28 septembre 2021
Interviews

Un triomphe : Entretien avec Kad Merad

Après un passage sur le tapis rouge du Festival de Cannes 2021, Kad Merad présente enfin au public le film Un triomphe. Celui qui passe du petit au grand écran avec aisance désormais revient sur son personnage et sur le tournage en milieu carcéral. Entre autres confidences.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet ?

J’ai lu le scénario. Il y a de bons scénaristes en France, mais un film aussi bien écrit, avec un rôle important dans lequel je m’imagine volontiers, il n’y en a pas tant que ça. La fin du script m’a énormément touché. Je ne suis pas sûr que ce soit une vraie happy end mais c’est une bonne fin ! Quand j’ai rencontré Emmanuel Courcol, il n’y avait pas encore de date de tournage et j’étais engagé sur pas mal de choses, donc j’étais embêté, j’avais peur qu’il ne m’attende pas. Finalement, les choses ont pu se faire. J’aimais aussi beaucoup que ce soit inspiré par une histoire vraie, cela apporte une autre dimension au film. Ce n’est pas qu’une bonne histoire, c’est une histoire qui a réellement eu lieu ! Je trouvais touchant que l’on voie au générique de fin les photos des vrais protagonistes. D’ailleurs, j’ai rencontré Jan Jönson, le metteur en scène suédois à qui cette histoire est arrivée lors qu’il est venu sur le tournage.

Voilà, j’aimais le souffle qu’il y avait dans ce projet et aussi l’idée de la troupe. J’avais envie d’être ce petit bonhomme dans lequel chaque acteur peut se reconnaître, non pas un raté mais quelqu’un d’un peu moins en vue, et quoi qu’il en soit, il faut bien travailler pour vivre. Le personnage d’Etienne accepte le travail en prison, un peu contraint, en se disant qu’il faut faire ses heures. Ils sont nombreux dans ce cas-là, les acteurs qui vivent de l’intermittence.

Vous en connaissez des comédiens comme lui ?

Je ne veux pas trop me renseigner sur les personnages que je joue. A propos de Baron noir, on me demande souvent : « de quel homme politique vous êtes-vous inspiré ? ». D’aucun en particulier, et de tous. Ce n’est pas un biopic, c’est une création. Là, j’ai inventé un acteur qui va donner des cours dans les prisons et qui va
apprendre aux détenus à monter une pièce. Je me suis fait ma propre idée, à partir de tous les acteurs que j’ai croisés dans ma vie, dans les cours de théâtre, dans les castings. Moi aussi je suis allé faire des animations en entreprise : des sketches à la poste, habillé en postier !

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Le casting du film - ,Copyright Carole Bethuel

Je sais ce que c’est que de se changer dans les toilettes, de faire son métier tout en se disant que le chemin va être long avant d’arriver à faire du cinéma ! J’en connais des acteurs comme ça, qui rament. Etienne met sa vieille parka un peu lourde, presque comme une défense, il fait ces longs trajets en train, en bus, en métro, c’est quelqu’un de solitaire et tout d’un coup le voilà avec une bande, à lui. Et dont il est le patron.

Concrètement, comment avez-vous abordé le tournage, et notamment en prison ?

Avant de commencer le tournage, on est allé visiter tous ensemble le centre pénitentiaire de Meaux. J’étais comme mon personnage, je n’avais jamais mis les pieds en prison. Même si, au fond, Etienne est un peu prisonnier de lui-même. On a vu ces longs couloirs grillagés, on a entendu les bruits de la prison, on a croisé
des détenus, cela nous a bien mis dans l’ambiance. On y a tourné pendant dix jours et, forcément cela soude : on se retrouvait chaque matin à l’extérieur, avec un protocole un peu long pour rentrer, on doit laisser son portable, porter un badge, les portes s’ouvrent et se ferment brutalement sur notre passage, c’est angoissant et perturbant. Quand on sortait, on respirait. Et pourtant on était sur un parking un peu pourri au milieu de nulle part !

Mais l’ensemble des répétitions d’En attendant Godot ont eu lieu en studio, le tournage en prison a servi pour les raccords, la circulation à l’intérieur de l’établissement, etc. Avec les jeunes acteurs, les « Godot », comme je les appelle, on se connaissait assez peu, et je les ai trouvés formidables. On s’est dit que cette salle polyvalente était comme une bulle à l‘intérieur de la prison. C’était vraiment un tournage de troupe, sans hiérarchie, même si celle-ci se faisait parfois grâce aux personnages : de temps en temps, il m’arrivait de remettre les autres dans le coup quand parfois, après une impro, ça débordait un peu.

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L'équipe du film - Copyright Carole Bethuel

Quand Etienne dit aux apprentis acteurs « la vérité est dans votre vie », vous y croyez ?

C’est la vérité de leur vie à eux, tellement En attendant Godot colle à leur parcours. Pour moi, dans mon expérience de comédie, cette phrase est peut-être un peu trop « actor’s studio ». Je ne m’inspire pas de ma vie. Si l’on me demande d’être ému, je pense à la situation, je fabrique l’émotion, tout en essayant d’être le plus vrai possible. Quand Etienne leur parle de jouer faux pour être vrai, c’est une idée que je peux partager, même si je ne suis pas sûr de pouvoir mieux l’expliquer que lui ! Je crois que jouer faux, ça n’existe pas, et que l’important, c’est d’être vrai.

J’apprends encore à jouer, on apprend sans cesse. Jouer vrai, c’est très difficile, on commence d’abord par être juste. Quand j’étais au cours de théâtre, je me rappelle avoir fait une audition pour Robert Hossein pour l’un de ses grands spectacles de l’époque. J’avais réussi à obtenir de passer des essais en sa présence. Hossein avait regardé, puis m’avait dit : « c’est bien, vous êtes juste ». Il ne m’avait pas pris, mais je me suis dit : juste, c’est un bon début. Maintenant, il va falloir être vrai.

Pensez-vous qu’Emmanuel Courcol a mis dans Etienne des souvenirs de ses débuts comme comédien ?

Je ne sais pas. J’ai appris assez tard qu’il avait été acteur, lui aussi, et qu’il avait fait beaucoup de théâtre. Ce qui était très agréable, c’est que, dès que l’on abordait les techniques d’acteur, qui pouvaient servir au coaching d’Etienne, il était très précis et il savait exactement comment faire. Comme si l’on faisait un film sur la musique classique, mis en scène par un musicien. Emmanuel ne joue jamais à notre place, il distille des petites phrases que les acteurs peuvent comprendre. Par exemple, la scène où Etienne parle de l’importance du diaphragme dans la respiration. On ne m’a jamais appris ça, on ne m’a jamais vraiment enseigné la technique. Quand j’apprends aux « Godot » à respirer, c’est Etienne qui me l’a montré.

Propos recueillis dans le dossier de presse du film fourni par Memento Distribution.

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