20 janvier 2022
En Une Netflix

Don’t Look Up : Adam McKay revient sur terre

Par Stanislas Claude

Alors que "Don’t Look Up" est disponible sur Netflix, il faut reconnaitre que Adam McKay est devenu, au fil de ces films, un réalisateur très attendu. Après une première partie de carrière plutôt consacrée à des comédies désopilantes sans vrai relief, il a changé de braquet avec l’excellent "The Big Short" (sorti en 2015). Puis, il a confirmé avec "Vice", en 2018 avant de créer une attente phénoménale pour "Don’t Look Up". Le casting 3 étoiles, avec notamment Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence en têtes d’affiche, y est pour beaucoup. Quant au réalisateur, il perd un peu de sa vista en sacrifiant le film à thèse sur l'autel de la farce. McKay transforme cette critique des travers médiatiques américains en parodie plutôt qu’en brûlot acerbe.

Une critique des réseaux sociaux et des médias

On le sait bien ! Adam McKay ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de prendre pour cible les avanies diverses du système américain. "The Big Short" s’attaquait avec emphase aux raisons profondes de la crise des sub-primes en 2008 (identifiée par quelques outsiders quand personne ne croyait à la catastrophe financière à venir). "Vice" avait pris pour cible le super vice-président Dick Cheney de George Bush Jr. Cette bête politique et arriviste fini privilégiant toujours son intérêt personnel à toute autre considération. Deux films à charge hyper-réalistes, très bien construits, avec des montages nerveux et des images choc. L’hyper-réalisme en question servait les propos avec deux films au lance-flammes, remplis de propositions pertinentes et judicieuses.

"Don’t Look Up" perd un peu le fil de ces intentions qui font mouche. Le réalisateur privilégie la satire et la farce plutôt que l’explication rationnelle. Les sarcasmes sont omniprésents dans un film qui ne s'élève jamais bien haut. Même si le sujet se veut totalement invraisemblable sans être impossible. Une comète dirigée tout droit vers la terre dans un horizon, si loin si proche, de 6 mois. Le film montre surtout que les complotistes de tout poil sont toujours décidés à contrecarrer les bonnes intentions avec des théories fumeuses et surtout sans fondement. Le parallèle avec la pandémie mondiale actuelle n’est pas sans faire réfléchir sur notre monde.

Une histoire aux traits volontairement grossis

Les deux personnages principaux du film sont un duo de scientifiques binoclards sans aucune jugeote pour se débrouiller face aux médias. Ils comptent bénéficier de leur légitimité de spécialistes pour convaincre. Toutefois, l’époque n’est plus au respect de la sainte parole scientifique. Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence interprètent ces deux spécialistes abasourdis d’avoir identifié une comète se dirigeant vers notre planète. Ils veulent prévenir, avertir, alerter. Pourtant, leurs tentatives se brisent sur les rochers de la réalité de notre monde moderne.

Pas de peur collective ni d’émergence d’une solidarité planétaire, mais du sarcasme ! Le prof est la risée de tous par sa maladresse face aux médias. La doctorante est perçue comme une sorcière sordide. Ils ne convainquent ni la présidente Meryl Streep, ni les journalistes friands de fake news et de sensationnel. Tous deux sont trop purs pour la cynique scène médiatique. Ainsi, le parallèle avec notre époque de pandémie n’est pas sans pertinence.

critique-dont-look-up1
Timothée Chalamet, Leonardo DiCaprio, et Jennifer Lawrence - Copyright NIKO TAVERNISE/NETFLIX

Deux ans maintenant que les solutions sont tournées en dérision sous des prétextes sans fondement. Les hôpitaux se remplissent. Les soignants sont débordés. Les morts s’accumulent. Mais non ! La vaccination n’est pas prise au sérieux sous prétexte d’une sacro-sainte liberté individuelle. "Don’t Look Up" reporte le même type de mépris pour une parole scientifique roulée dans la gadoue. Même l’imminence de la disparition de la vie sur Terre n’est pas prise au sérieux.

La présidente interprétée par Meryl Streep, la journaliste au rôle de vamp tenu par Cate Blanchett, le conseiller présidentiel sous les traits de Jonah Hill, tous cherchent surtout à tirer profit de la situation, jusqu’à la caricature. Les 2 protagonistes principaux n’ont pas les codes pour utiliser les médias sans voir l’opinion publique se retourner immanquablement contre eux. Leurs avertissements se changent en autant de prétextes pour les tourner en dérision. Leurs arguments, confirmés par toute la communauté scientifique, deviennent irrévocablement contre-productifs.

La farce plutôt que la crédibilité

Le rôle de Leonardo DiCaprio, en scientifique père de famille binoclard aux chemises de bucherons, n’est pas à la hauteur de son talent. Hélas ! Quant à Jennifer Lawrence, elle devient une hystérique incapable de présenter ses arguments sans hurler. Une fois de plus, le montage de McKay allie dynamisme et pertinence, avec ces images mélangées de quidams et d’évènements historiques. Cela fonctionnait complètement dans "The Big Short". Mais ce procédé n'a pas la même portée ici.

Le ton grinçant et cynique réussissait à Brad Pitt, Steve Carell, Ryan Gosling et Christian Bale dans "The Big Short". Cela l'est bien moins dans "Don’t Look Up". Le ton vire trop souvent à la farce gratuite pour des situations plus ridicules que crédibles. Quand bien même cette facette ridicule n’est pas loin de rappeler des personnages qui existent réellement. Si la manipulation des médias (avec l’utilisation de fake news et des analyses légères) fait sourire, avec l’accumulation d’analyses gratuites, le pire reste cette risée des scientifiques par une vox populi embrasée par quelques profiteurs. Quant aux réseaux sociaux, ils sont présentés comme de vrais ennemis de la démocratie, pas loin de la réalité, donc.

Absent du cinéma depuis déjà quelques années, DiCaprio fait un retour sur la pointe des pieds avec un rôle des plus mineurs. Jennifer Lawrence est également de retour pour une prestation en mode diesel. Meryl Streep est parfaite en présidente incompétente au sourire bright (véritable version féminine de Donald Trump). Mark Rylance est la vraie bonne surprise du film en clone très convaincant d’Elon Musk, immensément riche et l’égal des plus grands dirigeants du monde. La preuve que la puissance de l’argent a pris le pas sur les gouvernements.

Le casting des plus prestigieux demeure la vraie bonne raison de voir un film très divertissant, drôle, mais sans la portée de ces prédécesseurs. "Don’t Look Up" est ainsi un film extrêmement divertissant et au propos d’une grande actualité, mais le regarder une seule fois suffit pour quelques beaux sourires, rien de plus. Donc, bien loin de ce qui était attendu...

ça peut vous interesser

The Chef : Cauchemar en cuisine

Rédaction

Conférence : Le poids du souvenir

Rédaction

Nightmare Alley : Sinueux et retors

Rédaction