25 octobre 2020
En Une Interviews

Rencontre avec Petit Gibus

Par Jérémy Joly

À l'occasion du centenaire du réalisateur Yves Robert, le Festival CineComedies a programmé "Signé Arsène Lupin" ainsi que son chef d’œuvre "La Guerre des boutons". Martin Lartigue qui a joué le rôle de Petit Gibus lorsqu'il avait une dizaine d'années était présent avant la projection du film afin de rencontrer le public. Bien que plusieurs décennies ont passé, Martin Lartigue a gardé son air malicieux. Le Quotidien du Cinéma l'a rencontré afin de lui poser quelques questions.

Comment êtes-vous arrivé sur le tournage du film "La Guerre des boutons", avez-vous passé un casting ?

Petit Gibus : Non, il se trouve qu'Yves Robert était ami avec ma mère, Jeanne Pico, comédienne et chanteuse. Elle avait joué avec lui. Deux ou trois ans avant "La Guerre des boutons", j'avais tourné un petit rôle dans "La Famille Fenouillard" d'Yves Robert. Quand il a voulu réalisé "La Guerre des boutons", avec plein d'enfants, il a pensé à moi pour interpréter Petit Gibus et à mon frère pour Grand Gibus. C'est comme ça que nous avons été choisis. Pour le reste des enfants, je pense qu'il y a eu un casting.

Comment Yves Robert dirigeait les enfants ?

Petit Gibus : Il nous impliquait beaucoup sur le tournage. On connaissait très bien l'histoire, même pour ceux qui ne l'avaient pas lue. Il nous racontait oralement. Il jouait avec nous comme s'il faisait partie de la bande. Il nous montrait avant la prise, nous étions en condition. Après, c'était à nous de nous débrouiller. Lorsque l'on me voit pleurer, c'est parce qu'il m'avait raconté une histoire triste juste avant. Je pense qu'il n'avait pas le même rapport avec André Treton, qui jouait Lebrac, il n'allait pas expliquer de la même façon à untel ou à l'autre. Puis, c'était des méthodes différentes par rapport aux comédiens classiques.

Alors que vous n'aviez qu'une dizaine d'années, aviez-vous conscience de jouer dans un film ?

Petit Gibus : Oui, oui, tout à fait. J'avais fait le film "La Famille Fenouillard" quelques années avant. Je ne l'avais pas vu sortir, mais je savais ce qu'était le cinéma, je voyais des films.

Danièle Delorme, Martin Lartigue et Yves Robert lors de la sortie du film "La Guerre des boutons".
Avez-vous gardé des souvenirs intacts avec des acteurs adultes, je pense par exemple à Michel Galabru ?

Petit Gibus : Oui, j'ai une scène avec Michel Galabru, que je revois, ce n'est pas long, c'est celle où je lui rentre dans le ventre avec la tête. Je me rappelle encore du contact avec son ventre. C'est drôle, il y a des choses comme ça qu'on n'oublie pas. Il y avait une tension dans ce film, on était réellement pris dans l'histoire, c'est pour cela que je le trouve réussi. Il n'y avait pas de temps mort, on était ensemble durant toute la durée du tournage. On était les uns avec les autres, on n'arrêtait même pas quinze jours, mes parents ne venaient pas, nous étions coupés de la famille. C'était exprès pour être dans le bain. On ne s'ennuyait pas. Je ne me rappelle pas de la fin du tournage mais ça a dû être un peu triste...

Il y avait donc une bonne ambiance pendant le tournage ?

Petit Gibus : Oui, nous avions même des copains de l'équipe adverse. Nous n'étions pas dans les mêmes tentes. Il y avait les Longeverne d'un côté et les Velrans de l'autre. Il y avait des moments marrants, par exemple, il y avait des jeux et on se baignait dans la rivière.

Par la suite, vous avez continué votre carrière d'acteur, mais elle s'est ralentie. Est-ce que c'était un choix de votre part ou vous ne receviez plus de propositions ?

