6 décembre 2021
Interviews

Si demain : Interview de l’équipe du film

Par Flavie Kazmierczak

Fabienne Godet était de passage au Arras Film Festival 2021 pour présenter en avant-première, "Si demain", son cinquième long-métrage, « Si demain ». Un film sur une histoire d’amitié entre deux jeunes femmes, un mystérieux carnet et la course pour en retrouver l’auteure. 

Rencontre avec la réalisatrice Fabienne Godet 
et les deux actrices principales du film
Julie Moulier et Lucie Debay 

L’histoire part d’un mystérieux journal que reçoit Esther. Les textes semblent encore plus importants que les dialogues. Comment avez-vous travaillé sur l’écriture de ce film?

Fabienne Godet : Le scénario a été très long à écrire parce qu’il était totalement déstructuré. Je voulais que la reconstruction soit comme un kaléidoscope, un puzzle où l’on va relier les uns avec les autres. À la lecture c’est un peu illisible. Il fallait le simplifier donc je l’ai déjà mis dans l’ordre pour le redestructurer. Et après, j’ai procédé du même type d’écriture que pour la voix-off du carnet et pour les dialogues. Mais l’un et l’autre sont aussi importants. Le carnet est juste le fil rouge qui va relier tous les personnages. L’écriture n’a pas été simple, j’ai mis longtemps à trouver la forme. Et le montage également.

Le film bascule ensuite sur la maladie d’Elena. Comment vous avez voulu traiter ce thème? 

Fabienne Godet : Ça m’intéressait que le personnage que joue Lucie (Debay) qui est celle qui va permettre à Esther de sortir de sa dépression, soit elle-même en difficulté et ait cette générosité. Elle ne peut plus garder ce secret pour elle et elle veut le confier de manière générale. C’est un os à ronger qu’elle donne à son ami, et qui va l’éloigner de son chagrin. Parfois quand on veut aider quelqu’un, il ne suffit pas lui taper dans le dos et lui dire que ça va aller. Mais au contraire, de lui faire entrevoir un ailleurs qui va occuper sa pensée et qui va lui permettre de s’éloigner de sa propre tristesse. 

L’amitié entre les deux jeunes femmes est au coeur du film. Mais la plupart du temps, vous avez tourné séparément . Comment avez vous-construit cette amitié?

Lucie Debay : On s’est vu quatre, cinq jours à Paris avant le tournage. Ce moment était assez important parce que sinon tout aurait été fait sur du bluff. Jouer c’est aussi ça mais pour Fabienne, c’est important d’avoir un vocabulaire commun, d’être à l’aise. C’était particulier parce que mon personnage ne part pas faire de road trip et on a tourné les scènes dans l’ordre.

Au début d’un tournage, on met souvent quelques jours avant d’être totalement à l’aise. Mais le personnage d’Elena, c’est le point d’attache qui pousse Esther à partir. C’est chouette aussi d’avoir ce rôle là. Leur lien est tellement fort qu’elles peuvent s’éloigner. Il faut laisser l’autre vivre des choses. Elena a plus de distance par rapport à ce qu’elle traverse. Sa maladie cest une endurance, alors quEsther est plus sous le choc. Et puis il y a quelque chose qui lamuse aussi. Cest un partage dhistoire, de confusion des temps qui lui fait du bien.

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Lucie Debay - Copyright LE BUREAU

Julie Moulier : Fabienne Godet est quelqu’un qui fait en sorte que les acteurs se rencontrent avant les films. Elle donne du temps au travail en amont. Dans le tournage, on a mis du temps à la créer cette amitié. Il y avait très peu de scènes où l’on était ensemble. Il a eu des retakes, des scènes que l’on a retournées dans le premier travail de montage du film parce que justement quelque chose manquait dans la moelle de cette amitié. Effectivement c’es complexe de créer ça hors-sol. Les moments où on tournait avec Lucie, c’était les rares moments où l’on je ne tournait pas. Et ça ne s’est pas fait à la même période. À la première écriture du film, on avait peu de scènes ensemble. Au montage, ils se sont rendues compte que ça manquait.

