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Halston : Une bio franchement évitable

Par Emmanuel Francq

Chaque nouvelle série de Ryan Murphy, producteur de "Nip/Tuck", "American Horror Story", "Glee" ou encore "911", suscite une poussée d’adrénaline. On se dit : « Chouette ! Comment va-t-il encore nous surprendre ? » Visible sur Netflix, ce biopic d’un célèbre couturier marque le retour d’Ewan McGregor ("The Ghost Writer", "Star Wars : La Menace Fantôme").

C'est quoi cette série ?

La mini-série "Halston" suit le légendaire créateur de mode, alors qu’il crée un empire mondial de la mode inspiré par un seul nom : son deuxième prénom, synonyme de luxe, de sexe, de statut et de célébrité, définissant l'époque dans laquelle il vit, le New York des années 1970 et 1980. Mais un rachat hostile l'oblige bientôt à se battre pour le contrôle de son bien le plus précieux : le nom Halston lui-même.

1 saison - 5 épisodes - Avec Ewan McGregor, Bill Pullman, Rebecca Dayan

Je ne sais pas si ce nom vous disait quelque chose avant d’entendre parler de cette nouvelle minisérie mais de mon côté, Halston m’était totalement inconnu. Sans doute comme vous, la seule fois où le monde de la mode m’a un tout petit peu intéressé, c’était dans la série "Miami Vice" (1984) où des flics undercover se trimballaient en costumes Armani, Hugo Boss et Versace. "Le diable s’habille en Prada" (2006) était également intéressant, avec une Meryl Streep odieuse à souhait dans un rôle inspiré de la vraie Anna Wintour qui fait toujours la pluie et le beau temps sur la mode internationale via l’édition américaine de « Vogue » qu’elle dirige depuis 1988.

Halston révolutionne la mode

Pourtant, Roy Halston Frowick fait partie intégrante des grandes figures ayant marqué les années 70 comme Jim Morrison des « Doors » ou Andy Warhol. Un « génie » de la mode se pavanant parmi l’élite new yorkaise d’alors, faisant notamment les grands jours du fameux « Studio 54 », mythique boîte de nuit où sexe, drogue et mort s’entrechoquaient dans un délire psychédélique au son disco (on se souvient du film "54" de 1998 avec Salma Hayek, Mike Myers, Ryan Philippe et Neve Campbell).

A priori, on peut se demander ce qui a intéressé Ryan Murphy dans ce personnage. Son homosexualité ? Pas vraiment original puisque d’autres grands noms de la haute couture l’étaient, en cachette ou avoués. Son talent ? D’autres en avaient autant, qu’on pense à « Versace » (dont Murphy a aussi tiré une saison d’"American Crime Story"), Christian Dior ou encore Karl Lagerfeld, disparu en 2019.

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Ewan McGregor - Copyright ATSUSHI NISHIJIMA/NETFLIX

Ce qui semble avoir intéressé le producteur réside plus dans la peinture d’une époque où tout semblait permis, plus qu’un personnage odieux et terriblement imbu de lui-même. A cet égard, on n’est pas du tout épaté par la prestation d’Ewan McGregor qui en rajoute une couche, cigarette tenue haut la main et distribuant son arrogance à quiconque comme des flics donnent des coups de matraques aux quidams qui n’étaient pas au bon endroit. Quand on regarde le « vrai » Halston sur « You Tube », on ne le trouve pas aussi prétentieux. A cet égard, la minisérie insiste trop lourdement sur cet aspect de sa personnalité, comme pour meubler le vide du scénario. Merci, on avait compris.

Décadence et rédemption

Autant le personnage et son interprète déplaisent, autant l’ambiance décadente et rédemptrice des années 70 intrigue. Il y a les costumes et robes extravagantes, l’effervescence autour d’un défilé à Paris où d’autres grands noms concurrencent Halston, la décadence du « Studio 54 », les amants d’une nuit, les sniffs de coke, la sodomie… On retient surtout Liza Minnelli dont il fait son égérie - chapeau bas à Krysta Rodriguez, complètement en osmose avec la star de « Cabaret » - le seul réel personnage intéressant de la minisérie par son humanité et qui, par un curieux transfert, exprime les émotions qu’Halston refoule. On apprend aussi qu’il a eu une enfance traumatisante et que bon oui, le pauvre, il n’a plus que son talent et son arrogance pour survivre dans le monde éphémère de la mode. Un milieu qui nous est décrit tel qu’on le perçoit : cruel, cupide, superficiel et inintéressant. Restent des costumes, des décors et des couleurs pour meubler le temps et remplir l’œil à défaut du cerveau.

Telle une gravure de mode, Halston se contente de poser et de rester cintré dans son arrogance et ses certitudes. Gravitent autour de lui toute une série de personnages irritants comme Victor Hugo, surnom de son petit ami latino, caricature homo toute droite sortie des « Village People ». Une peinture assez méprisante du milieu gay. Seuls Joe Eula (David Pittu) et David Mahoney (Bill Pullman) relèvent la sauce mais ils n’ont pas un temps de présence suffisant pour qu’on les trouve plus sympas que ça. Une seule scène (la critique de théâtre) vers la fin nous rend Halston brièvement attachant mais elle dure une minute à tout casser.

Comme Netflix nous vend sa nouvelle machine sous forme de descente aux enfers, on se dit : « Qu’est-ce qui va donc bien arriver à ce « Je me je » ? » Pas grand-chose tant le déroulé du récit manque de peps, de folie, d’inventivité, de tout ce qui aurait pu relever le niveau. On sent que c’est plat et on se fiche assez de ce qui lui arrive au final, ne voyant là que le portrait d’un arrogant imbuvable et vendu sous toutes ses formes. Non contactée pour participer à ce portrait, la famille du couturier vient de faire connaître son mécontentement en qualifiant la minisérie de « fiction imprécise », ce qui a attristé Ewan McGregor qui, au passage, a déclaré qu’il y a plus de lui dans "Halston" que de Obi-Wan Kenobi dans "Star Wars" (les fans de la saga apprécieront).

Bref, pour l’occasion, Ryan Murphy a raté son coup : sa minisérie manque cruellement de souffle épique et ne mérite pas qu’on s’y attarde. (Re)voyez plutôt "The Assassination of Gianni Versace" (2018, aussi sur Netflix) si vous l’avez manquée ou pas encore découverte. Là, on est dans une bio plus sombre et nettement plus aboutie, du bon Ryan Murphy. On ne gagne pas à tous les coups…

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