Petit Gibus : Après "La Guerre des boutons", j'ai joué dans "Bébert et l'Omnibus", toujours réalisé par Yves Robert. C'était exactement la même équipe technique. Mais dans ce film, je n'étais qu'avec des adultes. Je me suis retrouvé dans un monde différent. J'ai continué ma carrière, avec pas mal de trous. C'était difficile de trouver des rôles. J'ai fait une série télévisée réalisée par Claude Santelli, qui s'intitulait "Les Aventures de Huckleberry Finn", ce qui était bien. Après, je suis sorti de l'enfance. Je faisais du dessin, de la peinture et de la poterie. J'ai repris à un moment donné, j'ai fait l'école de mime Lecoq, dans le but de faire une carrière de comédien. J'ai eu quelques rôles, au théâtre notamment, c'était intéressant. Il aurait fallu tenir le coup mais c'était déjà une époque pas facile pour trouver du travail. Alors, je ne dis pas ce que c'est maintenant... J'ai joué dans des pièces de Robert Dhéry. À une certaine période, j'ai pensé que ça allait se refermer, je n'ai pas un physique qui était facile, ce qui limitait les emplois. J'aurais dû continuer le théâtre, peut-être... Mais il commençait à y avoir des difficultés. Petit à petit, j'ai abandonné...

Mais ce n'est pas pour autant un regret ?

Petit Gibus : Non, non, mais j'ai eu quelques échecs, quelques rôles que je devais faire mais que je n'ai pas fait. Il aurait fallu que je travaille différemment ou que je reparte à zéro. Je ne l'ai pas fait. Comme je peignais, j'ai choisi à ce moment-là la peinture, qui m'a apporté plus de liberté. Il faut être tout le temps disponible pour ce métier. Quand on commence par un succès, ce n'est pas facile après, surtout aussi jeune.

Vous êtes devenu peintre, vous êtes quand même resté dans le milieu artistique.

Petit Gibus : Oui, c'est sûr, comme je n'ai pas fait énormément d'études, j'ai continué là-dedans. Ma mère était comédienne et mon père était peintre. Mon frère, qui joue Grand Gibus, a continué dans la photographie au cinéma, donc du côté technique. Il a été très marqué par le 7ème art. J'ai revu parfois des personnes qui ont joué dans « La Guerre des boutons », cela a marqué énormément. À cet âge-là, on ne peut pas oublier, cela fait partie de l'éducation.

Martin Lartigue et Jean Richard dans le film "Bébert et l'Omnibus" d'Yves Robert.
Vous parliez de Robert Dhéry, vous avez joué je crois dans le spectacle « Vos Gueules les mouettes ». Quel rôle aviez-vous ?

Petit Gibus : En fait, c'était incroyable, nous étions nombreux sur scène, une quarantaine entre les danseurs, les musiciens et les acteurs. Je faisais plusieurs petits rôles. C'était comme une compagnie, nous pouvions alterner les personnages aussi. C'était super !

Vous avez eu d'autres projets avec Robert Dhéry ?

Petit Gibus : Oui, j'ai joué dans une pièce de Feydeau qui se nommait « Monsieur chasse ! », au théâtre de l'Atelier, avec Jean-Marc Thibault. Là, c'était un vrai rôle. Après, je crois qu'il a voulu faire de la comédie musicale. Malheureusement, je n'étais pas assez fort en chant. Ma mère chantait, mais pas moi, je n'avais pas la voix pour.

Avez-vous vu les deux nouvelles versions du film "La Guerre des boutons" réalisées en 2011 ?

Petit Gibus : J'ai vu quelques extraits d'une des deux. Je trouvais que c'était différent, surtout techniquement. Je n'ai pas retrouvé cette ambiance paysanne. Yves Robert avait un attachement véritable avec ce milieu. Il était de Saumur, je crois. Il voulait retranscrire à l'écran cette ambiance qu'il connaissait bien. C'était simple mais pas surfait. Je pense que maintenant, ils auraient dû adapter le film à l'époque actuelle. Ils ont trop voulu copier Yves Robert. Ou alors, il aurait fallu adapter à l'époque du roman de l'auteur Louis Pergaud, avant la guerre de 14-18, reconstituer cette période, ce qui aurait été rude. Quand on lit le livre, ce n'est pas drôle du tout, c'est loin d'être une comédie. Alors, je ne sais pas trop quoi en penser. Puis, il y a une version que je n'ai pas du tout vue.

Avez-vous été contacté pour jouer un petit rôle, sous forme de caméo ?

Petit Gibus : Non, pas du tout... Pour revenir à Yves Robert, je défends toujours ses films, parce que je trouve qu'il le mérite. Il venait du spectacle, j'allais souvent le voir jouer au théâtre. Il était formidable, une présence incroyable. En tant que cinéaste, il est super, il faut donc défendre ses films.

Êtes-vous resté dans la salle pour revoir « La Guerre des boutons » sur grand écran durant le festival ?

Petit Gibus : Oui, le film a été bien restauré. Il est vraiment bien ainsi que le montage. Le revoir m'a beaucoup plu.

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