5 décembre 2020
Netflix

Frères de Sang : Black Live Matter

Par Pierre Delarra

Si « Nola Darling n’en fait qu’à sa tête », Norman, lui, est toujours dans la Tourmente. « Frères de Sang" (diffusé par Netflix depuis le 12 Juin) est le dernier film du réalisateur Spike Lee, 63 ans, né à Atlanta (Géorgie) mais vivant à Brooklyn, un New Yorkais de pure souche.

Le cinéaste est prolixe, on compte à son actif pas moins de vingt-cinq longs métrages, quinze documentaires et six courts métrages. Comment ne pas passer à côté de cette production en ces temps où l’Amérique souffre tellement d’elle-même, de son âme mais aussi de sa violence ; le meurtre de George Floyd quasiment filmé en direct sur les chaînes de télévision américaines en est malheureusement le point d’orgue dont le réalisme hélas nous fait froid dans le dos. Cette mort honteuse laisse ce film pour le moins glaçant, il nous poursuit nous aussi français et européens dans nos propres banlieues centre même d’une déshumanisation sans cesse amplifiée, aberrante. Quel est cet incroyable maelström qui fauche noirs et blancs, riches et nécessiteux dans d’absurdes bains de sang et fin de vie.

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Mais revenons à cet incroyable casse-tête que fut le Viêt-Nam, le bourbier de l’Amérique. Comment passer après "Apocalypse Now", "Full Metal Jackett", "Platoon", "Voyage au bout de l'enfer", "Né un 4 Juillet", "Good Morning Viêt-Nam" voire même après "Hamburger Hill" ? La liste est aussi longue que la blessure est profonde. Tous ces films nous montrent une chose, les guerres sont faites pour détruire les hommes. La richesse de Spike Lee avec "Frères de Sang" n’est peut-être pas dans son scénario, mais très certainement dans ses dialogues et les échos de John Huston avec Humphrey Bogart dans "Le Trésor de la Sierra Madre" résonnent encore ; car, pour trouver le trésor, il faut trouver le soldat Norman et le personnage de Paul (sublime Delroy Lindo) en est la clef : « Récupérer cet or est notre honneur… Je vois des fantômes… On sera toujours les déglingués de l’intérieur. » De même, la force du réalisateur est bien souvent entre le drame et la comédie tout en martelant que le drame est l’essence même de la comédie humaine.

"Frères de Sang", bien qu’un peu long (154’), est ambitieux par son propos car il mord telle l’exergue de la casquette « Make America Great Again » notée sur le front d’un prodigieux Jean Reno en réactionnaire tout droit sorti de notre boueuse guerre d’Indochine, imitant bêtement Donald Trump. Alors l’avenir de nos quatre vétérans afro-américains est d’avoir pu retrouver leurs chefs et quelques lingots d’or et de continuer leurs vies augmentées de ce retour d’une guerre qui pour le coup est devenue intérieure. Les ravages de la guerre demeurent toujours durables.

Gageons un bel avenir pour ce film qui marquera, à ne point en douter, les Oscars 2021, mais qui portera aussi Spike Lee à la présidence du prochain Festival de Cannes.

Pour en savoir plus, le podcast proposé par Les Aventuriers des Salles Obscures :

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