Quelque part, il était nécessaire que le socle soit beaucoup plus solide que ça. Et il fallait comprendre aussi pourquoi le personnage de Lucie pousse Esther à partir. Comme si c’était incompréhensible, ce départ d’Esther qui était non aimante. Comment partir lorsque quelqu’un que l’on aime vit quelque chose d’aussi grave que cette maladie qu’elle traverse. Fabienne a réécrit des scènes pour faire exister cette amitié de manière plus constituante. 

Dans le film, on voyage avec Esther jusqu’au Portugal. Est-ce que vous avez tourné avant ou après le confinement? 

Fabienne Godet : non bien avant ! Et heureusement. Cela parait irréel pour nous d’être là parce que j’ai l’impression que le film a été fait il y a longtemps. Ça a été un tournage assez compliqué. On a  énormément voyagé.

JM: Ce film, on l’a tourné en se déplaçant nous même en permanence. L’équipe suivait cette trajectoire qui nous a fait voyager en Espagne, à Lisbonne. C’est une chose qui m’a marquée pendant le tournage. A quel point la structure du film, la manière dont on tournait était en adéquation. Sur « Nos vies formidables », on était aussi dans un huis-clos où il y a eu quelque chose de presque théâtral, presque de résidence. Et là on était dans un voyage permanent où l’équipe du film vivait ce que vivait le personnage principal. On était en exil permanent.

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Julie Moulier - Copyright LE BUREAU

Fabienne et Julie, vous aviez déjà travailler ensemble. Est-ce que c’était une évidence de retourner ensemble?

FG: J’ai rencontré Julie sur « Une place sur la terre » grâce à une directrice de casting. Je l’ai repéré en quelque sorte en me disant qu’elle a quand même un talent rare. Dans les tournages, bien sûr on reste liés avec tout le monde mais je garde souvent une ou deux personne par tournage avec qui j’ai envie de prolonger. Que ce soit de manière professionnelle ou personnelle. Et là en l’occurence, le prolongation avec Julie s’est faites avec « Nos vies formidables ».

Quand j’ai eu l’idée de ce film, j’ai tout de suite pensé à Julie. Je viens du cinéma, Julie vient du théâtre et j’ai eu le sentiment qu’en lui proposant ça qu’on allait pouvoir travailler ensemble avec des compétences différentes. Il y a entre nous un désir commun que l’on a mis en place aussi avec « Si demain ». J’écoutais une interview de Wes Anderson qui dit qu’il aime bien travailler en famille et je pense que je serai un peu pareil. Bien sûr s’il y a besoin je vais chercher des rôles mais l’idée de travailler en famille et où la question de la relation n’est plus en question donc on gagne du temps. 

JM: C’est un plaisir aussi de se découvrir autrement. Ça pour le coup c’est quelque chose qui existe beaucoup en théâtre. Même sans forcément parler de troupes ou de compagnies. Il y a des collaborations qui perdurent, ce qui est plus rare au cinéma. C’est la relation à la fois humaine et professionnelle qui s’était constituée pendant « Nos vies formidables » qui a permis de faire un autre film ensemble. Fabienne ne pensait pas à moi au début pour le personnage d’Esther. Pourtant, comme j’ai ce désir de continuer, j’ai envie de faire le pari  de pouvoir interpréter ce personnage. C’est un signe de confiance encore plus grand. 

FG: Les directrices de casting me font rencontrer de belles personnes. Je ne connaissais pas Lucie. On s’est rencontrées et on s’est aimées. J’avais envie que les deux personnages soient différents. Et pour le rôle d’Elena, ce qu’il me semblait important c’est qu’elle ne porte pas de tristesse. Ce que porte Lucie dans le jeu est vraiment lourd et pourtant elle l’interprète de manière lumineuse. 

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