2 décembre 2020
Netflix

Le Jeu de la Dame : L’histoire d’une prodige des échecs

Par Clara Lefèvre-Manond

Sur Netflix, "Le Jeu de la Dame", c’est la nouvelle série dramatique du moment, qui met en scène Anya Taylor-Joy ("Split", "Peaky Blinders") en championne d’échecs. Et autant dire de suite que Netflix ne réalise que des coups gagnants grâce à cette production. Retour sur la mini-série qui va vous donner envie de devenir un as des échecs !

C'est quoi cette série ?

En pleine Guerre froide, la série suit le parcours de neuf à vingt-deux ans d'une jeune orpheline prodige des échecs, Beth Harmon. Tout en luttant contre une addiction et ses démons, elle va tout mettre en place pour devenir la plus grande joueuse d’échecs du monde, dans un milieu où les hommes font loi.

Une saison de 7 épisodes - Avec Anya Taylor-Joy, Frederick Schmidt, Maddie Holliday

Une pure fiction

Il est bien tentant de croire que cette épatante jeune femme a réellement existé, mais je suis au regret de vous dire que Beth Harmon n’est que pure fiction. "Le Jeu de la Dame" est une adaptation du roman éponyme de Walter Tevis, publié pour la première fois en 1983. Mais, (oui il y a toujours un mais), l’auteur du livre s’est inspiré de la vie de Bobby Fischer, maître des échecs devenu paranoïaque à 15 ans. Profondément machiste, il avait décrété qu'aucune femme ne pourrait jamais le vaincre à ce jeu… Ce qui a sans doute donné des idées de revanches à Walter Tevis (insérer un clin d’oeil ici).

La série "Le Jeu de la Dame", a été co-scénarisée par Allan Scott et Scott Frank ("Minority Report", "Logan", "Godless"), ce dernier était également en charge de la réalisation. À ce propos, Scott Frank a fait un travail remarquable sur la réalisation. Il capture les parties d’échecs comme un ballet parfaitement cadré et exécuté, si bien que l’on est de suite happé par le jeu d’échec (et la série). Et ce, même si on ne possède aucune connaissance sur la discipline du jeu ! L’opposition entre le jeu d’échec réel sur la table, et celui que Beth s’imagine ou visionne sur les plafonds est remarquable, notamment lors du dernier épisode où Beth est opposé au champion du monde, Vasily Borgov (Marcin Dorocinski).

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Anya Taylor-Joy - Copyright Netflix
Jeune âge et succès, le combo fatidique ?

Beth Harmon est loin d’être une jeune femme comme les autres, elle est alcoolique et toxicomane. Mais est-ce le succès qui l’a rendu ainsi ? Absolument pas. Il faut d’abord noter qu’à l’orphelinat, les soignants donnent des tranquillisants aux enfants. À tous les enfants, 2 ans ou 16 ans, tout le monde dans le même bateau ! Très vite, la petite Beth va rationner ces médicaments, car elle aime la sensation que ça lui procure, mais, surtout, c’est ainsi qu’elle visionne les parties d’échecs, qu’elles apparaissent au plafond (illusion de personne stone évidemment) ou simplement dans son esprit.

Sauf que la vie de Beth n’est pas un long fleuve tranquille. On comprend que sa mère s’est suicidée (en essayant aussi de tuer Beth) sous ses yeux dans un accident de voiture. Elle termine ainsi dans un orphelinat à l’âge de 8 ans. À 13 ans, elle est adoptée, son père fuit sa mère adoptive et les deux femmes se retrouvent seules. Elles vont alors s’apprivoiser et s’aimer. Mais voilà, le cercle des malheurs continu : sa mère adoptive décède lors d’un tournoi au Mexique. Beth est maintenant définitivement seule. Elle sombre alors sévèrement dans l’alcool. C’est un cercle vicieux dans lequel évolue Beth, même si des amis sont là pour lui faire remontera pente, elle va rechuter, pour mieux se relever ensuite. Son état mental et physique, n’est que trop satisfaisant pour ces adversaires masculins.

Le jeu féministe

Quel milieu sexiste, machiste et misogyne ! Les échecs sont un milieu masculin où la femme n’a pas sa place. Tout au long de la série, Beth va devoir affronter les remarques en tout genre et les regards appuyés des hommes (et même des femmes parfois !). Dès le second épisode, le spectateur y est confronté. Beth répond à une journaliste de Life qui (en plus de se ficher royalement d’elle) ne trouve pas mieux que dire « qu’est-ce que ça fait d’être une jeune femme parmi tous ces hommes ? », et la réduit ensuite au simple fait qu’elle est orpheline, et que le roi des échecs doit sûrement représenter son père… non mais on rêve !

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Copyright Netflix

Pis encore, dans l'épisode 6, on apprend que le président de la fédération des échecs aux USA a dit qu’elle était « trop glamour pour jouer aux échecs », ce quoi elle répond « Je lui dirais qu’il est plus difficile de jouer avec une pomme d’Adam. ». Et oui, c’est qu’elle a du répondant la petite Beth, et tant mieux ! Non mais c’est vrai, certes on est dans les années 60, mais elle est en droit d’aimer la mode et de jouer aux échecs, non ? Doit-elle porter des lunettes difformes, ne pas être peignée et avoir des guenilles pour vêtement pour être prise au sérieux ? Non plus, ça l’aurai d’ailleurs décrédibilisé, puisque dans ce cas-là, tout le monde aurait relevé son absence de sex-appeal…

Dans le milieu des échecs, elle impressionne autant qu’elle fait peur. Et les remarques sexistes fusent, tout le monde s’attend toujours à ce qu’elle perde contre un homme. Il est d’ailleurs important de noter qu’à la fin de la série, Beth s’en va jouer aux échecs en extérieur, avec une foule d’hommes du troisième âge. Tous sont heureux et fiers de la voir et d’elle. Ça se sent immédiatement, et c’est étonnant de voir l’ancienne génération plus accueillante que les jeunes avec qui elle devait parfois jouer.

La montée en puissance d’Anya Taylor-Joy

C’est elle qui incarne Beth Harmon, est elle l’interprète avec brio. Depuis qu’elle a commencé en 2016, l’actrice de 24 ans ne s’arrête plus. Et le petit écran n’est pas une nouveauté pour elle puisqu’elle a joué dans la saison 5 des "Peaky Blinders". Avec ses grands yeux noisettes, elle nous hypnotise dans son personnage de Beth Harmon. Elle partage l’affiche avec Thomas Brodie-Sangster ("Godless") ou encore Harry Melling, qui d’ailleurs… je ne pouvais m’empêcher de voir Dudley Dursley, mais ce n’est pas le propos ici.

Avec "Le Jeu de la Dame", Netflix réussit son coup. La mini-série est un délice visuel et l’histoire haletante (rien que pour la finale dans le dernier épisode vous devez regarder). Avec cette nouvelle programmation, Netflix met un bon coup de pied dans les codes machistes et donne plus de visibilité aux jeu des échecs. En bref, avec cette série, vous ne perdrez pas votre temps, c’est promis.

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