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Inventing Anna : Quand une arnaqueuse fait trembler tout New-York

Par Clara Lefèvre-Manond

 

Depuis le 11 février, Netflix propose à ses abonnés une nouvelle série : "Inventing Anna". Cette production signée par la papesse de la télévision, Shonda Rhimes, met en lumière le scandale de la fausse héritière, Anna Delvey.  Une nouvelle création qui laisse des avis mitigés.

C'est quoi cette série ?

Qui est Anna Delvey ? Une question que ne cesse de se poser la journaliste, les spectateurs, mais surtout le Gotha new-yorkais floué par l’ambitieuse arnaqueuse. Dans les années 2010, Anna Sorokin, une jeune femme Russe génie d’Instagram se crée un personnage d’héritière allemande du nom d’Anna Delvey pour infiltrer la jet-set new-yorkaise, soutirer des fortunes à de crédules investisseurs et vivre la vie de château aux crochets d’amis richissimes.

1 saison (en cours) - 9 épisodes - Avec Julia Garner, Anna Chlumsky, Katie Lowes

L’histoire Anna Delvey, un scandale qui a défrayé la chronique

Dans "Inventing Anna", une journaliste (Vivian) qui doit faire ses preuves, enquête sur l'affaire Anna Delvey. Une héritière allemande légendaire sur Instagram qui ne s'est pas contentée de voler les cœurs du gratin new-yorkais, mais qui l'a aussi dévalisé !

Ni une ni deux, le scandale défraye la chronique. Anna est-elle juste la reine de l'arnaque... Ou carrément la nouvelle héroïne du rêve américain ? Cette histoire n’est pas seulement celle d’un scandale. Parce qu'elle est aussi largement inspirée de l’article de Jessica Pressler pour le New York Magazine : « Maybe She Had So Much Money She Just Lost Track of It ».

Une série un peu décousue
L’attente était immense. Cela faisait environ 10 ans que la productrice star d’Hollywood, Shonda Rhimes, n’avait pas créée de série. Certes, son nom était associé à un nombre incalculable de shows. Pourtant, elle elle n’en était plus été officiellement la créatrice. Ce qui est le cas ici avec "Inventing Anna", plaçant la série, avant-même sa sortie, sur la liste VIP des sorties 2022. Toutefois, et parfois, de grosses attentes conduisent (forcément) à la déception.

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Arian Moayed et Julia Garner - Copyright Nicole Rivelli/Netflix

D’abord parce que l’écriture et le rythme sont bancals. La narration à tiroirs rend l’adaptation de cette histoire vraie quelque peu boiteuse. Pourtant, le choix de raconter l’histoire par le prisme de l’enquête journalistique est intéressant. Voilà qui change de l’histoire classique racontée par le protagoniste principal. La journaliste (comme les spectateurs) rassemble, une à une, les pièces du puzzle. Elle remonte ainsi le fil de l’escroquerie, mensonge après mensonge. Cpendant, les allers-retours dans le temps deviennent usants. En adoptant la perspective de Vivian, on s’intéresse moins aux motivations d’Anna, mais plutôt à son pouvoir de fascination.

Cupidité et mépris des classes, le vulgaire est un style

À travers cette série, Shonda Rhimes questionne la haute société new-yorkaise sur la vacuité de son milieu, seulement basé sur l’apparence, le patrimoine et les comptes en fiducie. Mais "Inventing Anna" cherche à mettre en avant des thèmes bien plus vulgaires dont notamment le mépris des classes.

Il faudra attendre l’épisode 4 pour voir se concrétiser cet aspect, dans une scène absolument dérangeante entre Anna et la réceptionniste du 12 George Hotel. Anna Delvey, élégante avec son énorme paire de lunettes de luxe, coupe la file d’attente de la réception d’un hôtel new-yorkais. Pour accaparer l’attention de la réceptionniste elle dépose, un à un, des billets de 100 dollars sur le comptoir. Hypnotisée, l’employée demande à un collègue de prendre le relais et se consacre entièrement à Anna Delvey, cliente VIP de l’hôtel.

Les petits revenus et les rêves ne font pas le poids face à la richesse extrême. Les commentaires d’Anna sur le prêt-à-porter, le style ou encore le poids de Vivian jalonnent la mini-série et accentuent cruellement ce mépris qui en devient irritant.

Un zoom sur le vide moral d’une société

Cela dit, ce qui intrigue le plus dans la série (comme pour Jessica Pressler lors de son enquête), c’est comment ? Comment des hôtels, des restaurants, des banques et des membres estimés de société new-yorkaise ont pu se laisser avoir ainsi ? L’argent ? La gloire ? Il y a une ambivalence entre la curiosité et l’admiration que l’on peut porter à Anna Sorokin. Elle a berné tout le monde ! Et pendant un moment ! La série l’expose très bien à travers le personnage de Vivian. Cette dernière est à la fois révulsée par la cupidité de son sujet d’investigation et admirative de cette autre femme qui a osé s’offrir le luxe qu’elle estimait mériter.

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Anna Chlumsky - Copyright Nicole Rivelli/Netflix

Cette affaire, et à fortiori la série, mettent en avant le rêve américain. Un rêve revisité à l’aire du 2.0 et des réseaux sociaux. L’histoire d’Anna avant Delvey reste un peu sombre, mais son mécanisme de pensée, l’américanisation de la société et le milieu rural dont elle vient n’ont fait que renforcer son goût du luxe et son envie d’en profiter. En ce sens, la série réussie avec brio.

"Inventing Anna" est aussi une série résolument féministe. Non par parce qu’il s’agit d’une femme comme protagoniste principal, mais pour la réalité professionnelle des femmes. Vivian a commis une erreur dans sa carrière, certes une importante, mais qui n’est pas entièrement de sa faute. Résultat ? Elle est au banc du journalisme, reléguée au fond de la rédaction, avec des sujets à traiter tous plus rasoirs les uns que les autres. Elle se bat coûte que coûte pour son sujet.

Un casting un peu décevant

C’est un joli casting à l’écran, mais qui ne convainc pas à 100%. Le rôle de la journaliste prend une place trop importante. Vous me direz : « mais enfin on part de son point de vue ! » et je suis d’accord, mais c’est tout de même trop. Interprétée par Anna Chlumsky, on n’adhère jamais à 100% à son personnage, car elle en fait des tonnes. Elle surjoue chaque révélation, grimaces à tout-va…

Pour le rôle d’Anna Delvey/Sorokin, c’est Julia Garner (Orark) qui a été castée et là aussi, on se retrouve déçue. Non pas par Julia Garner, mais par les limites de la série qui bride le potentiel de l’usurpatrice mais surtout le talent de l’actrice. Quel dommage que le rôle ne lui offre pas toute la grandeur et place qu’elle mérite. Côté personnages secondaires, on retrouve des stars du petit écran comme Laverne Cox ("Orange is The New Black") et les chouchous de Shonda Rhimes : Katie Lowes ("Scandal"), Kate Burton ("Grey’s Anatomy"), Jeff Perry ("Scandal"), Anna Deavere Smith ("For The People").

"Inventing Anna" aura divisé la critique. Certains adorent. D’autres détestent. Ce qui est sûr, c’est que la série déçoit. Elle n’est pas à la hauteur de ce à quoi on s’attendait. Mais rien d’étonnant au fond. On risque toujours la terrible déception à avoir de trop grosses attentes. Ce qui acquis est que l’on n’a pas fini d’entendre parler d’Anna Delvey. Cette dernière qui devrait voir une autre série à son effigie chez HBO très prochainement…

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