2 décembre 2020
Interviews

Rencontre avec Serge Korber

Par Jérémy Joly

Cette année, le Festival CineComedies a inauguré une nouvelle section dans sa programmation : les introuvables. Juste après avoir rendu un hommage au cinéma burlesque américain en projetant "Laurel et Hardy au Far West", dans une nouvelle copie restaurée, le réalisateur Serge Korber est venu présenter deux films qui avaient jusqu'ici disparu. Le premier est un court-métrage intitulé "Un jour à Paris" (1962) et le deuxième un long-métrage "Le Dix-septième ciel" (1965). Nous pouvons retrouver Jean-Louis Trintignant au casting de ces deux films, acteur dont Serge Korber vient de consacrer un livre co-écrit avec Jean-Yves Katelan intitulé "Jean-Louis Trintignant – Dialogue entre amis" sorti le 8 octobre 2020 chez La Martinière.

Chaque année depuis la création du Festival CineComedies à Lille, au moins un film signé Serge Korber est présent dans la programmation, est-ce que c'est une marque d'attention qui vous touche ?

Serge Korber : Ah oui ! En plus, j'aime beaucoup Lille. Il y a quelques années, j'ai tourné une série de télévision sur les plateaux de France 3. Par la même occasion, j'ai toujours le plaisir de venir à ce festival.

Pour cette troisième édition, vous venez présenter "Le Dix-septième ciel", un film que je n'ai jamais vu, pour une simple raison : il n'est jamais sorti en DVD... Pourquoi est-il introuvable ?

Serge Korber : C'est un peu le problème des films, il y a eu plusieurs producteurs successifs. Il a été revendu à Canal+, donc le film s'est fait oublier, ce qui est très dommage. Tout à coup, Canal+ commence à redécouvrir le film et va même certainement sortir un DVD. "Le Dix-septième ciel" revient un peu à la mode et c'est pourquoi il se retrouve dans ce festival. Je l'aime beaucoup parce que, d'une part, c'est mon premier film et puis il est très personnel.

Lorsque j'ai regardé votre filmographie, je me suis rendu compte que ce film n'était pas le seul à être difficile à visionner. Je pense par exemple à "Cherchez l'erreur..." que j'ai réussi à découvrir grâce à une copie qui circulait sur Internet. Il est également introuvable, ce sont pour les mêmes raisons ?

Serge Korber : Je crois qu'il y a eu une VHS qui est sortie, mais jamais de DVD, ce qui est aussi dommage car c'est une jolie comédie, avec Roland Magdane. Après, il a un peu disparu, il est parti aux États-Unis. Il y a des films comme ça, qui sont un petit peu oubliés, mais de temps en temps ils reviennent et ça, c'est un plaisir énorme.

Dans "Le Dix-septième ciel", vous dirigez Jean-Louis Trintignant, comment l'avez-vous rencontré ?

Serge Korber : Nous avions le même agent à Paris. Un jour, j'avais rendez-vous avec cet imprésario et Jean-Louis était là. Nous avons été présentés et nous avons discuté. Il connaissait mes courts-métrages qu'il avait vus. Au fil de la discussion, il m'a dit qu'il aimerait bien faire un petit film avec moi. Je lui ai répondu que cela tombait bien, j'avais un scénario et que l'on pouvait tourner très vite. Sans même lire le scénario, il était partant. Il a donc joué dans mon dernier court-métrage qui s'appelle "Un jour à Paris" et qui est projeté au festival. Forcément, nous sommes devenus amis. Par la suite, il a fait mon premier long-métrage.


"Un jour à Paris" est donc votre dernier court-métrage ?

Serge Korber : Oui, j'avais réalisé neuf courts-métrages avant. Il a bien marché, j'ai reçu des prix à Berlin et à Cannes. Ce film est un peu l'aboutissement des courts-métrages, c'était la fin.

Ces dernières années, vous avez aussi réalisé plusieurs documentaires, sur Louis de Funès, Jean Gabin, Maurice Béjart mais aussi un sur Jean-Louis Trintignant qui a été diffusé à la télévision...

