21 janvier 2021
Netflix

Kadaver : Une sombre catastrophe

Par Alexandre Duquesne

Dans un univers post apocalyptique, un jeune couple se démène pour survivre avec un jeune enfant à charge... Alors que les perspectives sont particulièrement sombres pour eux, car ils commencent à manquer cruellement de vivres, ils finissent par accepter de participer à un dîner spectacle, aussi prometteur que mystérieux.

Quand vous lisez ce synopsis, et que vous aimez le genre gore, insolite et post-catastrophe planétaire, vous savez déjà forcément où vous mettez les pieds. "The Walking Dead" avait inauguré ce mode survivaliste avec brio il y a quelques années, une mode qui n'est manifestement par prête de s'éteindre d'après les scénarios de beaucoup de productions disponibles sur Netflix.

Après le film "La plate-forme" qui m'avait pour ainsi dire laissé sur ma faim (sic), je m'étais dit qu'il y avait peut être encore mieux à espérer cinématographiquement parlant. J'ai donc jeté mon dévolu sur "Kadaver", en espérant y trouver cet éclair de génie créatif sur fond de fin de l'humanité.


Un film qui multiplie les références et les genres
Malheureusement, le premier problème de "Kadaver", c'est qu'il ne faut pas être grand clerc pour deviner l'évolution de son scénario qui emprunte d'ailleurs trop largement à une multitude de films et/ou de séries-cultes, à commencer par "The Walking Dead".

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En effet, l'idée d'un traquenard pour des gens crédules et affamés fait l'objet d'un épisode entier dans la série concernée (sûrement l'un des meilleurs d'un point de vue scénaristique et horrifique en passant). En outre, tout le monde (ou presque) devine aisément ce qui se cache derrière ce genre de proposition miraculeuse dans un contexte de pénurie alimentaire généralisée : une abattoir où les hommes deviennent du bétail pour quelques privilégiés... En son temps, le légendaire "Soleil Vert", réalisé par Richard Fleisher avec l'immense Charlton Heston, avait déjà traité de la terrifiante hypothèse du cannibalisme institutionnalisé face à une telle problématique.

Deuxième référence et non des moindres, celle qui est faite à "Eyes Wide Shut". En effet, les participants au banquet sont invités à revêtir un masque vénitien qui emprunte trop à ce film, et le décor n'est pas sans rappeler, par moments, celui des péripéties mythiques de Tom Cruise. On s'attend donc fort logiquement à de la luxure et on l'obtient logiquement, elle qui pointe le bout de son nez ici et là sans, toutefois, ne jamais atteindre, malheureusement, le degré de raffinement d'"Eyes Wide Shut" (loin s'en faut!), le tout étant exposé de manière trop vulgaire et malhabile.


Un filon scénaristique mal exploité
Comme si tous ces empreints ne suffisaient pas, "Kadaver" a choisi d'en rajouter avec une référence à un fleuron du cinéma horrifique ("Hostel" pour ne pas le citer) dans les accoutrements «des liquidateurs», ces hommes chargés des basses besognes du transport des cadavres.

Du jeu de certains acteurs au scénario, on alterne trop souvent entre le passable et le prévisible pour séduire les amateurs du genre lesquels, ces dernières années, semblent encore plus exigeants et avides en matière de frissons, de visions d'horreur et/ou de rebonds scénaristiques qualitatifs.

Le final de "Kadaver" (empreint d'une certaine facilité) ajoute une pointe d'amertume supplémentaire : l'idée de ce théâtre servant d'appât représentait vraiment une belle opportunité pour faire frémir... Cependant, il est difficile d'en retenir autre chose que de nombreux soupirs et le triste sentiment d'un gros gâchis.