23 septembre 2020
Netflix

Hollywood : Ryan Murphy et l’Age d’Or du Cinéma

Par Alexa Bouhelier-Ruelle

Les progrès en termes d’égalité dans l’industrie du divertissement, comme dans tous les domaines de notre société, avancent malheureusement au ralenti. L’industrie reste encore dominée par des hommes hétérosexuels blancs, en découle un système de création hétéro-normé. Même après ces dernières années, considérées par beaucoup comme une période de grand changement, l’industrie du cinéma résiste encore à aller de l’avant pour une représentation plus équilibrée.

C'est quoi cette série ?
Dans le Hollywood de l'après-Deuxième Guerre mondiale, un groupe de jeunes acteurs et cinéastes pleins d'ambition ne recule devant rien pour percer dans le showbiz.
Une saison - 7 épisodes - Avec David Corenswet, Darren Criss, Laura Harrier


Tout le monde veut aller au pays des rêves. C’est pourquoi la plupart des gens vont au cinéma, et ce pourquoi il décide d’en faire leur métier. « Les films ne nous montrent pas seulement comment est le monde, mais aussi ce qu’il peut devenir. » dit Raymond Ansley, le personnage campé par Darren Criss dans cette nouvelle série Netflix créée par Ryan Murphy et Ian Brennan.

"Hollywood" se découpe en sept épisodes, construits comme une lettre d’amour aux films des années 40 et une utopie ou comment l’industrie du cinéma aurait pu ouvrir la voie à plus d’inclusion en effaçant le racisme, le sexisme et l’homophobie pour ne citer que quelques uns des problèmes. "Hollywood" réussit donc à aborder ces thèmes lourds en jonglant entre l’esthétique d’un film de Frank Capra et le réalisme d’une production de Curtis Hanson type "L.A. Confidential".

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Laura Harrier et Samara Weaving - Copyright Saeed Adyani/Netflix
Un casting de star

Ryan Murphy aime ses acteurs et ça se voit. Ici, il réunit un ensemble d’acteurs plus que compètent. Dylan McDermott personnifie parfaitement l’énergie d’un personnage à la frontière entre Clark Gable et Timothy Dalton. L’acteur a toujours eu beaucoup de plaisir à incarner des personnages aux multiples facettes et sonne plus que juste ici. De son coté, Patti Lupone est un diamant brut avec son rôle d’Avis, une femme recluse en maitresse de maison, jusqu’à ce qu’un accident rallume une flamme qui ne s’était jamais réellement éteinte.

Darren Criss, rejoint Ryan Murphy pour une nouvelle collaboration, après "Glee" et sa victoire aux Emmy pour son rôle d’Andrew Cunanan dans "American Crime Story". Cependant, même s’il rayonne d’enthousiasme et de talent, Criss semble sous-utilisé dans le rôle de Raymond Ainsley. En face de lui, Laura Harrier est la définition parfaite de la star dans le rôle de Camille.  Mais, encore une fois, le scénario ne révèle pas grand-chose sur son personnage, à part le fait qu’elle est bien évidemment le choix parfait pour le rôle principal, une actrice de génie et une femme merveilleusement belle. Elle n’a aucune histoire personnelle.

D’un autre côté, Joe Mantello est extraordinaire, tout particulièrement dans une scène où il avoue la honte qu’il ressent étant lui-même homosexuel. A ses cotés Holland Taylor est éblouissante, tous deux partagent les plus belles scènes de la série. Puis vient le tour de la réelle star d’"Hollywood" : David Corenswet. Après lui aussi une collaboration réussie avec Ryan Murphy sur "The Politician", il confirme son statut d’acteur plus que prometteur avec une version cours Florent d’Henry Cavill. Les agents des années 40 se serait battus pour le représenter, ce qui aurait donné du fil à retordre au réel Rock Hudson...

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Darren Criss et Jeremy Pope - Copyright Saeed Adyani/Netflix
Une production digne d’Hollywood

Le scénario se révèle vu et revu quand la solution à tous les problèmes est amenée sur un plateau par les personnages blancs, validant la voix et les idées des marginalisés. De ce fait, le message perd de son sens, ces personnages sont réduits à des rôles de pions. Le scénario flirte alors avec les caractéristiques propres à Tolkien et à son sauveur blanc.

Cependant, comme toutes les productions de Ryan Murphy, les mises en scène sont impressionnantes. "Hollywood" capture parfaitement l’esprit de Los Angeles dans les années 40. Ace Studios devient un parallèle parfait pour la Paramount avec une attention toute particulière aux plus petits détails : de l’appartement de Jack, à la coupe des pantalons taille hautes masculins, aux tenues conservatrices portées par Avis, en passant par les magnifiques robes de soirées portées par les actrices. L’authenticité aide le spectateur à croire que cet univers pourrait avoir bel et bien existé.

"Hollywood" est une utopie, une histoire qui aurait pu être si les bonnes personnes avaient été aux commandes au bon moment, pour stopper l’hémorragie et mettre un terme au sexisme, au racisme et à l’homophobie sur lesquels sont basés le succès des studios de productions. Cette série peut paraître naïve, mais, quelques fois, il y a une part de clairvoyance et de sagesse au fond à être un peu naïf...

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