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La Femme à la fenêtre : L’ombre d’Hitchcock plane encore

Par Emmanuel Francq

Et si vos voisins vous intriguaient et que vous commenciez à les espionner ? Cela vous rappelle évidemment un certain James Stewart dans "Fenêtre sur cour" (1954), classique d’Alfred Hitchcock. Le thriller "La Femme à la fenêtre" nous fait découvrir sous un nouveau jour la toujours belle Amy Adams ("Man of Steel", "Nocturnal Animals", "Sharp Objects").

Le réalisateur Joe Wright ("Reviens-moi", "Orgueil et Préjugés") reprend le postulat du célèbre Alfred : un personnage isolé et cloîtré chez lui suite à un accident (Stewart dans le plâtre, Adams en psy agoraphobe) et qui découvre qu’un meurtre horrible a lieu juste en face de chez lui. Bon, jusque-là, rien de bien ébouriffant, me direz-vous, encore une énième resucée du maître du suspense où les apparences supposées jouent avec nos nerfs jusqu’au crescendo final. C’est effectivement dans cette optique que Wright construit son film "La Femme à la fenêtre", le genre ne proposant pas 10.000 façons de faire. Dans la même veine, on se souvient aussi de "Paranoïak", un remake déguisé et assez bien foutu de 2007, avec l’insupportable Shia LaBeouf.

Délire ou réalité ?

Quand Anna Fox (Adams) découvre que la mort surgit brutalement en face de chez elle, les flics débarquent et commence le jeu du « qui a tort, qui a raison ». En patriarche autoritaire et dandy, Gary Oldman montre, pour ceux qui auraient encore besoin d’être convaincus, qu’il joue aussi bien les gentils que les types inquiétants. Entouré de sa femme et de son fils Ethan, un ado paumé (la tête à claques Fred Hechinger), le papa violent n’est pas content que cette femme étrange et parano passe son temps à les reluquer.

Plutôt que de pomper sans vergogne Sir Hitch, le metteur en scène nous propose de partir au cœur de la psyché de son héroïne, psychologue pour enfants qu’un accident de la vie a rendu complètement crispée, incapable de sortir de chez elle. Il arrive à nous montrer les conséquences effroyables qu’entraîne un stress post-traumatique, on ne sait plus si ce qu’elle dit est vrai ou fantasmé, ce qui se passe réellement dans sa tête.

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Amy Adams - Copyright Netflix / Melinda Sue Gordon

On est à fond avec le personnage qui ne sait plus où il en est et là, Wright fait du très bon boulot en l’amenant d’une manière assez subtile, soutenu par l’excellente performance d’Amy Adams. Pour le rôle, l’actrice n’a pas hésité à s’enlaidir, jouant au naturel, sans artifices, avec des kilos en trop, un côté cracra en pyjama et l’air éberlué de circonstance. L’horrible vérité enfin découverte, on accepte de s’être faits menés en bateau, nous disant que ça valait le coup d’attendre.

Une tension allant crescendo

Malgré le huis clos imposé par l’intrigue, Wright parvient à tirer profit au maximum des décors de cette grande maison lugubre, proposant même une scène onirique plutôt originale et fort bien éclairée comme le reste du film d’ailleurs (mention à la direction de la photographie de Bruno Delbonnel qui avait déjà montré tout son talent sur "Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet et "Big Eyes" de Tim Burton).

Le film parvient à maintenir un niveau de tension augmentant au fur et à mesure que progresse l’énigme. On en arrive à douter jusqu’au bout, en tous cas pour les plus crédules n’étant pas forcément des as de la déduction à la "Columbo". Seul bémol mais heureusement de courte durée : la fin déçoit car elle tire vers le grand guignol. Qui plus est, un élément de décor (on vous laisse deviner lequel) nous fait indéniablement penser à comment ça finira, ce qui se révèle être le cas.

Au final, on retient évidemment le magnétisme d’Amy Adams, une des grandes actrices de notre époque. Quant au reste des acteurs, il tire son épingle du jeu sans trop de difficultés. Seules erreurs de casting : Fred Hechinger, peu subtil dans son jeu de comédien et le duo de flics, se contentant des banalités d’usages et des mâchoires crispées, poncifs usés jusqu’à la corde. On regrettera aussi le peu de temps à l’écran de Julianne Moore et Anthony Mackie (ils viennent vite toucher leur chèque, sans doute trop chers pour cette production sans prétention).

Si vous cherchez quelque chose qui remplira agréablement votre soirée sans vous prendre la tête, "La femme à la fenêtre" remplira honorablement le cahier des charges en 101 minutes assez bien ficelées mais de facture sommes toutes très classique. Cela se laisse voir et s’apprécier, sans forcément l’avoir vite oublié après.

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