24 septembre 2021
Netflix

Control Z : iPhone en mode explosif

Par François Bour


Classée comme la cinquième série la plus consultée au moment de la sortie de sa deuxième saison "Control Z" est une série à succès. Cette production mexicaine de Netflix, arrivée en 2020, est dans l’air du temps. En mettant en exergue une réalité trop souvent ignorée des parents.

C'est quoi cette série ?

"Control Z" met en scène les lycéens d’un établissement mexicain huppé. Tous sont menacés par un hacker ayant accès à leurs portables pour divulguer leurs secrets les plus intimes, lesquels ont déclenché des drames inévitables. Une élève outsider Sofia va devenir le seul espoir des étudiants pour trouver le hacker, qui sévit au lycée.

2 saisons (en cours) - 16 épisodes - Avec Ana Valeria Becerril, Michael Ronda, Yankel Stevan

Aujourd’hui, la rubrique des faits divers ne relate pas quotidiennement le nombre d’accidents, d’homicides involontaires ou de suicides au lycée. Il faut bien le dire, ce qui se passe aujourd’hui dans les lycées peut parfois surprendre, choquer, tuer. "Control Z" est une série qui prend le parti de montrer un visage peu reluisant de la jeunesse mexicaine. Dans un pays où la violence est omniprésente. Pour autant la série ne se focalise pas sur la violence physique, mais bien sur la violence psychologique. Avec le harcèlement moral comme thème principal.

L’image du ou des bourreaux qui font vivre un enfer à un ou plusieurs élèves discrets est une réalité qui existe depuis toujours dans le système scolaire. Seulement, au 21e siècle, la brutalité ne l’illustre pas par des coups portés, mais par des commentaires, des photos volées, des montages dégradants. Pour faire mal, il suffit de sortir son téléphone portable.

L’iPhone, la nouvelle boîte de pandore

"Control Z", c’est une génération née avec les réseaux sociaux, les groupes Whatsapp. Née avec l’anonymat faussement protectrice d’Internet. Une jeunesse qui grandit avec la désinhibition qu’entraîne le monde numérique. Entre profils provocateurs et « nudes », entre expériences de l’interdit et effet de groupe, dans une quête de likes et d’une certaine popularité. C’est dans cette réalité bien souvent ignorée des parents que la série va s’inscrire. Dès les premières minutes de la série, le décor est planté. Les téléphones portables, les réseaux sociaux sont à eux deux, la nouvelle boîte de pandore. L’arme d’une jeunesse avide de spectacles morbides alimentés de moqueries, d’humiliation, de violence et de sexe. Alors lorsqu’un Hacker est en capacité de révéler les secrets de tous, l’ambiance va rapidement se tendre.

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Yankel Stevan et Ana Valeria Becerril - Copyright Ana Cristina Blumenkron/Netflix

Le réseau wifi du lycée est piraté pour ouvrir un accès caché sur chaque téléphone qui s’y est connecté. À savoir ceux de tous les élèves. Chez un adolescent ou une ado de 17 ans, avoir accès à son iPhone ou autre galaxy, c’est justement avoir accès à sa galaxie, son monde et surtout ses secrets. Tout commence lorsqu’un montage est diffusé dans l’auditorium du lycée. Une vidéo émanant d’un compte intitulé « tousdessecrets » et qui révèle Isabela, la bimbo du lycée, comme étant une jeune femme transgenre. Une vie qui bascule de bimbo à victime.

"Control Z" est un « teen drama » qui a la bonne idée de faire d’une de ses teens, une enquêtrice au sens de l’observation digne de Sherlock Holmes. Sofia, l’héroïne principale, est une fille pas comme les autres. Alors lorsque la course aux secrets est lancée par le hacker, elle décide de prendre les choses en main, encouragée par ses camarades. Seulement voilà, comme lors d’une intrigue avec un tueur en série, une seule vie bouleversée ne suffira pas à faire avancer les investigations. De secret en secret, les visages des uns et des autres changent. La violence des mots s’accroît au rythme des révélations.

