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Des vies froissées : Triste à mourir

Par Clara Laine

Direction Istanbul pour cette production Netflix où on suit Mehmet, habitant apprécié qui gère la déchetterie du quartier, aide les gens dans le besoin, surtout les enfants et adolescents sans abri dont il ne connaît que trop bien les difficultés. Une histoire qui ne va pas vous donner le sourire mais qui va peut être vous émouvoir.

Louise Maheux-Forcier a écrit : « une seule enfance est supportable : la nôtre ». Pas sûre que vous soyez d’accord avec elle après avoir vu "Des vies froissées", ce film turc, qui risque fortement de vous arracher le cœur. Can Ulkay n’y ménage pas son spectateur et, si on se doute dès les premières minutes qu’il vaut mieux fermer l’onglet « Netflix » si l’on s’attendait à une comédie, on est loin d’imaginer l’état dans lequel on va finir le visionnage.

En effet, toute la force de ce drame social réside dans son dénouement : je ne peux vous en dire plus au risque de vous gâcher la surprise, mais, ce qui est sûr, c’est que la claque finale que donne Can Ulkay achèvera de vous convaincre de son talent. Le réalisateur s’appuie aussi largement sur les performances de Çağatay Ulusoy et Emir Ali Dogrul : ces deux acteurs portent admirablement le long-métrage sur leurs épaules et font preuve d’une justesse impressionnante. Mention spéciale à l’alchimie qui émane de leur duo et qui m’a bouleversée à plus d’une reprise : peu importe les années qui les séparent (on a en effet affaire à un enfant et un homme), on arrive vite à la conclusion que les traumatismes n’ont pas d’âge et on est soulagé que Mehmet et Ali soient tombés l’un sur l’autre.

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Si l’émotionnel n’avait pas pris le dessus à plusieurs reprises, il est vrai que j’aurais pu me montrer critique sur le parti pris un peu facile du pathos lors de certaines séquences dans "Des vies froissées". Toutefois, je serai de mauvaise foi si je m’étendais sur ce sujet dans la mesure où j’admets bien volontiers avoir versé une larme, et peut-être même plusieurs. Dès lors, je pardonne aisément ce qui pourrait être qualifié de facilité dans le traitement d’un sujet si douloureux : cette grandiloquence est d’ailleurs tempérée par la qualité du casting. En effet, à aucun moment Çağatay Ulusoy, ni Emir Ali Dogrul ne font tomber leurs personnages dans le cliché et c’est ce qui sauve certains dialogues.

Outre cette petite réserve, je vous encourage à faire preuve d’un peu de curiosité et à consacrer une heure trente-sept de votre vie à "Des vies froissées" qui vous trouera le ventre. Ce n’est pas une histoire oubliable, dans la mesure où elle a une saveur cruellement amère de par sa crédibilité. Pour autant, il m’est arrivé de sourire à plusieurs reprises (notamment grâce au choix de la BO qui est une vraie plus-value) et je crois c’est que le fait que Can Ulkay ne condamne pas l’espoir dès le début de son film qui est le plus impactant : il laisse croire au spectateur jusqu’à la dernière minute que la vie peut l’emporter sur la mort et, quelque part, c’est dans cette illusion que réside toute la force de son œuvre.

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