23 novembre 2020
Netflix

After Life : Le paradis de l’ordinaire

Par Alexandre Duquesne


A la lecture du synopsis de la série "After Life" (que l'on peut voir et/ou revoir sur Netflix), créée par Ricky Gervais, il y a de quoi être perplexe. Quel cinéphile serait assez fou pour oser trouver cela attirant ? c’est peu dire que le pitch dégouline de monotonie et de déprime. Tout semble avoir été pensé pour étouffer la moindre velléité de commencer cette série

C'est quoi cette série ?
Entre alcool et solitude, Tony ressasse le passé de sa vie de couple heureuse via des enregistrements vidéos. Heureusement, notre homme a la chance d’avoir un travail, guère passionnant, puisqu’il est correspondant d’un journal spécialisé dans les histoires de chiens écrasés...

Série en cours de production - Saison 1 - Avec Ricky Gervais, Tom Basden, Kerry Godliman


Au départ donc, vous y allez, à reculons. Au fil de la première saison, cela sent un peu mauvais, mais après tout, vous les plus téméraires d’entre nous ont certainement déjà vu de bons films bâtis sur des scénarios bien plus glauques encore, telle une belle construction sur pilotis surmontant une mer constituée d’immondices.

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Ricky Gervais - Copyright Netflix
Le goût de l'amertume
Pour oser une autre comparaison plus aisée, de type culinaire, cette fois, peut être que vous avez peut-être aussi sûrement déjà surpassé, un jour, cette peur de tester des spécialités locales ou des aliments qui vous semblaient ragoûtants ou repoussants à première vue... avant de trouver ce plat exotique plutôt convenable après seulement quelques bouchées !

Les premières bouchées d’"After Life", c’est un peu ça. Particulièrement amères, elles sont avalées assez difficilement. La caméra suit notre dépressif dès son réveil, en nourrissant son chien, puis au travail...Et comme promis, rien n’est particulièrement stimulant, à part cette haine farouche que Tony cultive pour ses semblables. Dans ces conditions, il traîne parfois dans notre esprit la petite idée de mettre un terme à cette triste représentation de la déchéance d’un homme...jusqu’à l’épisode suivant, qui nous incite à persévérer quand même, histoire de savoir jusqu’où il ira « toucher le fond » avant de relever.

"After Life" laisse l’extraordinaire à d’autres séries. Pas de meurtres, de complots, de scènes d’action éclatantes, de décors ou de costumes somptueux, ni même de péril imminent. Peu de plan serrés, de visages extrêmement expressifs, mais plutôt des plans larges, plein pied ou lointains, comme si la caméra aimait à s’éloigner de ses sujets.

Cette série (d’origine anglaise) préfère cultiver avec beaucoup d’attention la singularité de ses personnages, personnages pour la plupart interprétés par des acteurs généralement peu connus du grand public de ce côté de la manche.

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Le casting de la série - Copyright Netflix
La morosité humoristique
Pour vous donner un petit aperçu du petit monde grouillant dans la vie de Tony, voici un panel : ll y’a le postier j-m’en-foutiste mal rasé et habillé comme un as de pique, le psychologue dérangé, la cruche de service au journal, le directeur de publication trop bon, trop con… Un microcosme pas très difficile à appréhender pour le commun des mortels, et qui alimente allègrement les réflexions désabusées de Tony (comme autant de cris provenant d’un cœur encore meurtri par le deuil !). Car ce que l’on remarque, surtout, au bout de quelques épisodes, ce sont les côtés très attendrissants dans l’attitude de Tony, cet antihéros par excellence qui bonifie avec le temps au contact d’un entourage formé de bric et de broc.

Peut-on envisager de l’humour dans un cadre aussi morose ? C’est assez stupéfiant, mais l’humour est bien présent, avec certaines scènes vraiment caustiques et finalement assez représentatives du monde d’aujourd’hui. Car oui, cette note humoristique pousse aussi dans ce paradis de l’ordinaire qu’est "After Life", et plus particulièrement dans le pré-carré des sujets traités par un journal sans ambition.

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