossier de presse
Crédits : Apollo Films

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