Serge Korber : Oui, c'était Arte qui me l'avait commandé. Ils savaient que j'étais ami avec lui et que Jean-Louis refusait toutes les propositions des journalistes. Il m'a permis de faire ce film, dans lequel il m'a raconté sa vie et ses confidences. Le documentaire a eu du succès. Les éditions de La Martinière m'ont demandé d'écrire un livre à partir de ce documentaire, ce que j'ai fait. Il y aura une signature au Furet du Nord aujourd'hui et il sortira le 8 octobre.


Ce livre est donc un dialogue avec Jean-Louis Trintignant ?

Serge Korber : Oui, c'est vraiment un dialogue entre amis. Quand je dis ça, c'est très général, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de gens qui ont tourné avec lui, comme Isabelle Huppert, des grands comédiens qui m'ont fait des déclarations sur Jean-Louis.

L'année dernière, le festival avait programmé "Un idiot à Paris", qui est le premier grand rôle de Jean Lefebvre en tête d'affiche. Avez-vous écrit le film pour lui ou est-il arrivé sur le projet après ?

Serge Korber : Lorsque le producteur de la Gaumont, Alain Poiré, m'a proposé de faire ce film, la distribution était déjà faite. Il y avait Jean Lefebvre et Dany Carrel. Par la suite, j'ai choisi Bernard Blier pour interpréter ce troisième personnage. Sinon, quand nous avons fait l'adaptation du roman de René Fallet avec Michel Audiard, nous avions forcément pensé à Jean Lefebvre et à Dany Carrel. Le scénario a vraiment été écrit pour eux.

Vous avez aussi réalisé pour moi les deux films les plus originaux dans la carrière de Louis de Funès : "L'Homme orchestre" et "Sur un arbre perché". Est-ce que Louis de Funès avait une crainte de jouer dans des films qui sortaient des sentiers battus ou avait-il confiance en vous ?

Serge Korber : C'est parti du film "Un idiot à Paris". Il l'a vu et l'a adoré. La Gaumont lui avait même fait une copie en 16 mm qu'il se projetait tout le temps, il avait dû le voir cent fois. Il a demandé à Alain Poiré de m'engager comme metteur en scène. À l'époque, j'y allais un petit peu à reculons parce que, faisant partie du mouvement de la Nouvelle Vague, je me suis dit que faire un film avec Louis de Funès, c'était tomber bien bas. Cela peut paraître curieux, mais c'était comme ça. Finalement, Alain Poiré a pris un rendez-vous avec Louis de Funès sur le tournage du film "Hibernatus". En y allant, j'ai croisé Édouard Molinaro qui m'a dit : « Ne fais pas de film avec Louis de Funès, tu vas être très malheureux, il est très dur avec les metteurs en scène ». J'ai rencontré Louis de Funès et ça a été presque un coup de foudre, c'était formidable. On venait tous les deux du cabaret et du music-hall, nous avons donc beaucoup parlé du music-hall de l'époque. Il m'a proposé, chose rare, de venir passer quelques jours dans son château. Je suis resté une bonne quinzaine de jours après le tournage du film "Hibernatus". En toute liberté, nous avons un peu déliré sur ce que nous avions envie de faire, la comédie musicale. Tout de suite, il a adhéré et dans une confiance totale. Nous avions quand même fait un premier film assez fou et libre qu'est "L'Homme orchestre". À la fin du tournage, il m'a demandé quels étaient mes projets. Je lui raconte le film que je devais faire avec Yves Montand et Annie Girardot qui s'appelait "L'Accident". Il me dit « Je dois faire ce film, j'adore cette histoire ! ». Au départ, c'était un drame, j'ai donc dû l'adapter un peu en comédie. Forcément, je me retrouve dans une situation extrêmement compliquée, puisque Girardot et Montand avaient donné leur accord. Il a fallu que je me sépare d'eux. Là aussi, c'est un film très gonflé parce que Louis de Funès est un acteur de mouvement. Tout à coup, il se retrouve coincé dans une voiture. C'était presque une pièce de Samuel Beckett. Ce film a été aussi une aventure formidable.

