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YouTube & Cinéma : La Manie Du Cinéma

Lorsque l’on parle des grandes figures de ce milieu, les premiers noms qui viendront à l’esprit seront, la plupart du temps, masculins : Le Fossoyeur de films, InThePanda ou Durendal par exemple. Des chaînes à plusieurs centaines de milliers d’abonnés. Pourtant, de plus en plus de voix féminines émergent et impulsent une nouvelle vague avec beaucoup de talent.

Mélanie Toubeau a débuté La Manie du Cinéma en 2017. Si les grosses chaînes du Youtube cinéma sont apparues avant les années 2010, cette nouvelle venue n’a pas attendu très longtemps avant de se faire connaître. Les principes clés de son succès ? Des vidéos conviviales, ludiques et surtout accessibles, autant pour les cinéphiles que pour les fans du dimanche. Mélanie Toubeau s’est entretenue avec Le Quotidien du Cinéma pour nous raconter les coulisses de son parcours !

Une chaîne, une règle mais plusieurs formats vidéos

Le Quotidien du Cinéma : Vous êtes dans le milieu de Youtube depuis plusieurs années en tant que monteuse vidéo pour d’autres chaînes. Pourquoi se lancer dans l’aventure en solo cette fois-ci et pourquoi parler de cinéma ? 

Mélanie Toubeau : Il y a quatre ans, avec des collègues et des amies, nous avons créé l’association Les Internettes, qui a pour but de mettre en avant le travail des femmes sur YouTube et de les encourager à se lancer dans la vidéo. J’étais secrétaire de l’association, impliquée à 100% et pour autant, je n’osais pas lancer ma propre chaîne. J’ai mis plus d’un an et demi à sortir ma première vidéo, qui a malheureusement été enlevée de la plateforme pour droits d’auteur, et depuis je travaille pour créer un maximum de contenu. Depuis septembre 2019, j’essaye de sortir une vidéo par semaine, sur des sujets qui m’intéressent et que j’essaye de partager au mieux. J’ai choisi le cinéma tout simplement parce que ça me passionne. J’ai fait un lycée option Cinéma, un BTS Audiovisuel et j’ai une licence de ciné. Toute ma vie a tourné autour du fait de regarder des films. Mais depuis que j’ai lancé ma chaîne, ce ne sont plus juste les films qui m’intéressent, c’est tout l’univers du cinéma, ceux qui le font, son histoire et son avenir qui me passionnent.

J’ai d’autres formats et je compte en créer pléthores encore

Le Quotidien du Cinéma : Vous avez beaucoup de formats de vidéos différents, tantôt ludiques tantôt divertissants. Comment les choisissez-vous et quelles sont les étapes de leur écriture ?

Mélanie : Au début, je voulais surtout partager et conseiller des films selon des thèmes un peu marrants, comme peut faire l’émission Blow-Up d’Arte. J’ai donc commencé à créer mes Cinécanapé, dans lesquels je conseille 4 films que j’aime. Règle n°1 de ma chaîne : je ne parle que de choses que j’aime.

Ensuite, je me suis vite rendue compte que j’adorais parler avec des gens de leurs goûts cinématographiques, de leurs idées, de ce qu’ils aiment regarder. C’est comme ça que je me suis retrouvée à tourner les Cinéphilons Avec, qui sont des interviews ou discussions avec des personnes que j’estime et qui sont passionnées.

J’aime aussi énormément l’histoire du cinéma et j’avais envie de faire découvrir des anecdotes et des petits contes sur le cinéma. Donc sont arrivés les Pourquoi le Cinéma ? qui sont mes formats les plus simples mais que j’adore. J’ai toujours l’impression que ce sont des petits savoirs « pas forcément utiles » mais que, lorsqu’on les connait, on est content d’avoir appris quelque chose. Un petit plaisir quoi.


Et enfin, mon format le plus gros et qui me demandent le plus de travail, ce sont les Ça Va Cinéma, où je traite de l’actualité cinématographique et audiovisuelle, au sens très large du terme, puisque je peux parler de films mais aussi de l’industrie ou de sociologie. C’est un vrai travail journalistique pour moi, je me fond dans mes recherches, j’interviewe des personnes du milieu, j’essaye de dénicher des informations inédites. C’est un format très niche, mais je prends un vrai plaisir à le faire parce que ça me passionne. J’ai d’autres formats, et je compte en créer pléthores encore, mais ceux-ci sont mes quatre principaux.

Un milieu où peu de femmes sont mises en avant

Le Quotidien du Cinéma : En dehors de l’aspect ludique, vous abordez le cinéma d’une manière très personnelle. On sent l’écriture et la réflexion autour des mots que vous choisissez face caméra. Que représente le cinéma pour vous ? Que vous inspire-t-il ? 