Un traitement adulescent

"Control Z" correspond à une tendance actuelle. À l’image de la série espagnole à succès "Élite". À savoir instaurer une intrigue adulte au cœur du monde des ados. Meurtres, règlements de comptes, trafic de drogue, abus sexuels et harcèlement. Tout cela au cœur d’un lycée et presque à l’insu des adultes. Si cela semble parfois excessif, il n’est jamais question d’être pleinement dans un récit fictionnel. Le cinéma a ses sagas "Hunger Games" et "Divergente", là où la fiction prend le pas sur la réalité. Par une époque trop éloignée du quotidien d’aujourd’hui.

Dans ces séries qui cartonnent sur Netflix, la fiction semble juste exacerber une réalité sous-jacente. Découvrir les secrets de ses camarades, voir leur vrai visage, braver des interdits en amis, se livrer à des expériences d’adulte est un passage presque obligé de l’adolescence. "Control Z" comme Élite ne font, finalement, que monter le curseur de la perfidie qui entoure cette période de vie de nos jours.

"Control Z" n’est pas une série à minette. Même si les beuveries, le petit monde de qui couche avec qui sont bien présents. Les personnages principaux restent des ados. Mais ces ados-là sont cruels. La série dénonce la personnalité de cette jeunesse en mettant en exergue ses défauts. En mélangeant une intrigue adulte à des attitudes et des comportements d’adolescents, les rebondissements sont nombreux et un drame majeur finit par se produire. Lorsque les ados prennent le pouvoir et sont confrontés à une réalité plus adulte, ils perdent le contrôle, sans pouvoir revenir en arrière comme ils peuvent le faire grâce à un raccourci clavier sur leurs outils numériques.

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Copyright Ana Cristina Blumenkron/Netflix
Deux enquêtes, de multiples coupables, mais un seul procédé

Lorsqu’une bombe explose, il faut un commanditaire, un détonateur, un explosif pour engendrer une explosion, une déflagration et des dégâts. Sans oublier les décombres au milieu des survivants et des enquêteurs. La première saison de "Control Z" reprend ce principe. Le hacker manipule des kamikazes qui révèlent des secrets détonants pour faire exploser la vie des uns et des autres. Des déflagrations qui dégradent l’ensemble du lycée pour faire un maximum de dégâts au milieu desquels chacun tente de vivre. Alors que dans le même temps la jeune Sofia observe les traces de chacune de ces explosions pour en trouver l’origine. Au péril de ses propres secrets et non sans rebondissements sentimentaux.

Comme dans la vraie vie, une explosion au sens propre comme au sens figuré ne laisse ni indemne ni indifférent. Chaque personnage va donc changer de visage au fur et à mesure. La situation globale va se détériorer, les relations entre les uns et les autres vont être aussi instables que les émotions chez un adolescent. Le hacker n’est pas le personnage principal, il n’est que le déclencheur. Le personnage principal, c’est tout le lycée, ados et adultes compris. Des classes, en passant par la direction de l’établissement en passant par les parents d’élèves. Dès lors, la première saison a tous les éléments pour être un produit unitaire. Une fois les secrets dévoilés, le hacker démasqué, la série est censé perdre tout son intérêt. Pour autant, les scénaristes font le choix d’une fin avec un cliffhanger. Des bombes font autant de dégâts psychologiques que physiques.

Jamais 2 sans 3

La saison 2 repart donc de plus belle avec une fois encore les portables et les réseaux sociaux comme arme. Mais avec une motivation différente. La vengeance. Il ne s’agit plus de créer l’anarchie, la panique et de multiplier les explosions, mais plutôt de régler ses comptes avec les survivants au milieu des décombres encore fumants. Compter les morts, chercher ceux qui n'auraient pas dû survire aux explosions. Et à l’image d’une série comme "13 Reasons Why", faire de la culpabilité le thème central. Puisque chaque explosion fut générée par un kamikaze autant victime que bourreau. La deuxième saison exacerbe les retombées, les blessures et autres syndromes post-traumatiques des explosions de la première saison.

"Control Z" est une série dont le récit reprend bien le principe d’une bombe. Deux touches de clavier suffisent pour la déclencher sans jamais pouvoir revenir en arrière. Et alors que la saison 2 se termine à nouveau sur un cliffhanger, la saison 3 est celle du danger. Celui de la répétition et de l'usure de la mécanique scénaristique. Les drames à répétitions dans le microcosme lycéen risque de déconnecté la série de la réalité. Or c'est justement sa proximité avec celle ci, par les thèmes qu'elle aborde, qui fait son intérêt. Du moins après seize épisodes.

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