27 octobre 2020
Netflix

All Day And A Night : Juste l’histoire d’un homme ?

Par Léa Delaplace


"All Day And A Night" propose une immersion dans l’introspection et la vie de Jahkor Abraham Lincoln, un Américain noir, un père, un « cousin », un ami, rattrapé par des vices hérités de son père et de son milieu social. Plongée immédiate au cœur des communautés noires des États-Unis où violence, drogue et égo font la loi.

Cette fiction a de quoi nous faire frissonner tant elle est vraisemblable et pourtant peu enviable. Jahkor commet l’irréparable : un double meurtre de sang-froid. Les gouttes de sueurs coulent sur son visage. Les familles des victimes, de l’assassin, sa femme…tous demandent une seule chose : « est-ce que l’on a le droit de savoir pourquoi ? ». Ce à quoi se résout de répondre les deux heures qui suivent. La raison est multifactorielle, une combinaison de comportements, de paroles et de relations contre lesquels Jahkor a longtemps lutté. Jusqu’au jour où tout déraille : il passe de l’autre côté et sa vie bascule jusqu’à la case prison. Entre ces quatre murs, il se soumet à une introspection de sa vie pour comprendre. Quatre murs qu’il considère avoir toujours connu mais sous une autre forme : son quartier.

Ils nous brisent au lieu de nous intégrer à leur putain de système
Extrait du film

Dans ce quartier d’Oakland, en Californie, où vivent majoritairement des Américains noirs, chacun cherche une solution pour s’en sortir avec plus ou moins de raison et de lucidité. Certains optent pour le trafic de drogues, d’autres tentent vainement de s’en sortir par la voix du mérite, remplis d’espoir. Car dans ce quartier de « l’Amérique, (où) c’est comme ça que ça marche », les revendications sont silencieuses. Dans ce long-métrage, elles prennent une voix criante, entendues par un spectateur qui engrange sans pouvoir rien y faire. Les « petits-coups de couteau », Jahkor en a reçu toute sa vie. De par la société qui marginalisent les Noirs comme lui. De par son père qui le bat et le frappe pour lui apprendre à devenir un homme de ce quartier. De par les Blancs qu’il voit dans le magasin où il travaille.

histoire d’un quartier ou histoire d’un homme ?
Ashton Sanders et Jeffrey Wright - Copyright Netflix

La lutte intérieure du jeune homme le tiraille. Aller vers le droit chemin ? Celui emprunté par son meilleur ami, Lamark, qui y a perdu ses jambes. Celui que sa mère a toujours voulu le voir prendre. Trouver une place dans le business de la drogue ? Un tracé de vie plus lucratif mais plus dangereux. Cette voix l’appelle par les voies de son « cousin », comme tous s’appellent dans le quartier, son autre ami d’enfance qui, lui, vit de deals, de magouilles, de poudre.

Comme tous les blacks du quartier, j’essaie de devenir riche
Extrait du film

"All Day And A Night" nous montre l’atmosphère de ces quartiers, redessinés en « territoires », où la loi des gangs prime sur la loi fédérale. Une hiérarchie s’y est fondée sur le crime et l’argent, créant des individus dénués d’humanité et d’empathie siégeant les poignets pleins de bracelets or dans des canapés de faux cuir. Ce tableau inquiète, dénonce et interpelle. On y découvre sans préavis la violence de ces quartiers, la loyauté qui y naît et se perpétue jusque derrière les barreaux, la guerre des gangs. Et indirectement, le spectateur s’interroge sur l’espoir : y en a-t-il pour ces hommes et ces femmes ? À travers la vie des personnages, il semblerait que non, naître dans ces quartiers, c’est naître entre quatre murs et en sortir paraît une péripétie à laquelle peu se confrontent. Ou y paient un lourd tribut.

Joe Robert Cole réalise ici un déplaisant mais honnête drame, mettant de nouveau en avant de problématiques propres aux communautés noires américaines – "Black Panther" et "The people VS O.J Simpson : American Crime Story" disponible sur Netflix -. Ses scènes sont lentes et nous offrent une immersion efficace, bien qu’elles tirent parfois sur la longueur. La voix de Jahko, celle d’Ashton Sanders (Moonlight, aussi sur Netflix) est posée et profonde, narrant tantôt ses pensées, et sortant tantôt de la bouche du personnage. Les mots choisis, les tournures de phrases sont justes, elles marquent bien que parfois tendent vers ce qu’on pourrait qualifier de belles paroles. Pour raconter l’histoire du jeune homme qui se veut universelle, Joe Robert Cole opte pour une superposition de trois histoires, le lointain passé, le passé et le présent de Jahkor. "All Day And A Night" nous offre, à travers sa réalisation et son scénario, la réponse tant attendue à ce « pourquoi ? » ainsi qu’une réflexion pertinente sur celle-ci.

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