Mélanie : Comme beaucoup, je suis passionnée par le cinéma. Mais je ne m’arrête pas aux films. Je suis passionnée par l’idée même qu’ont eu des ingénieurs il y a plus d’un siècle de capter des images sur un support et de les projeter, je suis passionnée par le fait que certains aient eu envie de raconter des histoires avec cette invention pour divertir le public, je suis passionnée par toutes les émotions qu’on peut vivre lorsqu’on se fait raconter une histoire qui, au final, n’existe pas vraiment. Je crois que j’aime profondément le cinéma parce qu’il nous bouleverse, nous sort de nous-mêmes et nous permet de ressentir mille émotions à la fois. Il n’y a que le cinéma, et ce qui a été créé grâce à lui, qui nous permet de vivre autant de choses tout en restant assis sur notre canapé ou notre fauteuil. Quand on y pense, je trouve ça extraordinaire, presque indicible, tant c’est fou de se dire que ça existe.

Le Quotidien du Cinéma : YouTube est une plateforme relativement ouverte à tous les créateurs de contenu. Cependant, les femmes restent toujours moins représentées ou mises en avant. Même si de nombreuses chaînes féminines gagnent en popularité, cette observation est aussi valide pour le YouTube cinéma. Comment l’expliquez-vous ?

Mélanie : Il y a plusieurs raisons au fait que les femmes soient invisibilisées sur la plateforme, en tout cas, quand elle parle de sujets autres que féminins. Pour le cinéma, c’est dû à deux gros points : le premier, c’est l’individualisme des créateurs. Étant co-fondatrice des "Internettes", partager est pour moi normal, car c’est ainsi qu’on diffuse la culture. Mais beaucoup de créateurs·trices n’ont pas le réflexe de partager le travail des autres. Autant par égo ou parce qu’ils ne se rendent pas compte de la réelle utilité du partage. D’autant plus que, en tant que femme qui parle de cinéma sur YouTube, nous sommes minoritaires.

certains créateurs du milieu se permettent de dire que les créatrices féminines sont moins intéressantes que les hommes


A l’heure actuelle, je n’ai pas les chiffres exacts, mais dans le YouTube cinéma francophone, nous sommes entre 15 et 30% de femmes. Ce qui reste un gros chiffre ! Mais quasiment toutes les chaînes tenues par des femmes ont moins de 10 000 abonnés, qui est un palier plus que symbolique dans ce milieu. Et si nous, par “sororité”, nous nous partageons entre nous, à cause de nos petits nombres d’abonnés, rien n’évolue. Et le problème vient du fait que les grandes chaînes, tenues donc toutes par des hommes, ne partagent quasiment jamais le travail des femmes. Mais c’est aussi dû à un cercle vicieux : peu de femmes sont mises en avant, donc peu de gros créateurs les voient, donc peu parlent d’elles.

Et cela amène au second point qui est le manque de représentativité et donc de rôle modèle. En tant que femmes, on est bien trop souvent confrontées au “syndrome de l’imposteur”, on se remet beaucoup plus en question sur notre travail. Et encore une fois, cela crée un cercle vicieux. Sans compter que certains créateurs du milieu et public se permettent de dire que les créatrices féminines sont moins intéressantes que les hommes.

Avec tout ça, on crée une insécurité dans le milieu de la vidéo YouTube. C’est frustrant et décourageant. On continue néanmoins de créer parce qu’on est là pour ça, mais je pense que c’est plus compliqué pour nous à certains moments de tenir la distance.

Le Quotidien du Cinéma : Nous sommes en train de vivre une période inédite qui bouleverse les plans de tournages ou de production. A-t-elle modifiée vos habitudes de travail ? Comment vous adaptez vous ? 

Mélanie : Le confinement n’a quasiment rien changé à mes habitudes, puisque depuis janvier 2020, j’ai décidé d’arrêter de travailler à temps plein pour me consacrer à ma chaîne. A part quelques piges de montage ou de formations que je peux donner, je suis à 100% sur ma chaîne. Le confinement m’a permis de travailler encore plus, sans “distraction” de sortie ou de vie sociale, même s’il y avait Animal Crossing pour ça quand même ! Après, ça ne m’a pas été favorable plus que ça puisque mes vues n’ont pas vraiment augmenté, à part pour les Ça Va Cinéma, qui semblent beaucoup plaire. Néanmoins, ça m’a permis de me remettre en question sur pleins d’aspects et je pars avec un regain de motivation et moult nouveaux sujets et formats en tête.

Le Quotidien du Cinéma : Si, demain, vous aviez un film à faire voir au monde, lequel serait-il ?

Mélanie : Le premier film qui me vient à l’esprit, c’est Forrest Gump de Robert Zemeckis. Je le trouve très pur, très beau évidemment, avec une histoire qui, on ne va pas se mentir, va très loin. Je trouve que c’est un film assez “parfait”, il nous embarque dans une histoire fantastique, tenu par un jeu d’acteur super naturel et surtout, on y apprend des choses. Ce n’est pas mon film “préféré”, mais c’est un film que je trouve utile et important de voir pour comprendre ce que c’est que “ressentir” grâce au cinéma.

Merci à Mélanie Toubeau d’avoir répondu aux questions du Quotidien du Cinéma ! Si vous voulez découvrir toutes ses vidéos, n’hésitez pas à aller faire un tour sur la chaîne YouTube La Manie Du Cinéma !

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