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L’Ultimo Paradiso : Un paradis sombre et élégant

Par Clara Laine

Riccardo Scamarcio (John Wick 2) est un acteur qui enchaîne les films. En 2018, il participait à une production française avec Lambert Wilson. Après Les Traducteurs donc et pas moins de huit autres films ou séries en deux ans, l'italien revient dans "L'Ultimo Paradiso". Un long-métrage basé sur des faits réels où il incarne un anticonformiste qui rêve d’amour, de justice et d’une vie meilleure. Sauf que dans l'Italie des années 50, ce rêve est une menace.

"L'Ultimo Paradiso" s’apparente davantage à un drame social qu’à un film romantique. Certes, en apparence, le scénario gravite autour de l’histoire impossible entre Ciccio et Bianca, mais on comprend bien vite que ce n’est qu’un prétexte : ce que Rocco Ricciardulli expose, ce n’est pas la complexité de cette relation interdite, mais plutôt la réalité de l’Italie du Sud des années 50. Le fond de l’intrigue n’a rien d’anecdotique et le décor va peu à peu se mêler à l’histoire, jusqu’à ne faire plus qu’un avec elle.

Les inégalités sociales ne sont pas racontées ; elles sont vécues. Des paysans qui passent leurs journées à cultiver des olives et qui y laissent leur santé tentent de se dresser face à la toute-puissance des propriétaires. C’est ce combat perdu d’avance que raconte "L'Ultimo Paradiso". C’est aussi la soif de l’inconnu, le besoin de partir, de rejoindre le nord, là où il y a encore de l’espoir. Et puis, évidemment, c’est l’omniprésence du patriarcat et les risques engendrés par le simple fait d’avoir un corps de femme. Enfin, n’oublions pas de citer l’ingrédient principal de ce cocktail explosif : l’honneur.

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Riccardo Scamarcio et Gaia Bermani Amaral - Copyright Netflix

Dans les années 50, c’est cette valeur qui unit les ouvriers, les femmes, les hommes, les notables, les marchands, les enfants les vieux et les jeunes. Et si chacun a sa propre définition de « l’honneur », force est de constater que ça reste l’explication à l’origine des agissements de la plupart des personnages. C’est ce qui explique que le couple de Ciccio et Bianca soit un tel scandale : à cette époque, qu’un homme marié et père de famille fasse passer l’amour avant son honneur aboutit forcément à l’opprobre.

Je ne vous en dis pas plus au risque de vous gâcher tout l’intérêt du film : ce serait dommage, car je vous conseille de vous laisser séduire par ce drame social. Certes, le rythme est lent et bien loin de ce à quoi nous sommes habitués en 2021. Certes, la fin est incompréhensible et laisse un goût amer d’inachevé. Certes, il y a quelques longueurs. Certes, les séquences sont inégales et la performance de Gaia Bermani Amaral manque de consistance (s’il est évident que sa beauté crève l’écran, l’émotion peine terriblement à émerger).

Néanmoins, mon avis sur ce film italien demeure plutôt positif : nul doute que la splendeur de la photographie y est pour beaucoup. La beauté de la réalisation parvient à pallie certaines faiblesses scénaristiques : quand les dialogues deviennent désespérément prévisibles, il suffit de se concentrer sur l’image pour se dire que "L'Ultimo Paradiso" vaut malgré tout le détour. De plus, Riccardo Scamarcio incarne brillamment les personnages de Ciccio et d’Antonio : jouer des jumeaux est pourtant un challenge périlleux, mais Rocco Ricciardulli a su choisir un acteur à la hauteur de la performance.

J’espère avoir su trouver les mots pour vous convaincre de faire un petit voyage temporel dans les Pouilles : à défaut d’être inoubliable, "L’Ultimo Paradiso" reste une jolie histoire, aussi sombre qu’élégante.

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