5 décembre 2021
Netflix

8 Rue de l’Humanité : Un rire masqué

Par François Bour

C'est fait ! Avec 8 Rue de l'Humanité, Dany Boon est arrivé sur Netflix. La création originale du réalisateur, acteur et comique français revient sur un quotidien pas si lointain. Le confinement. Quand il s'agit de vivre dans un immeuble parisien, c'est l'occasion de croiser ses voisins. Notamment aux balcons. Oui mais, voilà, tout le monde n'est pas fait pour s'entendre.

Quiconque connait "Nos chers voisins", diffusée sur une chaine privée française, saura quoi attendre de "8 Rue de l'Humanité". La nouvelle comédie de Dany Boon repose, en effet, sur plusieurs couples ou familles bien identifiées. Ce sont des situations au sein des différents foyers, ou entre voisins, qui sont au cœur de cette comédie. Un film qui profite d'ailleurs d'un casting bien choisi. Dany Boon en père de famille hypocondriaque, c'est une évidence. François Damiens en propriétaire, patron à succès et homme insupportable, c'est une bonne idée. A l'image de l'ensemble de la distribution des rôles. C'est une réussite, mais c'est la seule.

C'est trop de sketchs

Il faut apporter une précision à ce stade. Dany Boon est un réalisateur qui sait faire rire. Au cinéma comme sur scène. D'ailleurs, il maitrise très bien son personnage d'hypocondriaque. Le cinéma lui permet, sans aucun doute d'aller beaucoup plus loin avec celui-ci qu'avec un sketch voir tout un spectacle. C'est tout le problème de "8 Rue de l'Humanité". L'impression d'assister à une suite de sketchs plutôt que voir un film porté par une vraie histoire.

Un constat qui n'est pas nouveau à en croire les critiques des derniers films du réalisateur. Est-ce là la démonstration d'une recette exploitée par Ch'tite biloute ? Le doute s'installe. Avec "8 Rue de l'Humanité", Dany Boon fait, en effet, du Dany Boon. C'est peut être suffisant pour son public, mais tout de même ! Cela ressemble trop à un prime time de "Nos chers voisins".

Dans presque chaque situation, il faut provoquer quelque chose de potentiellement drôle. Il faut comprendre ici que le film repose sur deux univers comiques bien connus et porteurs. Dany Boon donc et François Damiens. Les deux hommes multiplient donc le comique de situation, les punchlines du rire. Et il faut ajouter Yvan Attal en pseudo docteur de laboratoire cherchant le fameux vaccin. A force d'en faire trop, il y a là aussi des effets secondaires indésirables auprès du public.

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Dany Boon - Copyright Kris Dewitte/Netflix

"8 Rue de l'Humanité" est une comédie qui donnera donc quelques sourires. Un film qui provoquera peut être quelques rires. Comme dans tous spectacles, il y a de bons sketchs et il y en a des moins bons. Ici la balance penche dangereusement du mauvais coté en  terme de rire. Mais ce n'est pas le pire. Il est ailleurs.


C'est trop facile

Il faut être précis. Pour faire un film de deux heures, des sketchs c'est trop peu. Il faut de l'enrobage. Les accessoires de la mise en scène en quelque sorte. Dans "8 Rue de l'Humanité", il y en a quelques uns. Des accessoires comme l'un des foyers de l'immeuble. Clairement en retrait par rapport aux autres. Mais, surtout, des accessoires comme l'émotion et les bons sentiments.

Assister à l'amour naissant entre les deux jeunes enfants de l'immeuble, c'est mignon. Cependant, malgré la bonne prestation des deux jeunes acteurs, ce ne sont que deux enfants se découvrant l'un l'autre. Par contre, mettre une double couche d'humanité autour du covid, c'est presque un aveu de faiblesse. Tout comme le rappeler dans le titre (eh bien oui ! Vu l'adresse, ils ne vont pas tous se détester). Les circonstances exceptionnelles ont amené des situations inédites. Des petits bonheurs comme des drames.


Il y a trop de pathos

C'est sur ce point que ce trouve une facilité coupable. Celle de la victime du covid au sein de cette petite communauté, ou celle de la patronne de bar à l'arrêt. Tout se petit monde se retrouve, ou pas d'ailleurs. Cela amène forcément vers le bon sentiment, la situation touchante voir carrément la scène bien chargée en pathos. C'est sur ces points que le long-métrage provoque les effets secondaires. Venir chercher l'émotion avec des pancartes en cartons, ce n'est pas gagner à vrai dire.

"8 Rue de l'Humanité" est un film qui n'est pas vraiment compliqué. C'est une extrapolation de tous les bons et les mauvais coté de la vie en confinement. Du vécu pour, sans doute, beaucoup de personne. Toutefois, avec la caricature humoristique en plus. Alors ça rappellera sans doute des souvenirs au public, ça touchera peut être les êtres les plus "fleur bleue", mais c'est surtout une comédie. Une comédie qui enchaine les sketchs sans trouver le liant adéquat. Sachant que les bons sentiments, à eux seuls, n'en sont pas un. Alors entre des voisins pas très drôles et des petites histoires pseudo-attendrissantes, l'ambiance au "8 Rue de l'Humanité" n'est pas si attrayante. Mieux vaut passer son chemin.

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