Louis de Funès et Serge Korber sur le tournage du film "Sur un arbre perché".

Quand on regarde la carrière de Louis de Funès, ces deux films n'ont pas été des échecs, mais n'ont pas été non plus des grands succès...

Serge Korber : C'est vrai, ces films n'ont pas été des grands succès, parce que le public n'a pas retrouvé le Louis de Funès des "Gendarme". Mais ils ont quand même fait trois millions d'entrées, ce qui est quand même pas mal. (rires) "L'Homme orchestre" a surtout marché à l'étranger. En Russie, il a fait 33 millions d'entrées. Mais ces deux-films, les gens les redécouvrent maintenant, surtout les jeunes, comme deux espèces d'OVNI qui sortent du style et du ton de ce que faisait Louis de Funès à l'époque.


Dans "L'Homme orchestre", vous avez confié la musique à François de Roubaix, est-ce que vous lui donniez des indications ?

Serge Korber : Nous avons vraiment fait le film ensemble. Gaumont m'avait demandé un petit coup de main sur une série qui se nommait "Les Enquêteurs Associés" que j'ai faite avec le metteur en scène Gilles Grangier. François de Roubaix faisait la musique. C'est à cette occasion que je l'ai connu. Nous avons continué cette formidable collaboration sur "L'Homme orchestre" et je dois dire que ça a été un travail magnifique. En écrivant le scénario, on travaillait déjà sur la musique, scène par scène. Louis de Funès était très emballé. Il venait nous voir travailler sur la musique chez de Roubaix. À la fin, François de Roubaix réunissait quelques copains musiciens et on faisait des bœufs. Les journées de travail se finissaient par de la musique avec Louis au piano où il retrouvait sa jeunesse. C'était absolument magnifique.

Après ces films, avez-vous gardé contact avec Louis de Funès ou même proposé un autre scénario ?

Serge Korber : Nous sommes restés très liés. Je le voyais souvent. Mais je n'ai pas eu l'occasion de lui proposer un autre scénario. Puis il a eu cette première attaque cardiaque qui l'a affaibli. Je n'ai pas perdu contact avec sa famille non plus. Même actuellement, je viens d'écrire un scénario avec Olivier de Funès. Je suis resté proche de sa femme, Jeanne, jusqu'à son décès.

Quel est votre regard sur la comédie française actuelle ?

Serge Korber : Sans être un vieux réalisateur qui regrette le passé, je pense qu'il n'y a pas de grands metteurs en scène de comédies. D'une part, parce qu'on ne sait pratiquement plus raconter des histoires. Maintenant, c'est devenu des faits sociaux, il n'y a plus de rêves ou de grandes histoires comme on faisait à l'époque. Je trouve cela un peu regrettable. À part deux ou trois grandes comédies qui se sont faîtes... Olivier Nakache et Éric Tolédano sont des vrais metteurs en scène de comédies, c'est formidable. Ils sont déjà un peu plus âgés que les autres. Chez les jeunes metteurs en scène, c'est un peu limite.

Actuellement, avez-vous des projets ?

Serge Korber : Oui, j'ai un projet avec Jean-Louis Trintignant, je dois filmer son spectacle de poésies. C'est une commande de la société Pathé. Il est prévu que le film passe dans 200 salles en direct. Jean-Louis Trintignant revient au théâtre fin décembre.

Pour l'année prochaine, lors de la quatrième édition du Festival CineComedies, quel film dont vous êtes le réalisateur aimeriez-vous venir présenter au public ?

Serge Korber : J'aimerais absolument présenter "Ursule et Grelu" qui est un film inconnu, introuvable en DVD, personne ne le connaît. C'est un film qui a peut-être maintenant sa place. Il était sorti trop tôt et je pense qu'il est bon de le projeter en ce moment.

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