18 octobre 2021
Interviews

Présidents : Rencontre avec Anne Fontaine et Pascale Arbillot

Par Jérémy Joly

 

Dans son nouveau film, "Présidents", la réalisatrice Anne Fontaine imagine que Nicolas Sarkozy et François Hollande s'unissent pour se présenter aux prochaines élections présidentielles. En compagnie de l'actrice Pascale Arbillot, elle revient sur le sujet de son long-métrage et ses choix de mise en scène. 

Quelque chose est marquant dans votre film, c'est qu'il intègre l'idée de la pandémie et du Covid-19...

Anne Fontaine : C'est quand même quelque chose d'assez subtil. Comme vous l'avez remarqué, l'histoire se déroule six mois avant les prochaines élections présidentielles. C'était un pari de penser que cela avait eu lieu et que c'était terminé. J'espère que ce sera le cas. Je pense que c'était une façon d'évoquer le sujet sans être lourd. En plus, j'ai écrit le scénario pendant le Covid. Cela a forcément eu un effet sur l'écriture, par exemple de prendre deux Présidents à l'arrêt. Au départ, je voulais faire un film très lourd et tout d'un coup, j'ai eu envie de faire un long-métrage drôle et libre.

Est-ce que la situation que nous vivons depuis bientôt deux ans a été un élément déclencheur de l'écriture du scénario avec la volonté de raconter cette histoire particulière, celle de la rencontre entre ces deux Présidents ?

Anne Fontaine : Le fait que la temporalité soit arrêtée m'a donné une envie de liberté, d'imaginer quelque chose qui ne s'est jamais produit, la rencontre entre ces deux êtres, adversaires de longue date, dans la campagne corrézienne. Je voulais imaginer leur intimité, puis de voir où sont les velléités de revenir au pouvoir et comment se produit cet arrêt obligé. Je pensais qu'il y avait un sujet de comédie, une sorte de Bourvil/Louis de Funès possible dans les deux personnalités fortes et contraires. Ça s'est mis en place de manière quasi-naturelle. Après, évidemment, c'est un travail d'écrire et de trouver le mélange entre le vrai, la fable et la troisième dimension. Mais en même temps, il faut pouvoir croire en cette histoire, c'est ce qui était passionnant à faire.

Pascale Arbillot : Vu le contexte, je me dis que le film est finalement une fantaisie plus réaliste et plus rassurante que la situation réelle.

Anne Fontaine : Tu as raison, les gens me disent que cela fait du bien d'imaginer que ces deux êtres lâchent toutes les vieilles rancœurs. Puis ces personnages sont comiques, au sens de la comédie humaine. Je ne voulais pas réaliser un biopic, qui consiste à copier la réalité avec plus ou moins de talent, mais plutôt faire un travail de recréation.

Lors de l'écriture du scénario, pensiez-vous déjà au casting ou alors avez-vous attendu d'achever le scénario pour réfléchir à la distribution ?

Anne Fontaine : Il y avait cette idée de surprendre par la distribution. Cela ne s'est pas imposé pendant que je travaillais. Le déclic, c'est la lecture de Jean Dujardin qui a eu une sorte d’engouement évident pour le ton et la qualité des dialogues. Il m'a dit qu'il aimerait jouer Nicolas Sarkozy. Ensuite, j'ai pensé aux acteurs autour de lui, puisqu'il est le point de vue du film. Qui serait le François Hollande idéal ? Il se trouve que je connais bien Grégory Gadebois, j'ai tourné deux fois avec lui. Il a le coffre, la puissance et la présence. C'est venu très vite. Cela s'est fait de manière assez miraculeuse, il est rare d'écrire un film, d'avoir l'accord des acteurs et de réaliser rapidement. Pour Pascale Arbillot, elle jouait dans mon film, "Gemma Bovery". Nous avions eu une vraie rencontre personnelle. Je l'ai vue au théâtre et au cinéma, je l'admire beaucoup. Elle m'a dit oui tout de suite...

