24 janvier 2022
Interviews

Rencontre avec William Friedkin

RENCONTRE WILLIAM FRIEDKIN
 JEUDI 11 JUIN 2015

Par Hadrien Bertrand


C'est dans une ambiance chaleureuse et détendue (contrairement au film que nous venions de voir) que William Friedkin a fait son apparition et nous a livré un témoignage vibrant de son long-métrage, "Le Convoi de la Peur" ("Sorcerer" en V.O) qui ressortira en version remasterisée à partir du 15 Juillet prochain.

Le film est un remake du "Salaire de la Peur" d'Henri-Georges Clouzot, lui-même étant une adaptation du roman de Georges Arnaud. William Friedkin a évoqué sa rencontre avec Clouzot, son attachement et son respect pour le film d'origine et la vision qu'il avait de son propre film en assurant que le réalisateur français percevrait un montant sur les bénéfices de "Sorcerer" et que son nom serait affiché à l'écran. Friedkin est également revenu sur l'opportunité que lui offrait la seconde sortie de son film quelques 35 ans plus tard en prenant comme exemple Van Gogh qui n'avait jamais eu l'occasion de profiter du succès de ses oeuvres.


Lorsqu'on l'interroge sur l'atmosphère durant le film, Friedkin répond que tous étaient tendus. Les cascades étaient réelles, la jungle dans laquelle ils évoluaient était dangereuse pour l'homme. Le réalisateur lui-même a perdu près de 25 kg durant le tournage. Tout a été fait en live pendant le tournage, pas de miniatures, pas d'images créées par ordinateur, pas d'effets spéciaux. Ce qui lui permet de parler du cinéma américain actuel en le décrivant ainsi "Le cinéma américain, ce sont des personnes irréelles, faisant des choses irréelles, s'envolant dans les airs équipés de masques, de costumes en lycra et des capes, qui résolvent tous les problèmes du monde."

William Friedkin est également revenu sur l'ambiance psychédélique et planante du film en évoquant, entre autres, une scène se situant vers la fin du film où Roy Scheider commence à devenir fou, il est comme possédé par le paysage autour de lui qui semble lunaire et mystique. Il nous parle également de la musique de Tangerine Dream qui colle en tout points à l'atmosphère très éprouvante du long-métrage.

Bonus : William Friedkin nous expose la manière qu'ont Tommy Lee Jones et Benicio De Toro de jouer (deux acteurs avec lesquels il a tourné pour "Traqué"), deux styles de jeu totalement différents. Tommy Lee Jones : C'est un très grand professionnel. S'il accepte de jouer dans un film, il est inutile de lui dévoiler les tenants et les aboutissants de l'histoire, le passé du personnage, quelles étaient ses relations avec ses parents et sa famille. Il comprend le personnage lorsqu'il arrive sur le tournage.

En tant que réalisateur, vous lui dites : "Tommy tu entres par cette porte, tu te déplaces par ici, tu prends le micro, tu parles à ces personnes, tu t'assois et parle à la personne en face de toi, ensuite tu te lèves, tu remercies les gens et tu quittes les lieux". Il vous répond : "Laisse moi vérifier que j'ai bien compris". Il répète à haute voix le processus, le réalisateur confirme, Tommy Lee Jones dit "D'accord", il tourne la scène une fois et c'est dans la boîte.

Benicio Del Toro : Lorsque vous lui expliquez la scène, il vous questionne pour savoir pourquoi il devrait la jouer de cette façon et pas d'une autre. Vous lui expliquez que c'est écrit ainsi dans le scénario, il répond qu'il sait, mais demande pourquoi néanmoins. Il a besoin également de savoir ce que ressent son personnage et quelles sont ses relations familiales. Le réalisateur invente alors quelque chose pour satisfaire sa curiosité, Benicio del Toro écoute, réfléchit et dit "D'accord je suis prêt, allons-y".


Second bonus : William Friedkin nous partage sa vision de l'élaboration d'un film. Dans ses films, figurent de nombreuses scènes de poursuite notamment celles de "French Connection". Ou des scènes qui semblent très dangereuses et compliquées à l'écran comme la scène sur le pont dans "Sorcerer". Pour lui, faire un film, c'est comme faire du tricot, il faut y aller étape par étape. Dans ses réalisations, il tourne donc scène après scène et utilise le montage ainsi que le son pour rendre l'image plus sensationnelle.

Le problème, c'est qu'en tant de réalisateur, vous devez avoir une image de toute la scène et de tout le film en tête avant de le tourner. Friedkin avait tous ses films en tête, les bons comme les mauvais, avant de les tourner ; sinon il ne pouvait pas les tourner. C'est pour cela que, pour lui, l'aspect principal d'un film c'est le montage, toutes ces images réunies en une seule. Ainsi, lorsque vous voyez quelqu'un faire du tricot, vous ne voyez pas le résultat final tout de suite mais bien après.

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