25 janvier 2022
Netflix

Impardonnable : Sans être mémorable

Par Taleb Othman


"Impardonnable", réalisé par Nora Fingscheidt, est adapté de la mini-série à succès "Unforgiven" (datant de 2009). Une véritable succès en Angleterre. Elle rassemblait alors près de 7 millions de téléspectateurs. Elle avait même remporté le prix de la meilleure série dramatique aux RTS Program Awards. Le film Netflix, comme la mini-série, se concentre sur Ruth (Sandra Bullock), une femme qui, après avoir purgé une longue peine pour le meurtre d’un policier, tente de retrouver sa petite sœur (Aisling Franciosi), adoptée peu après son emprisonnement. Le tout dans un climat social hostile à sa réinsertion.

Premièrement, que dire de ce titre ?  "Impardonnable". Pouvait-on s’attendre à une allégorie de l’inexcusable ? De l’impossibilité de pardon ? C’est cette idée de l’irréparable qui est distillée tout au long de ce film lourd à porter, à supporter. Mais encore, qui parle ? Qui nous place face à ce fait ? Ce constat abrupt qu’il y aurait un impardonnable. Quelle faute n’est pas pardonnable ?

Le Contournable

Nous sommes pris face, non avec, cet itinéraire brisé qui s’ouvre vers l’élasticité d’une quête de reconstruction. D’un funambulisme constant entre l’ardeur d’être purifiée et la défaillance d’avoir été coupable. Ruth (Sandra Bullock) recherche sa sœur pour chercher en elle-même un lieu plus délicat pour vivre. L’intervalle que creuse le reste du monde contre Ruth, s’agrandit, s’alourdit jusqu’à la chosifier, elle qui n’aspire qu’à une chose. Retrouver sa sœur. Telle une aspiration à la nostalgie d’une enfance où elle appelait leur cheval « fromage ».

Goffman a démontré que l’un des facteurs de l’univers carcéral est la lente et méthodique perte d’identité, de caractérisation de soi. A leur sortie, des personnes devenues des individus, ne se définissent plus que par l’étiquette de « déviants » qu’ils ont endossée. C’est de cette déviance qui se veut retour à la normalité, de cette route sinueuse aspirant désormais à la verticalité, synonyme de droiture, de rectitude qu’aborde le film "Impardonnable".

Le film s’ouvre sur une caisse où s’entassent les objets d’une vie passée. Des flash-back. Un cœur dessiné au bas d’une lettre. Le premier plan de Ruth derrière une vitre. Puis, derrière un grillage, Nora Fingscheidt met en scène la mise en abîme de l’enfermement. Par la suite nous assistons à une récurrence de cadres dans le cadre comme pour ce chantier d’une maison de quartier pour les sans-abri où elle travaille. Ainsi que cet autre emploi dans une poissonnerie. Peu à peu le contour, comme la frontière, nous semble plus de l’ordre du barbouillage que du dessin, de même les sonorités sans contenu ou à l’écho étouffé.

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Sandra Bullock - Copyright KIMBERLEY FRENCH/NETFLIX
La prisonnière du et/ou d’un désert

Son destin est concentré, condensé en une formule à l’allure d’une sentence prononcée par la mère adoptive de sa sœur, une professeure se moquant gentiment d’une faute d’un élève « bouc et misère ».

L’une des caractéristiques de la prison, comme l’a montré Foucault dans son magnifique Surveiller et punir, est cette rectification des corps qui agit comme un écho rigoureux. Une sorte de résonance inflexible au rétablissement des morales. Chacun, par une sorte de ricochet sinistre, devient le censeur, le juge de sa propre personne. C’est de ce tribunal intérieur dont nous parle "Impardonnable". Ruth la taciturne, avec son visage fermé, semble la proie d’une culpabilité qui ronge l’âme. A la fois juge et accusée, c'est une culpabilité qui doit s’expier dans le silence d’un anorak offert par un collègue mais qui doit trouver le terme, l’aboutissement de sa rédemption dans le regard d’autrui. Sauf que personne ne lui pardonne. Elle ne bronchera pas lorsqu’elle se fera agresser au travail se faisant insulter de « tueuse de flic ».

A quoi s’accrocher sinon aux souvenirs de la maison des morts comme le titre sordide et néanmoins significatif d’un Dostoïevski qui comprenait paradoxalement que c’est dans des conditions impossibles que la vie existe. La vie du dehors est-elle plus terrible que celle du dedans ? Les gros plans omnipotents. L’omniprésence de cette claustration intérieure trouve son antithèse dans l’environnement chaleureux, dans une photographie douce et au chatoiement empli de mièvrerie qui trouve son apogée dans une ballade de Chopin que joue sa sœur dans sa maison idyllique.

Au delà de ces personnages grossièrement définis, des intrigues secondaires à peine ébauchées et une fin pompeuse à souhait, où se rejoint comme deux rives en un seul fleuve, les deux arrestations de Ruth, celle de son passé et celle du présent. Cependant si dans une claudicante tentative l’on se devait de placer, situer cette nouvelle production Netflixienne on pourrait l’apparenter à un film de plus plutôt qu’à un film en plus.

Malheureusement, il est possible que cet artefact visuel ne soit pas la dernière apostrophe lancé à l’encontre de notre besoin d’histoire. Le nœud gordien est ici, en ce sens qu’on est beaucoup plus face à un scénario alambiqué, grotesque, plutôt qu’immergé par ce désir de s’unir à une histoire. Ne reste alors de ce film "Oubliable", qu’un geste mièvre, étriqué, sans grandeur, d’un jeu tout en petitesse, où notre volonté d’être embarqué est restée au port. Peut-être est-ce cette pensée là qui est "Impardonnable".

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