Pascale Arbillot : Je trouvais que le scénario était original, étonnant et avec des dialogues brillants. Je me disais que, vu le contexte, ce film serait important. Il est apolitique, pas militant mais indispensable. Il permet à la parole de s'ouvrir dans une humanité et une bienveillance. Le cinéma est essentiel pour cela, contrairement à ce que certains ont pu dire durant la pandémie.

Vous avez également réalisé des drames et des policiers. Est-ce que mettre en scène une comédie telle que "Présidents" est une façon de souffler entre deux longs-métrages avec des sujets plus graves ?

Anne Fontaine : Non... Pour moi, il est plus difficile d'écrire une comédie qu'un drame psychologique. Le rire, c'est une émotion. Nous rions de qui ? Contre qui ? Il y a aussi le rire mécanique de la comédie volontariste qui estampille les personnages. J'en ai horreur. La comédie est complexe. En dessous, il y a le drame surmonté, pour que ce soit bon et intelligent sans être pédant. La comédie met un stress particulier à réaliser, mais c'est stimulant.

Présidents2
Pascale Arbillot dans le film "Présidents".

Il y a une chose impressionnante dans le personnage d'Isabelle, c'est de voir à quel point on ne résiste pas au pouvoir même quand on semble en être protégé...

Pascale Arbillot : Je l'ai ressenti physiquement dans la scène où ça m'arrive. Les figurants devaient venir vers moi en disant « Bravo, vous êtes formidable ! ». Je me suis vue apprécier ce moment tout en sachant que c'était faux. C'est le vertige d'être aimé, une impression de sur-exister. Il y a très peu de figures politiques où l'on se dit que le pouvoir ne les a jamais happées. Il y a quelques exceptions comme Mandela mais c'est très rare. En plus, cela créé l'illusion d'un destin. En même temps, il faut avoir cette folie d'y croire pour réussir.

Est-ce que tout ce que nous voyons à l'écran était écrit dans le scénario ou avez-vous laissé une liberté aux acteurs ?

Anne Fontaine : J'ai laissé un peu de liberté. Par exemple, dans la scène avec la réplique « Europe Écologie les Verts », c'est drôle parce que Jean Dujardin a cette façon absurde de buter, c'est surréaliste. Je lui ai juste demandé de glisser sur cette phrase. Il y a aussi le mot « tectonique » qui est une trouvaille de Jean Dujardin. J'ai tout de suite adhéré à son idée. Cela ne veut rien dire et en même temps, cela a une sonorité un peu aberrante. Jean Dujardin était très concentré sur son personnage, il cherchait toutes les nuances. Il était entre en faire un peu et pas trop. Mais c'était très écrit pour que cela soit percutant.

Vous avez choisi deux comédiens physiquement différents. Est-ce que vous les avez mis en scène de la même façon ?

Anne Fontaine : Les deux hommes ont été choisis pour leurs différences physiques et psychologiques. Par exemple, dans la scène du match de tennis, on voit bien que le corps de Jean Dujardin est différent de celui de Grégory Gadebois. Quand le personnage de François Hollande est assis chez lui et qu'il raconte sa vie merveilleuse, il a une sorte de posture sur le canapé. Le corps occupe le plan. Il y a aussi cette scène muette au sauna, quand on voit le corps de Nicolas Sarkozy qui est comme une crevette qui ne sait pas très bien comment observer l'autre. Cela créé de la drôlerie par la différence des corpulences. La mise en scène devient alors presque évidente car c'est un axe de comédie que les deux corps soient aussi différents.


Interview réalisée avec la collaboration de Grégory Marouzé du site lillelanuit.com

 

Découvrez la critique du film "Présidents"

ça peut vous interesser

Tout s’est bien passé : L’émotion du raffinement et de la simplicité

Rédaction

Tout s’est bien passé : Pas de pleureuse

Rédaction

La Nuit des rois : Curiosité étonnante

Rédaction